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La Méditerranée atteint une chaleur record : quels risques pour les côtes et la pêche au Maroc ?

19 août 2026 - 10:02

La Méditerranée a enregistré en juillet sa température moyenne de surface la plus élevée jamais observée pour ce mois. Les vagues de chaleur marine qui ont accompagné ce record auraient été pratiquement impossibles sans le réchauffement provoqué par les activités humaines. Bien que l’étude porte principalement sur les eaux européennes, le phénomène menace aussi les écosystèmes, la pêche et les villes du littoral nord du Maroc.

La température moyenne de surface de la Méditerranée a atteint 27,07 °C en juillet, contre 26,68 °C au cours du même mois de 2025, qui détenait le précédent record.

D’après Mercator Ocean International, 94 % du bassin méditerranéen a affiché des températures supérieures aux normales. Près de 79 % de sa superficie a connu, pendant au moins une journée, une vague de chaleur marine classée comme forte ou d’une intensité supérieure.

Dans certaines zones de la Méditerranée occidentale et de la façade atlantique européenne, les températures de surface ont dépassé de six degrés les moyennes habituelles. Ces écarts extrêmes sont toutefois localisés et ne correspondent pas à la température moyenne de l’ensemble de la Méditerranée.

Environ deux degrés imputables au changement climatique

Une étude d’attribution rapide menée par le réseau scientifique World Weather Attribution désigne le changement climatique d’origine humaine comme le principal moteur de cet épisode exceptionnel.

Les chercheurs ont comparé les températures observées avec celles qui auraient été probables dans un climat non réchauffé par les émissions de gaz à effet de serre. Ils estiment que le réchauffement climatique a ajouté environ 2 °C à la chaleur enregistrée en Méditerranée et près de 1,4 °C dans les mers d’Europe occidentale.

Environ 80 % de la Méditerranée occidentale a été affectée par des conditions de vague de chaleur marine. Sans le réchauffement d’origine humaine, cette proportion aurait été proche de 40 %, selon l’analyse.

L’étude associe des chercheurs basés en Suisse, en Suède, aux États-Unis, en Irlande et au Royaume-Uni. Elle applique des méthodes déjà évaluées par des pairs, mais ce travail d’attribution rapide n’a pas encore fait lui-même l’objet d’une publication scientifique indépendante.

Le Maroc appartient au même système marin

Le champ principal de l’étude concerne les eaux européennes. Il serait donc excessif d’attribuer automatiquement aux côtes marocaines les anomalies maximales mesurées au large de l’Europe.

Le Maroc est néanmoins directement concerné par le réchauffement de la Méditerranée occidentale. Les eaux du Rif et du nord du Royaume communiquent avec la mer d’Alboran, espace de transition entre l’Atlantique et la Méditerranée particulièrement important pour les migrations de poissons et la biodiversité.

L’absence, à ce stade, de données nationales détaillées ne permet pas de mesurer précisément l’impact du phénomène sur chaque segment du littoral marocain. Son ampleur régionale justifie toutefois une surveillance renforcée de la température de l’eau, du taux d’oxygène, des stocks halieutiques et des éventuelles proliférations d’algues nuisibles.

Cette évolution concerne particulièrement les économies côtières d’Al Hoceima, de Nador et de Tanger, où la pêche, le tourisme et de nombreuses activités locales dépendent de la qualité des écosystèmes marins.

Des espèces contraintes de chercher des eaux plus froides

Les vagues de chaleur marine peuvent rendre certains habitats inadaptés aux espèces habituées aux températures historiques. Les poissons et les mammifères marins les plus mobiles peuvent se déplacer vers le nord, gagner des eaux plus profondes ou modifier leurs périodes de reproduction.

Les organismes fixés au fond de la mer ou disposant d’une faible mobilité sont beaucoup plus exposés. Les coraux, éponges, mollusques et herbiers marins peuvent subir des mortalités importantes lorsque la chaleur persiste.

Au Royaume-Uni, des pêcheurs ont signalé une forte augmentation de la présence de poulpes. Des déplacements d’espèces vers le nord ont également été observés dans plusieurs mers européennes. Dans certains cas, des dauphins ont été vus se nourrissant de méduses en raison de la raréfaction de proies habituelles telles que le maquereau.

Ces observations ne signifient pas que les mêmes transformations se produiront partout avec la même intensité. Elles illustrent toutefois la capacité des vagues de chaleur marine à modifier les chaînes alimentaires et, à terme, la disponibilité des poissons et crustacés destinés à la consommation.

Pour la pêche marocaine, les conséquences dépendront des espèces concernées, de la durée de l’épisode et de la profondeur à laquelle la chaleur pénètre. Certaines espèces pourraient temporairement bénéficier du réchauffement, tandis que d’autres deviendraient plus rares ou changeraient de zone de présence.

Des nuits plus éprouvantes sur le littoral

Une mer exceptionnellement chaude transmet davantage de chaleur et d’humidité à l’atmosphère. Dans les villes côtières, elle peut ralentir le refroidissement nocturne et maintenir des températures minimales élevées.

La combinaison de la chaleur et de l’humidité accroît le stress thermique, notamment chez les personnes âgées, les enfants, les travailleurs exposés et les personnes atteintes de maladies chroniques.

Des eaux plus chaudes peuvent également fournir davantage d’énergie et de vapeur d’eau à certains épisodes de précipitations extrêmes. Elles ne suffisent cependant pas, à elles seules, à provoquer une tempête ou une inondation. Une configuration atmosphérique instable et favorable reste indispensable.

Un record mondial pour un mois de juillet

À l’échelle mondiale, la température moyenne de surface des océans, hors régions polaires, a atteint 20,96 °C en juillet. Il s’agit de la valeur la plus élevée jamais enregistrée pour ce mois, devant les 20,89 °C relevés en juillet 2023, selon le programme européen Copernicus.

Près de 79 % de la surface océanique mondiale a présenté des températures supérieures à la moyenne. Les vagues de chaleur marine fortes ou plus intenses ont touché 27 % des océans pendant au moins une journée en juillet, soit leur plus vaste extension depuis 34 ans.

Les scientifiques préviennent que la répétition de ces épisodes peut transformer durablement les écosystèmes dont dépendent les communautés littorales pour leur alimentation et leurs revenus. Pour le Maroc, le phénomène dépasse donc le cadre d’un record climatique européen : il pose la question de l’adaptation de la pêche, de la protection de la biodiversité et de la résilience des villes côtières.

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