>

Yémen : le pacte de défense entre Riyad, Ankara et Islamabad face à son premier test régional

05 octobre 2026 - 08:26

L’offensive lancée par le gouvernement yéménite contre les Houthis place la nouvelle alliance de défense entre l’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan face à une première épreuve stratégique. De hauts responsables diplomatiques et militaires des trois pays se réunissent ce lundi à Riyad pour examiner l’escalade régionale et poursuivre la mise en œuvre de l’Accord de défense conjoint de La Mecque, qui prévoit qu’une attaque contre l’un des signataires sera considérée comme une attaque contre les trois.

La nouvelle escalade au Yémen donne à la réunion organisée ce lundi à Riyad une dimension particulière. Initialement destinée à poursuivre l’institutionnalisation du pacte de défense signé en août par l’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan, elle intervient au lendemain de l’annonce par le gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par Riyad d’une vaste offensive contre les territoires contrôlés par les Houthis.

Islamabad a dépêché une délégation de tout premier rang, composée du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar, du ministre de la Défense Khawaja Asif et du chef des forces armées, le maréchal Asim Munir. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense ainsi que les principaux responsables militaires turcs et saoudiens participent également aux discussions.

L’Accord de La Mecque à l’épreuve du terrain

L’enjeu dépasse le seul dossier yéménite. Signé le 7 août par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, l’Accord de La Mecque introduit un principe de défense collective particulièrement ambitieux.

Une attaque armée contre l’un des trois États doit être considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires. Le pacte prévoit parallèlement un approfondissement de la coopération militaire, de la coordination stratégique et des capacités communes de dissuasion.

Depuis sa signature, Riyad, Ankara et Islamabad travaillent à la mise en place des structures permettant de traduire cette solidarité politique en mécanismes concrets. La réunion de ce lundi doit notamment examiner les progrès accomplis dans cette institutionnalisation.

Mais l’accélération de la guerre au Yémen change la portée de l’exercice. Pour la première fois, les trois partenaires doivent examiner leur coopération alors que l’un d’entre eux, l’Arabie saoudite, se trouve directement confronté aux conséquences sécuritaires d’une forte escalade à sa frontière méridionale.

Le Yémen revient au cœur de la sécurité régionale

Le président du Conseil de direction présidentiel yéménite, Rashad al-Alimi, a annoncé dimanche le lancement d’une vaste opération destinée à reprendre les territoires encore contrôlés par les Houthis et à rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du pays.

Ansar Allah, nom officiel du mouvement houthi, contrôle Sanaa et de vastes régions du nord-ouest depuis 2014. L’annonce de cette nouvelle campagne militaire marque une nette aggravation du conflit après plusieurs années durant lesquelles les efforts diplomatiques avaient contribué à réduire l’intensité des affrontements sans parvenir à un règlement politique durable.

Pour Riyad, les enjeux dépassent largement la stabilité du Yémen. La sécurité de son territoire, ses infrastructures énergétiques et la protection des grandes routes maritimes reliant la mer Rouge au détroit de Bab el-Mandeb placent le conflit au cœur de ses intérêts stratégiques.

La question est plus délicate pour Ankara et Islamabad : jusqu’où le principe de défense collective prévu par l’Accord de La Mecque peut-il conduire les partenaires de l’Arabie saoudite lorsque la sécurité du Royaume est directement menacée ?

À ce stade, la réunion de Riyad ne signifie pas que la Türkiye ou le Pakistan ont décidé de participer directement à l’offensive au Yémen. Elle constitue en revanche un premier test concret de la portée politique et militaire de l’alliance.

Une ouverture diplomatique venue de Téhéran

La réunion ne devrait pas se limiter aux options militaires. Ishaq Dar a indiqué que l’Iran avait proposé d’engager un dialogue politique avec les Houthis plutôt que de miser exclusivement sur la pression armée.

Cette proposition doit être discutée à Riyad. Elle place le Pakistan dans une position particulière : allié stratégique de l’Arabie saoudite et désormais lié à elle par un engagement de défense collective, Islamabad conserve également des canaux diplomatiques avec Téhéran.

Cette configuration pourrait lui permettre de contribuer à une médiation au moment où les risques d’élargissement du conflit augmentent.

Deux logiques vont donc se croiser à Riyad : celle de la dissuasion collective, que les trois pays cherchent à rendre crédible, et celle de la désescalade diplomatique, encore défendue par plusieurs acteurs régionaux.

À peine deux mois après sa signature, l’Accord de La Mecque entre ainsi dans une phase décisive. Pensé comme un instrument de sécurité et de dissuasion, il doit désormais affronter une question beaucoup plus concrète : jusqu’où va la solidarité militaire entre Riyad, Ankara et Islamabad lorsque la crise régionale cesse d’être théorique et se rapproche directement du territoire de l’un des trois partenaires ?

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *