La Ligue des libraires du Maroc dénonce des pénuries persistantes, des interruptions d’approvisionnement et des marges jugées insuffisantes, notamment pour les ouvrages destinés aux Écoles pionnières. Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore répondu publiquement à ces accusations.
À quelques semaines de la rentrée scolaire, la Ligue des libraires du Maroc annonce la suspension de son dialogue avec le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports. L’organisation professionnelle affirme que les revendications essentielles du secteur sont restées sans réponse.
Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion à distance de son bureau exécutif, tenue vendredi 14 août et consacrée à l’impression, à la distribution et à l’approvisionnement en manuels scolaires, ainsi qu’aux marges bénéficiaires accordées aux libraires.
Selon le communiqué de la Ligue, le processus d’impression se poursuit depuis le mois de mars, sans avoir permis de résorber les pénuries qui toucheraient encore plusieurs titres.
Des difficultés d’approvisionnement persistantes
L’organisation professionnelle fait état de réductions dans les quantités livrées et d’interruptions d’approvisionnement. Plusieurs librairies rencontreraient ainsi des difficultés à obtenir les ouvrages demandés, en particulier les manuels destinés aux établissements relevant du programme des Écoles pionnières.
La Ligue conteste par ailleurs les récentes déclarations d’un responsable du ministère, estimant qu’elles ne correspondent pas à la situation constatée sur le terrain.
Elle demande à la tutelle de présenter des données précises sur l’état des stocks, le rythme d’impression et la distribution territoriale des manuels, plutôt que de communiquer, selon elle, des chiffres éloignés de l’expérience quotidienne des professionnels.
Ces affirmations émanent toutefois de la Ligue et n’ont pas encore fait l’objet d’une réponse publique détaillée du ministère ou des entreprises mises en cause.
Le différend sur les marges bénéficiaires
Le conflit porte également sur la rémunération des libraires dans la chaîne de distribution. La Ligue maintient son appel au boycott de certains manuels des Écoles pionnières édités ou distribués par l’Imprimerie Al Maarif Al Jadida, Sochepress et Librairie des Écoles.
Elle reproche à ces opérateurs de ne pas respecter la marge bénéficiaire qu’elle estime due aux libraires, contrairement à d’autres éditeurs qui auraient accepté les conditions défendues par la profession.
Cette contestation n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs mois, la Ligue alerte sur les conséquences économiques d’une diminution ou d’une suppression des marges: fragilisation des petites librairies, désorganisation du réseau de distribution et risque de voir se développer des circuits de vente parallèles.
En juillet, elle avait déjà demandé aux éditeurs de respecter les marges appliquées dans le secteur et appelé les autorités à mieux contrôler la commercialisation des manuels au sein de certains établissements privés.
Un dialogue suspendu avant la rentrée
La Ligue affirme n’avoir reçu, à la date de publication de son communiqué, aucune invitation officielle à une nouvelle réunion avec les représentants du ministère. Son annonce de «suspension du dialogue» prend ainsi principalement la forme d’une rupture politique et professionnelle avec un processus de concertation qu’elle juge sans résultats.
À l’approche de la rentrée 2026-2027, le différend dépasse la seule question des intérêts commerciaux. Une distribution insuffisante ou tardive pourrait toucher directement les familles et les élèves, en particulier dans les établissements engagés dans le programme des Écoles pionnières.
Une clarification du ministère paraît désormais nécessaire pour établir l’état réel des stocks, identifier les responsabilités dans les éventuelles ruptures d’approvisionnement et préciser les règles encadrant les marges des différents acteurs de la chaîne du livre scolaire.