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Le Belge Francis Halzen décroche le Nobel de physique pour avoir ouvert une nouvelle fenêtre sur l’Univers

07 octobre 2026 - 11:29

Le physicien belgo-américain Francis Halzen a reçu le prix Nobel de physique 2026 pour ses contributions décisives à l’observatoire IceCube et à la découverte des neutrinos de haute énergie d’origine astrophysique. Son intuition scientifique a permis de transformer un kilomètre cube de glace antarctique en un gigantesque détecteur capable d’observer autrement les phénomènes les plus extrêmes de l’Univers. 

L’Académie royale des sciences de Suède a attribué mardi le prix Nobel de physique 2026 à Francis Halzen, figure majeure de l’astrophysique des particules et professeur à l’Université du Wisconsin-Madison.

Le comité Nobel récompense le chercheur pour ses « contributions décisives à l’observatoire de neutrinos IceCube et la découverte de neutrinos de haute énergie d’origine astrophysique ».

Derrière cette formulation scientifique se cache une aventure extraordinaire : celle d’un chercheur qui a contribué à transformer les profondeurs glacées du pôle Sud en l’un des plus grands instruments d’observation de l’Univers jamais construits.

À la recherche des « particules fantômes »

Les neutrinos sont parmi les particules les plus insaisissables connues par la physique. Ils interagissent si peu avec la matière qu’ils peuvent traverser la Terre presque sans être perturbés.

Cette particularité constitue aussi leur immense intérêt scientifique. En voyageant sur des distances cosmiques sans être significativement déviés ou absorbés, ils transportent des informations précieuses sur les environnements extrêmement énergétiques où ils ont été produits.

L’idée défendue par Halzen était audacieuse : utiliser la glace extrêmement transparente de l’Antarctique comme milieu de détection.

Cette intuition allait donner naissance à IceCube.

Un télescope sous la glace antarctique

IceCube ne possède ni miroir ni coupole. Des milliers de capteurs optiques ont été enfouis profondément dans la glace du pôle Sud, jusqu’à environ 2 450 mètres sous la surface. L’ensemble permet d’instrumenter un volume d’environ un kilomètre cube.

Lorsqu’un neutrino interagit exceptionnellement avec la matière, les particules secondaires produites peuvent générer une faible lumière que les détecteurs d’IceCube enregistrent. Les scientifiques peuvent alors reconstruire certaines caractéristiques du neutrino, notamment son énergie et sa direction d’origine.

En 2013, l’expérience a franchi une étape historique en annonçant la découverte d’un flux de neutrinos astrophysiques de haute énergie.

La démonstration était faite : les neutrinos pouvaient devenir de véritables messagers du cosmos et offrir aux astronomes une manière nouvelle d’explorer l’Univers. IceCube a depuis apporté des éléments sur plusieurs sources extragalactiques et annoncé, en 2023, la découverte de neutrinos provenant de notre propre galaxie.

De la Belgique aux glaces du pôle Sud

Né en Belgique en 1944, Francis Halzen a obtenu son master puis son doctorat à l’actuelle KU Leuven. Il rejoint en 1972 la faculté de physique de l’Université du Wisconsin-Madison, où il effectuera l’essentiel de sa carrière.

Son histoire avec les neutrinos antarctiques commence plusieurs décennies avant le Nobel. Dès 1987, il travaille sur AMANDA, expérience pionnière qui constitue une première démonstration de la possibilité de construire un télescope à neutrinos dans la glace du pôle Sud.

IceCube en sera l’héritier à une échelle sans précédent.

Le projet est aujourd’hui une entreprise scientifique internationale réunissant environ 450 chercheurs issus de 58 institutions dans 14 pays. Halzen lui-même a tenu, après l’annonce du Nobel, à mettre en avant cette dimension collective et le travail des nombreux scientifiques qui ont transformé une idée extrêmement risquée en réussite scientifique.

Une nouvelle manière de regarder le cosmos

La portée du Nobel dépasse la seule physique des neutrinos. L’astronomie s’est longtemps appuyée essentiellement sur la lumière et les différentes formes de rayonnement électromagnétique. Plus récemment, les ondes gravitationnelles ont ouvert une autre voie d’exploration.

Les neutrinos constituent désormais un messager supplémentaire.

Ils peuvent permettre de remonter vers certains des accélérateurs naturels les plus puissants de l’Univers et d’étudier des phénomènes liés notamment aux galaxies actives et aux trous noirs.

L’histoire ne s’arrête pas au Nobel. IceCube vient de bénéficier d’une importante extension installée en 2025-2026, tandis qu’un projet beaucoup plus vaste, IceCube-Gen2, est envisagé pour les prochaines années.

En distinguant Francis Halzen, le Nobel récompense donc une intuition devenue réalité : faire de la glace située sous le pôle Sud un immense œil scientifique capable de révéler une partie jusque-là invisible de l’Univers.

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