Selon le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale, 36 % de la superficie des bassins fluviaux de la planète a enregistré des débits inférieurs à la normale en 2025. Le recul des glaciers et l’épuisement progressif des réserves d’eau douce accentuent les inquiétudes pour les années à venir.
La planète entre dans une période où les anomalies hydrologiques tendent à devenir récurrentes. Sécheresses prolongées, débits fluviaux perturbés, recul des glaciers et pression sur les nappes souterraines témoignent d’un dérèglement croissant du cycle de l’eau, avertit l’Organisation météorologique mondiale (OMM), institution spécialisée des Nations unies.
Dans son rapport sur l’état des ressources en eau dans le monde en 2025, publié le 17 septembre 2026, l’organisation dresse un constat préoccupant : les réserves naturelles d’eau douce diminuent dans plusieurs régions, tandis que les épisodes extrêmes continuent de provoquer des dommages considérables aux populations et aux économies.
Sept années consécutives de déséquilibres hydrologiques
L’année 2025 figure parmi les plus sèches des 35 dernières années en matière de débit des cours d’eau. Selon l’OMM, plus de 36 % de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux a enregistré des écoulements inférieurs aux normales historiques.
Pour la septième année consécutive, les bassins présentant des conditions hydrologiques normales sont restés nettement minoritaires. Cette situation traduit une irrégularité persistante du cycle de l’eau, marqué par une alternance de déficits et d’excédents qui complique la gestion des ressources disponibles.
La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, souligne que ces perturbations ne relèvent plus de simples accidents climatiques isolés. Elles s’inscrivent dans une évolution de longue durée, caractérisée notamment par la diminution des réserves d’eau stockées sur les continents depuis le milieu des années 2010.
Les glaciers ont perdu 408 milliards de tonnes de glace en 2025
La situation des glaciers constitue l’un des signaux les plus préoccupants du rapport. En 2025, leur perte de masse est estimée à 408 gigatonnes, soit 408 milliards de tonnes, avec une marge d’incertitude scientifique.
Entre 2023 et 2025, les pertes cumulées ont atteint environ 1 400 gigatonnes, un volume comparable à près d’un tiers des prélèvements annuels mondiaux d’eau douce.
Pour la quatrième année consécutive, toutes les grandes régions glaciaires du monde ont enregistré une perte nette de glace. L’Asie centrale, certaines régions d’Asie du Sud-Ouest, l’Arctique russe, l’Islande ainsi que l’ouest du Canada et les États-Unis figurent parmi les zones particulièrement touchées.
La fonte glaciaire peut temporairement alimenter davantage certains cours d’eau, mais l’amenuisement progressif des réserves de glace risque, à terme, de fragiliser l’approvisionnement des populations qui dépendent de ces ressources pendant les saisons sèches.
Le Maroc face à l’enjeu stratégique de la sécurité hydrique
Les conclusions de l’OMM résonnent particulièrement au Maroc, où la gestion de l’eau constitue un enjeu majeur pour l’agriculture, l’approvisionnement des villes et le développement économique.
Les variations des précipitations, la pression sur les nappes souterraines et les besoins croissants de plusieurs secteurs imposent une adaptation durable des politiques hydriques. La mobilisation de ressources non conventionnelles, notamment le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées, s’accompagne de la nécessité de réduire les pertes dans les réseaux et d’améliorer l’efficacité de l’irrigation.
Le rapport de l’OMM porte sur des tendances mondiales et ne permet pas, à lui seul, de dresser un bilan spécifique de la situation marocaine. Il souligne néanmoins l’importance d’une meilleure connaissance des réserves disponibles et d’une planification capable d’anticiper les épisodes de pénurie comme les excès de précipitations.
Des réserves naturelles de moins en moins protectrices
Les eaux souterraines, les lacs, les sols humides, les manteaux neigeux et les glaciers constituent autant de réserves naturelles qui permettent traditionnellement d’amortir les effets des périodes sèches.
Or, lorsque ces stocks s’épuisent, leur capacité à compenser les déficits de précipitations diminue. Près des deux tiers des puits suivis à l’échelle mondiale présentaient ainsi en 2025 des niveaux s’écartant de leurs références historiques, selon l’organisation.
Face à ces évolutions, l’OMM plaide pour un renforcement des réseaux d’observation, un meilleur partage des données hydrologiques et des politiques de gestion intégrée des ressources.
Le défi ne consiste plus seulement à répondre aux sécheresses lorsqu’elles surviennent, mais à préparer les sociétés à un cycle de l’eau devenu structurellement plus instable, où l’abondance ponctuelle des pluies ne garantit plus, à elle seule, la sécurité hydrique à long terme.