Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication lance « ander.ma », une nouvelle plateforme destinée à documenter les œuvres d’art, retracer leur parcours et faciliter la vérification de leur authenticité. Alimentée directement par les artistes, cette base numérique doit également permettre de signaler les œuvres suspectes et de renforcer la transparence du marché de l’art marocain.
Le Maroc se dote d’un nouvel instrument numérique pour lutter contre la falsification et la circulation d’œuvres d’art contrefaites. Le Département de la Culture du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a lancé la plateforme « ander.ma », conçue à la fois comme une mémoire documentaire de la création artistique et comme un outil d’aide à l’authentification.
Le principe repose largement sur la participation des artistes eux-mêmes. Plasticiens et artistes visuels pourront enregistrer leurs créations dans la base en déposant des photographies de leurs tableaux, sculptures, installations ou œuvres numériques.
Mais l’objectif va au-delà de la constitution d’un simple catalogue d’images. Les artistes pourront également intégrer des documents permettant de retracer le parcours de leurs œuvres : catalogues d’expositions, affiches, invitations ou encore articles de presse.
L’ensemble doit progressivement constituer un fonds documentaire permettant de confronter les informations disponibles lorsqu’une œuvre réapparaît sur le marché, fait l’objet d’une exposition, d’une succession ou d’une transaction.
Donner une « mémoire » aux œuvres
C’est probablement la dimension la plus intéressante du dispositif. La lutte contre le faux artistique dépend en grande partie de la capacité à reconstruire ce que les professionnels appellent la provenance d’une œuvre : son origine, son historique, ses expositions successives et les éléments permettant de la rattacher à son auteur.
En rapprochant une œuvre de ses photographies et des références documentaires fournies par l’artiste, « ander.ma » doit offrir aux galeries, maisons de vente aux enchères et autres professionnels un instrument supplémentaire de vérification.
La plateforme est appelée à devenir plus efficace à mesure que sa base documentaire s’enrichira. Sa pertinence dépendra donc nécessairement de la participation des artistes et de la quantité comme de la qualité des archives qui y seront déposées.
Un système d’alerte pour les œuvres suspectes
« ander.ma » intègre également un mécanisme permettant de signaler une œuvre considérée comme suspecte, falsifiée ou contrefaite. Le signalement pourra entraîner un nouvel examen à partir des archives disponibles afin d’identifier d’éventuelles incohérences entre l’objet présenté et les références documentées.
Le dispositif pourrait ainsi devenir particulièrement utile lors des ventes, expositions ou successions, situations dans lesquelles l’authenticité et la provenance d’une œuvre peuvent avoir des conséquences artistiques, patrimoniales mais aussi financières.
Le ministère prend toutefois soin de fixer une limite essentielle : la plateforme ne constitue pas, à elle seule, une expertise définitive. Elle est présentée comme un instrument de prévention et d’aide à la vérification et ne remplace ni l’expertise scientifique ou technique, ni les procédures juridiques susceptibles d’être nécessaires pour établir formellement l’authenticité d’une œuvre.
Protéger les artistes, mais aussi les acheteurs
La création de la plateforme ne résulte pas d’une initiative isolée. Elle donne suite à des recommandations formulées lors de sessions de travail organisées en 2024 et 2025 au siège du Ministère public, auxquelles ont notamment participé le Département de la Culture, la Fondation nationale des musées, le ministère de la Justice, le Secrétariat général du gouvernement, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire et des professionnels du secteur artistique.
Cette composition institutionnelle montre que la question dépasse le seul domaine culturel. La falsification d’une œuvre touche simultanément aux droits de l’artiste, à la propriété intellectuelle, aux transactions commerciales et, lorsqu’un litige apparaît, au droit et à la justice.
Avec « ander.ma », les autorités cherchent ainsi à agir en amont : documenter les œuvres lorsqu’elles sont encore facilement rattachables à leurs créateurs afin de disposer, plusieurs années plus tard, d’éléments permettant d’en vérifier l’histoire.
Pour le marché marocain de l’art, l’enjeu est double : mieux protéger les artistes et leurs ayants droit contre la contrefaçon, tout en renforçant la confiance des collectionneurs et des professionnels dans l’authenticité des œuvres proposées à la vente.
La réussite du projet se mesurera désormais à sa capacité à convaincre les artistes d’alimenter durablement cette nouvelle mémoire numérique de la création marocaine.