Après avoir franchi la barre des 16 dirhams le litre début octobre, le prix du gasoil pourrait connaître un reflux au Maroc dans les prochaines semaines. Plusieurs signaux apparus sur les marchés internationaux vont désormais dans ce sens, notamment la détente des cours des produits raffinés et les mesures prises pour augmenter l’offre. Mais l’évolution du dollar et les tensions géopolitiques rendent encore toute baisse durable incertaine.
Le début du mois d’octobre a été particulièrement difficile pour les automobilistes marocains. À Casablanca, le litre de gasoil se négocie actuellement autour de 16,10 à 16,30 dirhams, après une augmentation d’environ 80 centimes intervenue le 1er octobre. Certains indicateurs situent même son prix moyen aux environs de 16,40 dirhams.
Cette flambée s’explique notamment par la forte hausse des produits pétroliers raffinés sur les marchés internationaux, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les inquiétudes concernant l’approvisionnement.
Mais depuis quelques jours, plusieurs indicateurs laissent entrevoir un possible changement de tendance.
Le G7 tente de détendre le marché
L’un des principaux signaux est venu des pays du G7 qui ont décidé, le 2 octobre, de procéder à une libération coordonnée de 100 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers provenant de leurs réserves, étalée sur quatre mois.
Pour le marché du gasoil, le calendrier est particulièrement important : une quantité significative de diesel doit être injectée durant les vingt premiers jours de l’opération, avec la possibilité de mobiliser des volumes supplémentaires si les conditions du marché l’exigent.
Les pays concernés ont également convenu de mieux coordonner les périodes de maintenance de leurs raffineries afin d’éviter la mise à l’arrêt simultanée d’importantes capacités de production et d’encourager une augmentation de la production de produits raffinés, notamment de diesel.
L’annonce a provoqué une réaction immédiate : les contrats à terme sur le gasoil européen ont chuté de plus de 7 %, tandis que les cours du pétrole brut ont également reculé.
Le Brent retombe autour de 101 dollars
La hausse des exportations pétrolières du Moyen-Orient contribue également à détendre le marché. Les données relatives au transport maritime montrent que les exportations de brut ont dépassé leurs niveaux d’avant-guerre pendant quatre des sept derniers jours de septembre.
Dans ce contexte, le Brent évoluait lundi 5 octobre autour de 101,59 dollars le baril, en baisse de 0,71 %, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) se situait autour de 90,05 dollars.
Le marché du diesel reste néanmoins sous tension. Malgré la forte baisse enregistrée après l’annonce du G7, les contrats européens sur le gasoil se négociaient encore lundi aux environs de 1 390 dollars, signe que les difficultés d’approvisionnement ne sont pas totalement résorbées.
Quel impact sur les prix au Maroc ?
Si le recul du gasoil sur le marché européen se poursuit et que l’approvisionnement en produits raffinés s’améliore, ses effets pourraient progressivement se répercuter sur les prix pratiqués dans les stations-service marocaines lors des prochaines révisions tarifaires.
Sur la base des niveaux internationaux actuels, un premier scénario situerait le litre de gasoil au Maroc entre 15,50 et 15,90 dirhams durant la seconde moitié d’octobre.
Si la détente internationale se poursuit et qu’aucune nouvelle escalade géopolitique ne perturbe les approvisionnements, le prix pourrait évoluer au début du mois de novembre dans une fourchette comprise entre 15 et 15,60 dirhams.
Dans un scénario encore plus favorable, supposant une baisse importante et prolongée du prix international du diesel ainsi qu’une amélioration de l’offre, le litre pourrait se rapprocher de 14,50 à 15,30 dirhams courant novembre.
Ces fourchettes restent toutefois des estimations et non des prévisions certaines. Elles dépendent directement de l’évolution des marchés internationaux et de la situation géopolitique.
Le dollar pourrait limiter la baisse
Un autre élément pourrait ralentir la transmission de la baisse internationale aux consommateurs marocains : le taux de change du dirham face au dollar. Le billet vert évoluait lundi autour de 9,93 dirhams, alors que les données de Bank Al-Maghrib font apparaître un affaiblissement du dirham au cours des dernières semaines.
Cette évolution est importante puisque les importations marocaines de produits pétroliers sont principalement réglées en dollars. Une appréciation de la monnaie américaine peut donc absorber une partie des gains obtenus grâce à la baisse des cours internationaux.
Enfin, les prix affichés dans les stations marocaines ne reproduisent pas instantanément les mouvements des marchés mondiaux. Les délais d’acheminement des cargaisons, le transport, le stockage, la fiscalité et les marges de distribution interviennent également dans la formation du prix final.
Les indicateurs actuels permettent donc d’envisager une détente du prix du gasoil au Maroc dans les prochaines semaines, mais pas encore de parler d’un retour durable à des prix sensiblement plus bas.