Le Premier ministre et ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, a directement mis en cause Benjamin Netanyahu pour les crimes de guerre qu’il affirme avoir été commis à Gaza. Dans un entretien accordé au journaliste britannique Piers Morgan, il est également revenu sur la frappe israélienne qui avait visé Doha en septembre 2025, estimant que l’attaque d’un pays engagé dans une médiation constituait un précédent particulièrement grave.
Le ton est sans détour. Interrogé par Piers Morgan sur la guerre à Gaza, le Premier ministre qatari, Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, a qualifié le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu de « criminel de guerre », lui imputant la responsabilité des crimes de guerre que Doha affirme avoir été commis dans l’enclave palestinienne.
Le responsable qatari a également accusé Netanyahu de chercher à détourner l’attention en s’en prenant au Qatar et en mettant en cause son rôle régional, plutôt que de répondre des choix de son gouvernement.
Mais l’entretien, diffusé mardi 29 septembre, a surtout été l’occasion de revenir sur un épisode qui continue de peser lourdement sur les relations entre Doha et Israël : la frappe israélienne du 9 septembre 2025 contre la capitale qatarie.
Quand le médiateur devient une cible
Ce jour-là, Israël avait mené une frappe aérienne à Doha visant des responsables du Hamas présents dans la capitale qatarie.
L’opération revêtait une dimension particulière : le Qatar n’était pas partie au conflit mais l’un des principaux médiateurs entre Israël et le Hamas, aux côtés de l’Égypte et avec l’implication des États-Unis.
Au moment de l’attaque, les responsables du Hamas visés se trouvaient précisément engagés dans les discussions autour d’une proposition de cessez-le-feu soutenue par Washington.
L’attaque avait fait six morts, dont un membre des forces de sécurité qataries, tandis que 18 personnes avaient été blessées. Les principaux dirigeants du Hamas ciblés avaient survécu.
Pour Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, cette frappe a franchi une ligne particulièrement sensible dans les relations internationales : celle de la protection de l’espace dans lequel une médiation peut être conduite.
Attaquer un médiateur alors qu’il tente de rapprocher les parties est, selon lui, « inacceptable » et constitue un précédent dangereux.
Une question qui dépasse le différend entre Doha et Israël
L’enjeu soulevé par le Qatar dépasse en effet le seul contentieux bilatéral.
La médiation repose généralement sur une condition élémentaire : les acteurs chargés de transmettre les propositions, d’accueillir les négociateurs ou de maintenir des canaux indirects entre des adversaires doivent pouvoir exercer cette fonction sans devenir eux-mêmes des cibles.
En frappant sur le territoire qatari des responsables engagés dans les négociations, Israël a ouvert un débat sur la sécurité même des États médiateurs et sur les limites des opérations militaires conduites contre des adversaires installés dans des pays tiers.
Doha avait alors dénoncé une violation de sa souveraineté et porté l’affaire devant les instances internationales. Les autorités qataries avaient également souligné que la frappe avait touché une zone résidentielle de la capitale.
Israël avait, de son côté, assumé l’opération en affirmant avoir ciblé de hauts responsables du Hamas qu’il tenait pour responsables de l’attaque du 7 octobre 2023 et de la guerre qui avait suivi.
Doha maintient pourtant sa diplomatie de médiation
Un an après l’attaque, le Qatar n’entend pas abandonner ce rôle.
Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani a affirmé que son pays continuerait à privilégier la diplomatie et la médiation malgré les risques auxquels cette politique l’a exposé.
Cette position intervient alors que Doha joue désormais également un rôle actif dans les efforts diplomatiques visant à rapprocher Washington et Téhéran et à favoriser une issue négociée à la crise régionale.
Le paradoxe est manifeste : le Qatar entend continuer à se présenter comme un espace de dialogue au moment même où l’un des épisodes les plus marquants de son histoire diplomatique récente a montré que le statut de médiateur ne constituait plus nécessairement une protection contre l’extension militaire des conflits régionaux.
C’est précisément sur ce terrain que le Premier ministre qatari situe la gravité de la frappe de septembre 2025 : au-delà de l’attaque contre la souveraineté du Qatar, elle pose la question de ce qu’il reste de la médiation lorsque ceux qui l’organisent peuvent, à leur tour, devenir des cibles.