Avec une participation de plus de 80 % dans la circonscription locale de Laâyoune, les élections législatives du 23 septembre ont suscité une forte mobilisation. Mais derrière ces chiffres, une mission indépendante d’observation relève plusieurs anomalies, notamment des remises d’argent aux abords de bureaux de vote, des difficultés d’accès pour les personnes handicapées et des dérives sur les réseaux sociaux.
Laâyoune, le 25 septembre 2026. Une mobilisation électorale particulièrement élevée, un scrutin globalement calme et plusieurs pratiques nécessitant des vérifications. Tel est le bilan dressé par l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) et le Centre de réflexion stratégique et de défense de la démocratie dans leur rapport préliminaire consacré aux élections législatives du 23 septembre dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra.
La participation a atteint 80,36 % dans la circonscription locale de Laâyoune et 77,60 % dans la circonscription régionale, contre 38,02 % à l’échelle nationale. Les deux organismes mettent notamment en avant l’intensité de la compétition électorale, la proximité des candidats avec les électeurs et l’importance prise par la campagne numérique.
Cette forte mobilisation n’a cependant pas empêché les observateurs de relever plusieurs anomalies dans le déroulement du scrutin.
Des remises d’argent qui appellent des vérifications
Le rapport fait état de la présence de personnes distribuant des sommes d’argent à des électeurs à proximité de certains bureaux de vote. Les observateurs demandent aux autorités de contrôle et aux instances judiciaires compétentes d’examiner ces faits afin d’en déterminer la nature et les éventuelles implications électorales.
La mission signale également la circulation d’un enregistrement sonore évoquant de possibles votes effectués à la place d’électeurs absents, avec la complicité présumée de certains responsables de bureaux.
Les auteurs précisent toutefois qu’ils n’ont pas pu vérifier directement ces accusations sur le terrain. Leur rapport distingue ainsi les faits constatés des informations qui restent à confirmer.
Les observateurs ont par ailleurs relevé une présence importante de partisans de candidats autour de plusieurs centres électoraux, sans constater d’affrontements ni d’actes de violence.
Des obstacles persistants pour les électeurs handicapés
L’accessibilité des bureaux de vote constitue une autre faiblesse relevée par la mission. Malgré les dispositifs d’accueil et d’orientation mis en place, certains électeurs en situation de handicap ou âgés ont rencontré des difficultés pour accéder à leur bureau.
Plusieurs locaux étaient installés à l’étage dans des établissements dépourvus d’aménagements adaptés. Dans certains centres, les isoloirs réservés aux personnes handicapées étaient trop hauts ou n’offraient pas des garanties suffisantes pour préserver le secret du vote.
Les observateurs ont également constaté que certains membres des bureaux ne maîtrisaient pas pleinement leurs attributions et les procédures électorales.
Le rapport souligne néanmoins la neutralité des agents d’autorité mobilisés pour orienter les électeurs, ainsi que le bon déroulement général des opérations de dépouillement auxquelles la mission a assisté. Aucune infraction susceptible d’en affecter les résultats n’a été constatée au cours de ces opérations.
Intelligence artificielle et propagande numérique
La campagne électorale a également été marquée par une utilisation importante des réseaux sociaux et de contenus générés par intelligence artificielle.
Les observateurs ont relevé la diffusion d’anciennes vidéos présentées dans un contexte électoral récent, ainsi que la circulation d’enregistrements sonores contenant des accusations de pratiques irrégulières, dont l’authenticité n’a pas toujours pu être établie.
Si les formations politiques ont globalement respecté la période de silence électoral dans l’espace public, certaines pages numériques et des groupes de messagerie, notamment sur WhatsApp, ont poursuivi leurs activités de propagande ou de contre-propagande.
La mission pointe par ailleurs une insuffisance dans la couverture médiatique régionale : selon ses observations, la télévision régionale de Laâyoune et la chaîne amazighe n’ont pas offert d’espace de présentation des programmes électoraux en hassani et en amazigh.
Des programmes électoraux aux engagements parfois imprécis
Au-delà de l’observation du vote, les deux organismes ont analysé les programmes de sept formations politiques à partir de trente indicateurs portant notamment sur l’emploi, la santé, l’éducation, l’eau, l’aménagement territorial et la participation citoyenne.
L’étude révèle plusieurs préoccupations communes, particulièrement en matière de services publics et de réduction des disparités territoriales. Elle met toutefois en évidence un décalage récurrent entre les objectifs annoncés et les moyens prévus pour les atteindre.
Certains engagements ne précisent ni les sources de financement, ni les administrations responsables, ni les calendriers de réalisation. Les mécanismes permettant aux citoyens de participer à la conception et au suivi des projets apparaissent également insuffisamment développés.
Pour les auteurs du rapport, le suivi des engagements électoraux devra donc porter sur leur traduction concrète en décisions budgétaires, en projets réalisés et en résultats mesurables.
Une forte participation, mais des garanties à consolider
Les résultats définitifs attribuent les trois sièges de la circonscription locale de Laâyoune à l’Istiqlal, au Parti du progrès et du socialisme (PPS) et au Parti authenticité et modernité (PAM), à raison d’un siège chacun.
Dans la circonscription régionale, qui dispose de cinq sièges, l’Istiqlal en obtient deux, tandis que l’Union socialiste des forces populaires (USFP), le PPS et le PAM en remportent chacun un.
Le rapport préliminaire présente ainsi deux réalités simultanées : une participation électorale particulièrement élevée et des insuffisances qui méritent un examen approfondi. Les observations relatives aux remises d’argent et aux soupçons de vote par procuration irrégulier devront notamment être vérifiées par les autorités compétentes.
L’OMDH et le Centre de réflexion stratégique et de défense de la démocratie entendent approfondir ces différents aspects dans leur rapport définitif, afin de compléter leur évaluation du déroulement du scrutin dans la région.