Les résultats provisoires des élections législatives du 23 septembre redessinent le paysage parlementaire marocain. Si le PAM arrive en tête et le PJD enregistre une nette progression, le recul du RNI et de l’Istiqlal soulève de nouvelles interrogations sur la composition de la prochaine majorité. Pour le politologue Abdelghani Serrar, le positionnement des principaux partis sera déterminant dans les négociations à venir.
Rabat, le 25 septembre 2026. Les urnes ont livré leur verdict provisoire, mais l’équation gouvernementale reste à résoudre. Avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des élections législatives, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui obtient 66 sièges, et l’Istiqlal, crédité de 65 élus. Le Parti de la justice et du développement (PJD) fait son retour avec 54 sièges, contre seulement 13 en 2021.
Sur le papier, les trois formations de la coalition sortante disposent toujours d’une majorité confortable, avec 228 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Mais l’arithmétique parlementaire ne suffit pas à déterminer les alliances. Les relations entre les partis et leurs choix stratégiques pèseront également sur la formation du prochain gouvernement.
Le RNI, principale inconnue des négociations
Pour Abdelghani Serrar, professeur de sciences politiques à la Faculté des sciences juridiques et politiques d’El Jadida, l’une des grandes questions concerne l’avenir du RNI. Le parti, qui dirigeait le gouvernement sortant, passe de 102 sièges en 2021 à 66 selon les résultats provisoires, perdant ainsi 36 élus.
Dans une déclaration à Al Yaoum 24, l’universitaire s’interroge sur la possibilité d’une reconduction de l’alliance entre le RNI et le PAM. À ses yeux, les tensions et les prises de position observées pendant la campagne électorale pourraient compliquer un rapprochement entre les deux formations.
Le RNI devra donc préciser ses intentions : poursuivre sa participation au gouvernement ou rejoindre les bancs de l’opposition. À ce stade, aucune de ces orientations ne peut être considérée comme acquise.
Le retour du PJD modifie les rapports de force
La progression du PJD constitue une autre donnée importante de la nouvelle configuration parlementaire. Avec 54 sièges, contre 13 lors du précédent scrutin, le parti retrouve une représentation qui lui permettra de peser davantage dans les débats à la Chambre.
Reste à connaître son positionnement face à une éventuelle coalition conduite par le PAM. Abdelghani Serrar estime que leurs divergences politiques pourraient conduire le PJD à privilégier l’opposition plutôt qu’une participation gouvernementale commune.
L’universitaire souligne également les particularités du recrutement politique du PJD. Selon son analyse, une grande partie de ses nouveaux députés sont issus de ses propres structures militantes et entretiennent des liens organisationnels et idéologiques étroits avec leur formation. Il considère que cette continuité contraste avec les changements d’affiliation observés dans d’autres partis à l’approche du scrutin.
L’Istiqlal au cœur des discussions
Malgré son recul de 81 à 65 sièges, l’Istiqlal conserve un poids parlementaire susceptible de compter dans les négociations. Sa participation pourrait notamment contribuer à la constitution d’une majorité autour du PAM, selon les accords qui seront conclus.
Abdelghani Serrar met par ailleurs en avant ce qu’il considère comme la cohésion organisationnelle du parti, tout en relevant que le recul de sa représentation parlementaire constitue une nouvelle donnée à prendre en compte.
Le PAM, de son côté, gagne dix sièges par rapport à 2021. Pour le politologue, sa progression électorale n’écarte toutefois pas les interrogations sur les liens organisationnels entre certains élus et leur formation politique.
Quelle place pour les partis de gauche ?
L’Union socialiste des forces populaires (USFP), qui passe de 34 à 26 sièges, devra également déterminer son positionnement. Une participation à la prochaine majorité lui permettrait de conserver une présence gouvernementale, tandis qu’un passage dans l’opposition ouvrirait la voie à d’autres formes de coopération parlementaire.
Abdelghani Serrar évoque notamment l’hypothèse d’une coordination avec le Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui obtient 19 sièges, et l’Alliance de la gauche, créditée de huit élus. Une telle coopération dépendrait néanmoins des orientations retenues par chacune de ces formations.
Les résultats provisoires permettent ainsi d’identifier les nouveaux équilibres à la Chambre, sans encore dessiner une coalition définitive. Entre la progression du PAM, le retour parlementaire du PJD et le recul du RNI, les négociations gouvernementales devront désormais traduire les rapports de force électoraux en accords politiques.