Alors que des frappes contre des aéroports saoudiens ont fait au moins 17 morts et perturbé le trafic aérien, le ministre de l’Énergie affiche la détermination du Royaume devant les représentants de l’industrie pétrolière mondiale. Une démonstration de fermeté dans un contexte de tensions militaires persistantes avec les insurgés yéménites.
L’Arabie saoudite veut montrer qu’elle ne cédera pas à la pression militaire. Lundi 12 octobre, à Riyad, le ministre de l’Énergie, Abdelaziz ben Salmane, a choisi une formule particulièrement affirmée pour répondre aux attaques menées par les rebelles houthis du Yémen contre plusieurs infrastructures du Royaume : le mot « peur », a-t-il assuré, n’existe pas dans le dictionnaire saoudien.
Cette déclaration a été prononcée à l’ouverture de la 25e édition du Congrès mondial du pétrole, organisé pour la première fois en Arabie saoudite. Un rendez-vous international majeur qui se déroule dans un climat de forte tension, après une série d’attaques meurtrières visant notamment les infrastructures aéroportuaires.
Le ministre a présenté la résilience et la détermination de la population saoudienne comme les principales réponses aux menaces, tout en reconnaissant que les risques sécuritaires demeurent bien réels.
Dix-sept morts dans une série d’attaques
L’offensive la plus meurtrière s’est produite samedi à l’aéroport international Roi-Khaled de Riyad. Selon les informations rapportées par l’agence EFE, au moins treize personnes ont été tuées dans cette attaque, tandis que quatre autres décès ont été enregistrés lors d’opérations attribuées aux insurgés depuis vendredi.
Le bilan provisoire atteint ainsi au moins dix-sept morts, dans ce qui constitue l’une des séquences les plus meurtrières visant le territoire saoudien ces dernières années.
Les conséquences dépassent le seul bilan humain. Les attaques ont provoqué d’importantes perturbations du transport aérien, l’aéroport de Riyad ne disposant plus de vols programmés au moment de l’intervention du ministre.
Les houthis ont revendiqué ces dernières semaines plusieurs opérations utilisant des drones et des missiles balistiques contre des installations civiles et militaires, notamment des aéroports et des infrastructures énergétiques.
L’industrie pétrolière réunie malgré les risques
La tenue du Congrès mondial du pétrole dans la capitale saoudienne donne une dimension économique particulière à cette crise sécuritaire.
Devant les participants, Abdelaziz ben Salmane a remercié les délégations étrangères ayant effectué le déplacement malgré les difficultés d’accès à Riyad. Il a affirmé que leur protection demeurait une priorité pour les autorités.
Le ministre a néanmoins reconnu que la poursuite de l’événement ne signifiait pas la disparition des menaces. Il a plaidé pour une réponse fondée sur la coopération, la responsabilité collective et le dialogue.
Le congrès a également enregistré des absences remarquées. Selon des informations de presse, notamment celles du Financial Times, certains dirigeants de groupes pétroliers internationaux, parmi lesquels ExxonMobil, TotalEnergies et BP, n’ont pas participé à la rencontre alors que leur présence avait été annoncée.
Les raisons précises de ces absences ne sont toutefois pas établies pour chacun des responsables concernés.
La confrontation avec les houthis s’intensifie
Cette nouvelle vague d’attaques intervient dans un contexte de reprise des tensions entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthis, qui contrôlent la capitale yéménite, Sanaa, depuis 2014.
La dernière attaque visant l’aéroport de Riyad a été précédée d’accusations diffusées par la chaîne Al-Masirah, proche des insurgés, faisant état d’une offensive aérienne contre l’aéroport international de Sanaa.
L’escalade actuelle remonte au mois de juillet, lorsque les houthis ont accusé Riyad d’avoir bombardé cette infrastructure afin d’empêcher l’atterrissage d’un appareil iranien. L’opération avait cependant été revendiquée par des forces gouvernementales yéménites soutenues par l’Arabie saoudite.
Ces accusations réciproques témoignent d’une situation militaire instable, dans laquelle les installations civiles et les infrastructures stratégiques sont directement exposées.
D’autres groupes armés proches de l’Iran ont également été mis en cause dans des attaques visant des installations saoudiennes au cours des derniers mois.
Entre discours de fermeté et impératifs de sécurité
En affirmant que la peur n’existe pas dans le vocabulaire saoudien, Abdelaziz ben Salmane a cherché à adresser un message de confiance aux partenaires économiques du Royaume et à la communauté internationale.
Mais la gravité des attaques, les pertes humaines et les perturbations aériennes rappellent l’ampleur des défis sécuritaires auxquels Riyad reste confronté.
Pour l’Arabie saoudite, la protection des infrastructures énergétiques et des liaisons internationales constitue un enjeu majeur, tant pour son économie que pour sa place sur les marchés mondiaux.
Le ministre a d’ailleurs souligné l’importance du dialogue dans les périodes de crise, laissant apparaître une double priorité : afficher la fermeté face aux attaques tout en préservant les possibilités de coopération.
Dans l’immédiat, la question demeure celle de l’évolution de la confrontation avec les houthis et de la capacité des acteurs régionaux à empêcher une nouvelle aggravation des violences.