Les États-Unis ouvrent un nouveau front dans leur campagne de pression économique contre Téhéran. Iran Khodro et SAIPA, les deux constructeurs qui représentent plus de 90 % du marché automobile iranien, sont désormais visés, tout comme la compagnie nationale des chemins de fer et plusieurs grands groupes industriels. Washington étend également ses mesures à des fournisseurs étrangers et cherche à réduire les alternatives terrestres d’une économie iranienne déjà fortement contrainte dans ses exportations pétrolières.
Les États-Unis durcissent une nouvelle fois leur stratégie de pression économique contre l’Iran. L’administration de Donald Trump a annoncé une vaste série de sanctions visant les secteurs automobile et ferroviaire, considérés par Washington comme deux sources importantes de revenus et de capacités logistiques pour Téhéran.
Ces mesures s’inscrivent dans l’Operation Economic Outcast, campagne lancée par le département américain du Trésor afin de réduire les ressources financières dont dispose l’Iran en pleine guerre et de limiter sa capacité à financer ses programmes militaires, la production de missiles et les structures liées aux Gardiens de la révolution.
Cette nouvelle salve élargit considérablement le périmètre des sanctions américaines. Après le pétrole, la finance et le commerce extérieur, Washington frappe désormais directement des secteurs industriels qui occupent une place majeure dans l’économie quotidienne iranienne.
Iran Khodro et SAIPA directement visés
Les deux principales cibles sont Iran Khodro (IKCO) et SAIPA, les plus grands constructeurs automobiles du pays. Ensemble, ils représentent plus de 90 % du marché automobile intérieur.
Iran Khodro est le premier constructeur iranien et l’un des principaux fabricants de véhicules du Moyen-Orient. SAIPA constitue l’autre pilier d’une industrie nationale qui tente depuis des années de maintenir sa production malgré les différentes vagues de sanctions.
Au total, sept constructeurs automobiles sont concernés par les nouvelles mesures américaines. Niroo Motor, présenté comme le plus important fabricant de motos du pays, figure également sur la liste.
Washington étend parallèlement ses sanctions à des partenaires internationaux du secteur. Des entreprises établies en Indonésie, aux Émirats arabes unis, en Turquie et à Hong Kong sont visées en raison de leurs relations commerciales avec l’industrie automobile iranienne.
Le réseau ferroviaire devient une cible stratégique
Le deuxième volet majeur concerne le chemin de fer.
La compagnie publique Islamic Republic of Iran Railway Company (RAI), acteur central du transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises, est désormais sanctionnée. Raja Passenger Trains Company ainsi qu’une importante société privée spécialisée dans le fret ferroviaire figurent également parmi les entités désignées.
Le choix du secteur ferroviaire n’est pas anodin. Avec les restrictions pesant sur le commerce maritime et les exportations pétrolières iraniennes, les voies terrestres ont pris davantage d’importance pour le transport du pétrole, des produits chimiques, des engrais et d’autres marchandises.
Les nouvelles sanctions cherchent précisément à réduire ces possibilités alternatives.
L’acier et les équipements lourds également concernés
L’offensive américaine dépasse largement l’automobile et le rail. Plusieurs groupes sidérurgiques et fabricants de machines industrielles sont également concernés.
Parmi eux figure HEPCO, l’un des grands fabricants régionaux d’équipements destinés aux mines, aux travaux publics et à la construction routière.
Des sociétés étrangères accusées par Washington d’aider des entreprises sidérurgiques iraniennes sont elles aussi visées. Les sanctions atteignent enfin un réseau complexe d’exportation d’acier et de pétrole opérant depuis Hong Kong.
La logique consiste ainsi à agir simultanément sur plusieurs maillons : production industrielle, transport des marchandises, approvisionnement international et circuits d’exportation.
Des conséquences possibles sur l’économie civile
Washington affirme vouloir réduire les ressources économiques disponibles pour l’État iranien et ses structures militaires. Mais l’extension des sanctions à l’automobile, au chemin de fer et à l’industrie lourde accroît également le risque de répercussions sur l’économie civile.
L’automobile constitue l’un des principaux secteurs économiques iraniens en dehors du pétrole et du gaz. Le réseau ferroviaire joue, quant à lui, un rôle essentiel dans les déplacements de la population et le transport des marchandises à travers cet immense territoire.
Les difficultés d’accès aux composants étrangers, les restrictions financières et le risque encouru par les entreprises internationales continuant à travailler avec des groupes iraniens peuvent notamment renchérir les coûts de production et perturber certaines chaînes d’approvisionnement.
La nouvelle offensive américaine marque ainsi une étape supplémentaire dans la stratégie d’isolement économique de Téhéran : après avoir cherché à tarir les revenus pétroliers et à restreindre les circuits financiers, Washington s’attaque désormais aux usines, aux véhicules et aux chemins de fer qui font circuler une partie essentielle de l’économie iranienne.