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Le dernier rapport d’António Guterres apporte, selon les premiers éléments qui en ont été dévoilés, un éclairage inédit sur les négociations autour du Sahara marocain. Conseil de transition, période transitoire, accord-cadre, garanties internationales, partage des ressources, réconciliation et dispositifs sécuritaires auraient été examinés au cours des discussions de 2026. Des pistes qui témoignent d’un passage progressif des principes généraux aux mécanismes concrets d’un éventuel règlement, sans qu’aucune de ces options n’ait encore été définitivement arrêtée.

Les négociations autour du Sahara marocain semblent avoir franchi un nouveau degré de précision. Le rapport du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, daté du 1er octobre 2026 et référencé S/2026/781, ferait état de discussions portant désormais sur les mécanismes institutionnels, politiques et sécuritaires susceptibles d’accompagner une éventuelle solution.

Le document est officiellement enregistré par le Conseil de sécurité sous l’intitulé onusien « Situation concernant le Sahara occidental (MINURSO) ». Son texte intégral n’ayant pas encore été rendu public, les éléments actuellement disponibles proviennent notamment d’une lecture publiée par l’Institut Géopolitique Horizons, qui affirme avoir consulté une copie du rapport. Cette distinction est importante : il s’agit, à ce stade, de pistes discutées dans le cadre des négociations et non de décisions déjà adoptées.

Un Conseil de transition évoqué à Madrid

Parmi les éléments les plus significatifs figure l’hypothèse de la création d’un Conseil de transition.

Selon les informations attribuées au paragraphe 8 du rapport, cette possibilité aurait été examinée lors du deuxième round de négociations, organisé à Madrid les 8 et 9 février 2026. L’instance envisagée aurait vocation à accompagner les différentes opérations d’une éventuelle période transitoire tout en servant de cadre à la poursuite des discussions sur les modalités d’un règlement politique.

La question serait revenue lors du troisième round, avec un examen plus approfondi du fonctionnement de ce Conseil et d’autres propositions élaborées par les équipes des Nations unies et des États-Unis.

L’intérêt de cette évolution réside moins, pour l’heure, dans la création d’une nouvelle institution — aucune décision n’a été prise en ce sens — que dans le degré de précision atteint par les discussions. Le processus ne porterait plus uniquement sur les principes d’une solution, mais commencerait à aborder la manière dont celle-ci pourrait être organisée et mise en œuvre.

Sécurité, ressources, élections et réconciliation

Le périmètre des discussions aurait été particulièrement large. Les participants auraient examiné le rôle des acteurs internationaux et les garanties susceptibles d’accompagner l’application d’un éventuel accord, mais aussi le partage des ressources, les mécanismes d’amnistie et de réconciliation, le désarmement, la démobilisation et la réintégration, les arrangements sécuritaires ainsi que les systèmes électoraux.

Autant de questions qui relèvent moins de la diplomatie déclaratoire que de l’organisation concrète d’une éventuelle transition.

Cette évolution ne signifie pas que les divergences entre les protagonistes ont disparu. Elle indique en revanche que la médiation cherche à explorer les conditions pratiques permettant de transformer un compromis politique éventuel en un dispositif institutionnel applicable sur le terrain.

Vers un accord-cadre pour une période transitoire ?

L’autre nouveauté majeure concerne l’élaboration d’un projet d’accord-cadre.

À la demande des participants, les équipes des Nations unies et des États-Unis auraient travaillé pendant et après le deuxième round à une première architecture destinée à encadrer une éventuelle période transitoire. Une version révisée aurait ensuite été préparée afin de servir, si elle recueillait l’adhésion nécessaire, de base à des négociations plus détaillées sur un modèle d’autonomie ou d’autogouvernance.

Là encore, aucune confusion ne doit être entretenue entre négociation et accord. Le projet d’accord-cadre n’aurait pas été adopté et la période transitoire n’est pas actée.

Mais l’existence même de ces travaux, si elle est confirmée par la publication intégrale du rapport de Guterres, constituerait une indication importante sur l’évolution du processus conduit par Staffan de Mistura.

L’autonomie au centre de la nouvelle séquence

Pour le Maroc, cette évolution intervient alors que son initiative d’autonomie occupe une place croissante dans les discussions internationales sur la recherche d’une issue politique au conflit.

La méthode qui semble se dessiner consiste désormais à dépasser la confrontation des positions de principe pour examiner le contenu susceptible d’être donné à un éventuel statut d’autonomie : institutions, compétences, garanties, sécurité, ressources, représentation politique et mécanismes de consultation.

Dans cette perspective, la notion de période transitoire pourrait constituer un instrument permettant de rapprocher progressivement les positions avant l’établissement d’un dispositif définitif.

Elle ne préjuge cependant pas de l’issue des négociations. Dans le cadre onusien, le principe d’autodétermination demeure une composante du processus politique, tandis que les modalités permettant de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable restent précisément l’objet des discussions.

De Mistura cherche à passer des principes aux mécanismes

C’est probablement sur ce terrain que se situe la principale évolution politique révélée par les premiers éléments du rapport.

La médiation de Staffan de Mistura semble chercher à construire une passerelle entre les positions politiques des protagonistes et les mécanismes susceptibles de rendre un compromis applicable.

Selon la lecture publiée du paragraphe 60, António Guterres considérerait qu’un accord-cadre suivi d’une période transitoire pourrait offrir de meilleures conditions pour poursuivre les négociations.

Cette approche permettrait de ne pas attendre qu’un accord soit immédiatement trouvé sur tous les aspects du statut final avant de commencer à négocier les institutions, les garanties et les modalités de sa mise en œuvre.

Une évolution significative, mais aucun accord à ce stade

La prudence reste néanmoins indispensable. Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un Conseil de transition sera créé, qu’une période transitoire a été décidée ou qu’un accord-cadre a déjà été accepté.

La distinction est essentielle : le Conseil de transition a été étudié, mais pas créé ; la période transitoire a été discutée, mais pas décidée ; l’accord-cadre a été élaboré comme base possible de négociation, mais n’a pas été adopté.

Ce qui apparaît en revanche significatif est le déplacement du centre de gravité des discussions. Le dossier ne serait plus cantonné à l’opposition entre grandes formules politiques. Les négociations commenceraient à entrer dans le détail des institutions, de la sécurité, des ressources, de la réconciliation, des élections et des garanties internationales.

Pour Rabat, cette nouvelle phase pourrait ouvrir un espace important pour défendre et préciser son initiative d’autonomie. Mais elle ouvre simultanément une négociation plus complexe : celle du contenu concret de cette autonomie, de ses garanties et de l’architecture institutionnelle susceptible d’accompagner sa mise en œuvre.

C’est sur ce terrain, bien davantage que sur celui des déclarations de principe, que pourrait désormais se jouer une partie déterminante du processus autour du Sahara marocain.

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