La résolution 2797 du Conseil de sécurité ouvre, selon Rafael Esparza Machín, une occasion de relancer les négociations autour de l’initiative marocaine d’autonomie et de dépasser un différend qui entrave depuis des décennies l’intégration du Maghreb.
Les gouvernements de mon pays, l’Espagne, et de ma communauté autonome, les îles Canaries, ont compris que le Maroc demeure un allié de confiance et un partenaire stratégique de premier plan. Cette relation de voisinage, fondée sur des intérêts partagés, s’inscrit dans une histoire complexe dont les conséquences continuent de peser sur les équilibres régionaux.
Le Maroc, nation à l’histoire millénaire, a subi au XXe siècle la domination coloniale française et espagnole, qui a profondément marqué son organisation territoriale. La question du Sahara s’inscrit, du point de vue marocain, dans cet héritage historique et dans le processus de parachèvement de son intégrité territoriale.
Conscientes de cette réalité, les autorités espagnoles ont progressivement fait évoluer leur position. Madrid considère désormais l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour parvenir à une solution au différend. Cette orientation traduit une volonté de renforcer la coopération bilatérale tout en favorisant une issue politique négociée.
Une dynamique diplomatique internationale
Sur le plan européen, le soutien à l’initiative marocaine d’autonomie a gagné du terrain, même si les positions des États membres et celles des institutions de l’Union européenne doivent être distinguées. Plusieurs pays européens ont renforcé leurs relations politiques, diplomatiques, économiques et culturelles avec le Maroc, tout en manifestant leur intérêt pour les perspectives de développement des provinces du Sud.
Les investissements engagés dans ces territoires participent d’un vaste programme de transformation économique, doté d’une enveloppe de plusieurs milliards de dollars. Infrastructures portuaires, énergies renouvelables, transports, équipements sociaux et projets industriels sont appelés à jouer un rôle déterminant dans cette stratégie de développement.
Cette dynamique économique devrait, à mes yeux, accompagner les efforts diplomatiques en faveur d’une solution durable. Car le règlement du différend ne saurait se limiter à des considérations territoriales : il doit également ouvrir des perspectives concrètes de prospérité, de stabilité et de dignité pour les populations concernées.
La résolution 2797 et les responsabilités régionales
L’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité des Nations unies constitue une étape importante dans l’évolution du dossier. Le texte accorde une place centrale à la proposition marocaine d’autonomie dans la recherche d’une solution politique, tout en maintenant le cadre des négociations sous l’égide de l’ONU.
Dans ce contexte, l’Algérie, qui accueille les camps de Tindouf et joue un rôle majeur dans les équilibres régionaux, ne peut rester à l’écart des efforts destinés à parvenir à un règlement. Sa participation au processus politique représente, selon moi, une condition essentielle pour surmonter les blocages persistants.
La communauté internationale doit encourager toutes les parties concernées à s’engager de bonne foi dans une négociation réaliste. Je considère que l’initiative marocaine d’autonomie offre aujourd’hui le cadre le plus susceptible de déboucher sur un compromis politique durable.
L’évolution des positions diplomatiques de nombreux pays traduit, par ailleurs, un intérêt croissant pour cette proposition. Plusieurs États d’Amérique latine, d’Afrique et d’Europe ont modifié leur approche du dossier ou renforcé leurs relations avec Rabat. Il convient néanmoins de distinguer le soutien à l’autonomie, la suspension ou le retrait d’une reconnaissance diplomatique de la République arabe sahraouie démocratique et la reconnaissance explicite de la souveraineté marocaine : ces démarches n’ont pas la même portée juridique.
Tindouf et l’impératif d’une perspective politique
La situation des populations installées depuis des décennies dans les camps de Tindouf appelle également une attention renouvelée. Leur avenir ne peut rester indéfiniment suspendu à un différend dont les conséquences humaines se transmettent d’une génération à l’autre.
La résolution 2797 devrait être saisie comme une occasion de relancer les discussions sur les conditions d’un règlement politique, les garanties à offrir aux populations concernées et les perspectives de retour, de réinstallation ou de libre choix de leur avenir, dans le respect du droit international.
Les préoccupations sécuritaires au Sahel rendent cette démarche d’autant plus nécessaire. La progression des organisations djihadistes dans cette région constitue une menace réelle pour l’ensemble des pays du Maghreb. Toutefois, les responsabilités individuelles dans les réseaux terroristes ne sauraient, sans éléments probants, être étendues à une organisation entière ou à l’ensemble des habitants des camps.
La stabilité régionale exige une coopération sécuritaire renforcée, mais aussi des réponses politiques capables de réduire les tensions et de créer des perspectives pour les nouvelles générations.
Pour un nouveau départ du Maghreb
Il est temps que les Nations unies et la communauté internationale intensifient leurs efforts diplomatiques afin d’encourager un dialogue constructif entre le Maroc, l’Algérie et les autres parties concernées. À mes yeux, ce dialogue devrait avoir pour objectif de définir les conditions concrètes d’une solution politique fondée sur une autonomie négociée, assortie de garanties institutionnelles et de perspectives de développement.
Une telle avancée permettrait non seulement de tourner une page douloureuse, mais aussi de rouvrir la voie à l’intégration maghrébine. Depuis trop longtemps, les tensions politiques privent les peuples d’Afrique du Nord des bénéfices d’un espace régional plus ouvert, plus solidaire et économiquement plus dynamique.
Le Maghreb dispose pourtant d’atouts considérables : une position géographique stratégique, des ressources énergétiques et agricoles, une jeunesse nombreuse, des complémentarités économiques et des liens humains profondément enracinés dans l’histoire.
Le règlement du différend autour du Sahara pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle étape de coopération régionale. Il ne s’agit pas seulement de mettre fin à une confrontation diplomatique, mais de rendre possible un avenir commun.
Le temps est venu de substituer à la logique de l’affrontement celle de la négociation, et à l’immobilisme politique une ambition partagée de paix, de développement et de prospérité pour les peuples du Maghreb.