Dans une ville profondément marquée par les guerres européennes et devenue un symbole de réconciliation, Léon XIV a appelé lundi les religions à refuser toute instrumentalisation de Dieu au service de la violence ou de l’oppression. Devant des représentants chrétiens, juifs et musulmans réunis à Metz, le pape a défendu le dialogue et « l’art de la rencontre » face aux conflits, aux discours de haine et aux replis identitaires.
Metz n’a pas été choisie au hasard pour cette dernière étape du voyage de Léon XIV en France. Ville frontière, passée au cours de son histoire de part et d’autre de la ligne franco-allemande et durement éprouvée par les guerres, elle offre au souverain pontife un décor particulièrement symbolique pour parler de paix.
Au Centre des congrès Robert-Schuman, Léon XIV s’est adressé aux responsables de plusieurs confessions réunis pour une rencontre interreligieuse. À ses côtés figuraient notamment des représentants des Églises chrétiennes, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz.
Son message a été sans ambiguïté : la religion ne peut devenir un instrument de confrontation.
« Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom », a déclaré le pape, appelant les religions à contribuer à « désarmer les cœurs et les paroles ».
Le dialogue sans renoncer à son identité
Léon XIV a également insisté sur une idée chère à son prédécesseur François : dialoguer ne signifie ni diluer ses convictions ni effacer les différences.
« Dialoguer ne diminue pas notre identité », a-t-il souligné, en invitant les responsables religieux à montrer qu’au-delà des frontières et des divergences, il reste possible de se rencontrer, de nouer des liens et de construire la paix.
Dans un monde traversé par les guerres et la polarisation, le pape a opposé à l’agressivité ce qu’il a appelé « l’art de la rencontre ». Une responsabilité qui incombe particulièrement, selon lui, aux religions, dès lors qu’elles prétendent placer la dignité humaine au centre de leur message.
Le souverain pontife a également défendu la protection de la vie et des personnes les plus vulnérables, estimant que la valeur d’une civilisation ne pouvait se mesurer uniquement à ses réussites économiques ou matérielles, mais aussi à sa capacité à protéger et accompagner l’être humain.
Un « Appel de Metz » contre la haine
La rencontre a donné lieu à un « Appel de Metz », signé par des responsables de différentes confessions. Le texte part d’un constat commun : multiplication des guerres, montée des violences, fractures sociales et bouleversements technologiques et environnementaux imposent aux religions une responsabilité particulière.
Les signataires condamnent les discriminations, les discours de haine ainsi que les attaques visant des personnes ou des lieux de culte en raison de leur religion ou de leur origine. Ils rejettent également toute utilisation d’une tradition religieuse ou spirituelle pour justifier la violence.
Trois engagements sont mis en avant : approfondir le dialogue interreligieux, mieux former les nouvelles générations à la connaissance des différentes traditions et agir ensemble en faveur de la justice et de la paix.
L’ambition affichée est de faire de cet appel une « boussole d’espérance » plutôt qu’une simple déclaration de circonstance.
Metz, Schuman et le symbole européen
La dimension religieuse de cette journée se double d’un message profondément européen. Metz se trouve au cœur d’un espace frontalier reliant la France, l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique, sur un territoire où les affrontements d’hier ont progressivement laissé place à l’intégration européenne.
La figure de Robert Schuman plane naturellement sur cette étape. L’un des pères de la construction européenne vécut à quelques kilomètres de Metz, à Scy-Chazelles, et son nom est aujourd’hui associé au centre où Léon XIV a choisi de délivrer ses messages sur la paix et l’unité.
Le pape doit également s’exprimer devant plusieurs dirigeants européens lors d’une rencontre intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », avant de parcourir les rues de Metz en papamobile puis de célébrer une messe dans la cathédrale Saint-Étienne.
Cette étape lorraine clôt son premier voyage en France. Après Paris et Lourdes, Léon XIV aura choisi Metz pour laisser un dernier message : dans une Europe née en grande partie de la volonté de dépasser les guerres du passé, la paix ne peut être considérée comme un acquis, mais comme une construction permanente.