À l’occasion des élections législatives de ce mercredi, l’ancien ministre marocain Lahcen Haddad a publié sur X une série de chiffres retraçant la participation électorale dans les provinces du Sud depuis 2007. Il y voit l’expression d’une représentation politique au sein des institutions marocaines et oppose cette dynamique aux revendications de représentativité du Front Polisario.
Alors que les Marocains sont appelés aux urnes ce mercredi 23 septembre pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants, l’ancien ministre Lahcen Haddad a choisi de mettre en lumière une particularité des précédents scrutins : les taux de participation enregistrés dans les provinces du Sud ont régulièrement dépassé la moyenne nationale.
Dans une publication sur son compte X, intitulée « Aujourd’hui, on vote au Maroc », Haddad retrace cette tendance à travers quatre échéances électorales, de 2007 à 2021. Son propos dépasse toutefois le simple constat statistique : il inscrit ces résultats dans le débat sur la représentation politique des populations sahraouies et sur le différend territorial autour du Sahara occidental.
Une participation supérieure à la moyenne nationale
Pour étayer son argumentation, l’ancien ministre cite les élections législatives de 2007, marquées par une participation nationale de 37 %, contre 50 % à Laâyoune et 62 % à Dakhla. En 2011, il relève un taux de 58,5 % à Oued Eddahab, pour une moyenne nationale de 45,4 %. Il rappelle également qu’en 2016, la participation à Laâyoune avait atteint 57,2 %, contre 42,3 % à l’échelle du Royaume.Les résultats de 2021 constituent un autre élément de sa démonstration. Lors de ce scrutin, organisé simultanément avec les élections communales et régionales, le taux de participation national s’était établi à 50,18 %, contre 66,94 % dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra et 58,30 % dans celle de Dakhla-Oued Eddahab, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur.
Pour Lahcen Haddad, cette récurrence constitue un phénomène politique qui mérite d’être pris en considération dans l’analyse de la participation électorale et de la représentation institutionnelle des habitants des provinces du Sud.
Les chiffres qu’il avance concernent toutefois des périmètres géographiques différents selon les années, notamment des villes, des provinces et des régions. Leur comparaison permet d’illustrer une tendance, mais appelle certaines précautions méthodologiques.
Une lecture politique de la représentation sahraouie
L’ancien ministre établit un lien entre cette mobilisation électorale et le débat sur la représentativité des populations sahraouies.Il souligne que les électeurs des provinces du Sud participent aux élections marocaines et choisissent, parmi plusieurs formations politiques, leurs représentants aux échelons local, régional et national.Haddad oppose cette participation à la revendication du Front Polisario de représenter le peuple sahraoui. Il reproche au mouvement indépendantiste de ne pas avoir soumis cette prétention à des élections pluralistes auprès des populations vivant dans les camps de Tindouf, en Algérie.Dans sa publication, il présente ainsi deux conceptions concurrentes de la représentation politique : celle qui s’exerce à travers les institutions électives marocaines et celle revendiquée par le Polisario dans le cadre du différend sur le Sahara occidental.Cette comparaison constitue l’argument politique de l’ancien ministre. Le Front Polisario, pour sa part, revendique le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et conteste que les élections organisées par le Maroc puissent trancher la question du statut du territoire.
Participation électorale et statut du territoire : deux questions distinctes
Lahcen Haddad apporte lui-même une précision juridique à son raisonnement : les élections marocaines ne constituent pas un référendum sur le statut du Sahara occidental.
La participation électorale permet de mesurer la mobilisation des électeurs inscrits et de désigner leurs représentants dans le cadre institutionnel existant. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir les préférences politiques de l’ensemble des Sahraouis concernant le statut définitif du territoire, notamment celles des populations vivant hors des zones administrées par le Maroc.
L’ancien ministre interprète néanmoins la répétition de taux de participation élevés comme une manifestation durable de l’engagement civique dans les institutions marocaines.
À travers cette prise de position publiée le jour du scrutin, Lahcen Haddad entend ainsi placer la participation électorale au centre du débat sur la représentation des populations sahraouies, tout en soulevant une question plus large : celle des différentes formes de légitimité politique revendiquées dans le différend autour du Sahara occidental.