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Trump écarte tout dialogue avec l’Iran et présente Ormuz comme un « territoire américain »

19 août 2026 - 11:04

Donald Trump a nié l’existence de pourparlers avec l’Iran et publié sur Truth Social une carte présentant, de manière provocatrice, le détroit d’Ormuz comme un « nouveau territoire américain ». Cette publication ne constitue pas une revendication formelle de souveraineté, mais accroît les tensions autour d’une voie maritime dont le trafic demeure très inférieur à son niveau d’avant-guerre.

« Il n’y a aucune discussion ni conversation en cours ou prévue avec la République islamique d’Iran », a écrit le président américain.

Trump a ajouté que le blocus naval des ports iraniens restait en vigueur, tandis que le détroit serait « ouvert et opérationnel ». Il a également affirmé que toutes les mines présentes dans ses eaux avaient été retirées ou détruites.

Les données de navigation ne confirment toutefois pas un retour à la normale. Le nombre de navires empruntant Ormuz reste très inférieur à celui enregistré avant le conflit.

L’évaluation est rendue plus difficile par les bâtiments qui désactivent leur système automatique d’identification afin de ne pas révéler leur position dans une zone exposée aux attaques.

Une provocation sans portée territoriale

Avant de nier l’existence de négociations, Trump avait diffusé une carte du détroit portant le titre « Nouveau territoire américain ». La zone mise en évidence comprend des eaux relevant de l’Iran et d’Oman ainsi que des portions de leurs côtes.

L’image n’était accompagnée d’aucun décret, d’aucune déclaration diplomatique de souveraineté ni d’un autre acte officiel susceptible de produire des effets juridiques. Elle ne constitue donc pas une annexion.

La Maison-Blanche avait précédemment assuré que le président plaisantait lorsqu’il avait affirmé vouloir « garder » le détroit. La répétition du message et ses déclarations sur un prétendu « contrôle total » américain donnent cependant à la provocation une portée stratégique.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a qualifié cette idée de « délire » et menacé de corriger les « illusions » du président américain.

Un détroit bordé par l’Iran et Oman

Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman. Sa côte nord appartient à l’Iran, tandis que sa rive sud est principalement constituée par la péninsule omanienne de Moussandam.

Ses eaux territoriales relèvent des deux États riverains, mais le détroit constitue une voie de navigation internationale. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde y transitait.

Le droit maritime international prévoit un régime de passage en transit dans les détroits servant à la navigation mondiale. Les États riverains peuvent imposer certaines règles de sécurité ou de protection de l’environnement, mais ne devraient pas suspendre arbitrairement le passage.

Les États-Unis n’ont pas ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Washington considère néanmoins que la liberté de navigation et le passage en transit relèvent du droit international coutumier.

La présence de forces navales américaines n’accorde aucune souveraineté territoriale à Washington. De même, l’Iran ne peut pas s’approprier l’ensemble du détroit en raison de sa situation géographique.

Des versions contradictoires sur les discussions

Les déclarations de Trump contredisent, en apparence, celles de Jared Kushner.

La veille, l’émissaire américain et gendre du président avait qualifié de « très positives » les discussions entre Washington et Téhéran. Trump lui-même avait récemment évoqué des contacts indirects avec des membres des Gardiens de la révolution.

Une source américaine a ensuite expliqué que ces échanges avaient été suspendus. Le président aurait ordonné à son équipe de ne pas reprendre le dialogue tant que l’Iran ne se rapprocherait pas des positions de Washington.

Kushner pouvait faire référence à des contacts indirects ou déjà achevés au moment où Trump s’est exprimé. Cette différence peut également relever d’une stratégie visant à accroître la pression sur l’adversaire.

Elle révèle, dans tous les cas, la fragilité du canal diplomatique et le manque de clarté entourant les initiatives américaines.

Les conditions posées par Téhéran

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, devenu l’un des principaux interlocuteurs de Téhéran dans cette phase, affirme que le détroit ne sera pas pleinement rouvert avant la mise en œuvre des engagements prévus par le mémorandum de juin.

Ce texte accordait soixante jours aux parties pour négocier une solution diplomatique durable. Les discussions n’ont pas permis de conclure un accord.

L’Iran réclame la levée du blocus naval américain, le dégel de ses avoirs détenus à l’étranger, la suppression des restrictions sur ses exportations d’hydrocarbures et l’arrêt des opérations militaires.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que son pays ne voulait pas d’un simple cessez-le-feu provisoire, mais d’une fin de la guerre assortie de garanties empêchant une nouvelle offensive.

Washington entend maintenir la pression économique et navale jusqu’à ce que Téhéran accepte ses exigences.

Les Émirats interrompent leurs échanges avec l’Iran

Les Émirats arabes unis ont affirmé mardi avoir détecté deux missiles balistiques lancés depuis le territoire iranien et dirigés contre la navigation commerciale.

Selon le ministère émirati de la Défense, les deux projectiles sont tombés en mer sans faire de victimes. L’un aurait terminé sa course hors des eaux émiraties et l’autre à l’intérieur.

L’Iran a catégoriquement nié toute implication et qualifié les accusations d’infondées. Aucun élément indépendant rendu public ne permet, à ce stade, d’attribuer définitivement le lancement.

Après l’incident, Abou Dhabi a suspendu jusqu’à nouvel ordre l’ensemble de ses échanges commerciaux et de ses transactions financières avec l’Iran.

Cette décision pourrait produire d’importantes conséquences économiques. Les Émirats entretenaient des liens commerciaux considérables avec la République islamique malgré leurs divergences politiques et leur coopération militaire avec les États-Unis.

Le projet d’accord entre Oman et l’Iran

Téhéran et Mascate négocient depuis plusieurs semaines une nouvelle organisation des routes maritimes traversant Ormuz.

Le projet prévoirait que les navires entrant dans le golfe empruntent une voie située dans les eaux iraniennes, tandis que ceux qui en sortent utiliseraient une route passant par les eaux omanaises.

Les deux pays se seraient entendus sur les coordonnées géographiques, mais pas encore sur l’ensemble des modalités.

L’Iran souhaite imposer des redevances correspondant aux services fournis aux navires. Les États-Unis et plusieurs pays de la région craignent que ce dispositif ne donne à Téhéran la capacité de contrôler, ralentir ou interdire le passage.

Le Qatar, qui participe aux efforts de médiation, estime qu’un accord entre l’Iran et Oman faciliterait la reprise des négociations irano-américaines.

Une crise énergétique et politique

La guerre et la fermeture partielle d’Ormuz ont augmenté les prix des hydrocarbures, du transport maritime et des assurances. Les conséquences touchent particulièrement les économies dépendantes des importations d’énergie du Golfe.

Aux États-Unis, la hausse des carburants constitue un risque politique à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, qui détermineront si le Parti républicain conserve le contrôle du Congrès.

Une nouvelle campagne militaire obligerait également Washington à tenir compte de l’épuisement partiel de ses stocks de certains missiles et systèmes de défense.

L’Administration Trump semble privilégier, pour l’instant, le blocus, les sanctions et la pression économique plutôt qu’une reprise immédiate des bombardements.

Ses déclarations territoriales et ses menaces contre Oman compliquent cependant les efforts des médiateurs. Alors que Washington et Téhéran revendiquent chacun le contrôle du détroit, le trafic reste limité, la diplomatie est suspendue et le risque d’une nouvelle escalade demeure élevé.

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