La justice argentine examine les responsabilités des professionnels de santé qui ont accompagné l’ancien champion durant son hospitalisation à domicile. Pour l’accusation, son décès aurait pu être évité ; les prévenus contestent toute responsabilité pénale.
Le parquet argentin a requis des peines allant de quatre à douze ans de prison contre six professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de Diego Armando Maradona avant son décès, survenu le 25 novembre 2020. Ces réquisitions ont été présentées jeudi devant le tribunal de San Isidro, près de Buenos Aires, à l’ouverture de la phase finale des plaidoiries, après près de 45 audiences et plus d’une centaine de témoignages et de déclarations. Selon l’accusation, la mort de l’ancien capitaine de la sélection argentine, victime à 60 ans d’un œdème pulmonaire et d’un arrêt cardiorespiratoire, aurait pu être évitée si une surveillance médicale adaptée avait été mise en place. Les professionnels poursuivis contestent les accusations et affirment ne pas avoir commis les faits qui leur sont reprochés.
Le procureur Patricio Ferrari a demandé douze ans de prison contre Leopoldo Luque, médecin personnel de Maradona, dix ans contre Nancy Forlini, coordinatrice d’une société de médecine privée, et huit ans contre la psychiatre Agustina Cosachov. Tous trois sont poursuivis pour homicide avec dol éventuel, une qualification du droit pénal argentin qui suppose que les personnes mises en cause aient eu conscience du risque mortel lié à leurs actes ou omissions et l’aient accepté. Le ministère public a également requis dix années d’interdiction d’exercice professionnel à leur encontre. Trois autres membres de l’équipe soignante, dont un psychologue, un infirmier et un coordinateur des soins infirmiers, sont poursuivis pour homicide involontaire en raison de négligences présumées, avec des peines demandées de quatre à cinq ans de prison.
Une prise en charge médicale jugée défaillante par l’accusation
Au cœur du procès figure la période pendant laquelle Maradona recevait des soins à domicile après une intervention chirurgicale pratiquée le 3 novembre 2020 pour traiter un hématome sous-dural. Le parquet estime que les professionnels chargés de son suivi n’ont pas pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité d’un patient particulièrement vulnérable. Selon le procureur Ferrari, plusieurs obligations médicales auraient été méconnues, tandis que des interventions indispensables auraient été omises. Son collègue Cosme Iribarren a soutenu que le décès était évitable et que les soins prodigués avaient été insuffisants. Ces affirmations constituent la thèse de l’accusation, dont le bien-fondé reste soumis à l’appréciation du tribunal.
Les débats ont également mis en lumière les difficultés liées à la répartition des responsabilités au sein d’une équipe médicale composée de plusieurs intervenants. Le ministère public reproche aux accusés d’avoir cherché, tout au long de la procédure, à reporter la responsabilité des décisions et des omissions sur leurs collègues. La présentation de photographies de Maradona après sa mort a provoqué une vive émotion dans la salle d’audience, notamment parmi ses filles Dalma, Gianinna et Jana, présentes lors des réquisitions. Le parquet a par ailleurs décidé de ne pas maintenir les poursuites contre Pedro Di Spagna, médecin généraliste initialement mis en cause, estimant ne pas disposer des éléments nécessaires pour soutenir une accusation à son encontre.
La qualification pénale au centre des désaccords
Les avocats de la défense contestent particulièrement l’existence du dol éventuel, élément déterminant de l’accusation la plus grave. Vadim Mischanchuk, défenseur de la psychiatre Agustina Cosachov, considère que les débats n’ont pas permis d’établir que sa cliente aurait consciemment accepté un risque de décès. Cette distinction est essentielle : une faute médicale, même grave, ne suffit pas nécessairement à caractériser une acceptation du risque mortel. Il appartient à la justice de déterminer si les comportements reprochés relèvent d’une négligence pénalement sanctionnable ou d’une qualification plus sévère, telle que celle soutenue par le parquet.
Les représentants de la famille Maradona défendent, de leur côté, une lecture particulièrement critique de la prise en charge médicale. Eduardo Ramírez, avocat de Diego Junior, fils aîné du footballeur, a demandé dix ans de prison contre Agustina Cosachov, contre huit requis par le parquet, ainsi que l’incarcération de certains accusés en cas de condamnation. Le procureur Ferrari n’a pas réclamé leur placement immédiat en détention, mais a sollicité des mesures destinées à empêcher leur départ du territoire argentin.
Six ans après la disparition de Diego Maradona, ce procès continue de susciter une forte attention en Argentine et à l’étranger. Au-delà de la célébrité du défunt, il soulève des interrogations fondamentales sur la continuité des soins, la coordination entre professionnels de santé et la responsabilité pénale dans les situations médicales complexes. Le tribunal devra désormais départager les arguments de l’accusation et ceux de la défense, dans le respect de la présomption d’innocence, avant de déterminer si les manquements allégués peuvent être juridiquement reliés au décès de l’ancien champion du monde.