À l’approche des législatives du 29 novembre, le dernier baromètre du Centre espagnol de recherches sociologiques (CIS) place le Parti socialiste de Pedro Sánchez nettement devant le Parti populaire d’Alberto Núñez Feijóo. Mais cette avance de près de douze points, contestée par l’opposition et sensiblement supérieure à celle observée dans d’autres sondages, ne préjuge pas de l’issue du scrutin.
La campagne électorale espagnole commence sous le signe d’un contraste saisissant. Alors que le gouvernement de Pedro Sánchez a été contraint de convoquer des élections anticipées après une nouvelle impasse parlementaire, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) apparaît en nette progression dans le baromètre d’octobre du Centre de recherches sociologiques (CIS), publié mercredi.
Selon cette enquête, les socialistes recueilleraient environ 34 % des intentions de vote, contre 31 % un mois auparavant. Le Parti populaire (PP), principale formation de l’opposition, reculerait parallèlement de 25,5 % à 22,2 %. L’écart entre les deux partis atteindrait ainsi 11,8 points, une différence particulièrement importante à moins de sept semaines des élections générales fixées au 29 novembre.
Ces résultats dessinent une dynamique favorable au PSOE dans l’enquête du CIS, mais ils interviennent dans un climat de forte polarisation politique et doivent être appréciés à la lumière des divergences entre les différents instituts de sondage.
La crise du logement au centre de la bataille électorale
Le baromètre a été réalisé du 1er au 6 octobre auprès de 5 025 personnes, dans une période marquée par une vive controverse autour du logement. L’expulsion de Maricarmen Abascal, devenue un symbole des difficultés d’accès au logement en Espagne, a provoqué une importante mobilisation et replacé cette question au premier plan du débat national.
La tension s’est accentuée après le rejet, au Congrès des députés, de deux décrets gouvernementaux consacrés au logement. Le PP, Vox et la formation indépendantiste catalane Junts ont voté contre ces textes, privant l’exécutif de la majorité nécessaire à leur adoption.
C’est dans ce contexte que Pedro Sánchez a annoncé, le 5 octobre, la dissolution du Parlement et la tenue d’élections anticipées le 29 novembre, mettant fin à une législature marquée par la difficulté croissante de réunir des majorités parlementaires.
Une précision s’impose toutefois : l’enquête du CIS a été achevée avant l’annonce, le 7 octobre, du décès de Maricarmen Abascal. Elle ne mesure donc pas les éventuelles réactions de l’opinion publique à cette disparition.
Le PP recule, Vox progresse sans combler l’écart
La baisse du Parti populaire constitue l’un des principaux enseignements du sondage. Avec 22,2 % des intentions de vote, la formation d’Alberto Núñez Feijóo perdrait 3,3 points en un mois et se situerait nettement en dessous de son résultat aux élections générales de juillet 2023.
Vox, dirigé par Santiago Abascal, poursuit pour sa part sa progression et atteindrait 17,1 %, soit une hausse de 0,5 point par rapport à septembre. La formation de droite radicale réduit ainsi son retard sur le PP, sans pour autant enregistrer une progression équivalente au recul des conservateurs.
La direction du PP conteste vigoureusement les résultats du CIS, dont elle met en cause la crédibilité et la méthodologie. L’institut public, présidé par José Félix Tezanos, fait régulièrement l’objet de critiques de l’opposition en raison des écarts entre certaines de ses estimations et celles des organismes privés.
À gauche du PSOE, des alliances encore incertaines
Le paysage politique demeure également fragmenté à gauche du Parti socialiste. Le CIS attribue 6,1 % des intentions de vote à Sumar-Frente Amplio, coalition réunissant notamment Sumar, Izquierda Unida, les Comuns et Más Madrid. Podemos reculerait à 3,1 %, tandis que les discussions se poursuivent en vue d’une éventuelle candidature commune.
Ces négociations pourraient peser sur la répartition des sièges, le système électoral espagnol favorisant, dans de nombreuses circonscriptions, les formations capables de concentrer leurs voix. Une dispersion des candidatures peut donc avoir des conséquences parlementaires qui ne se lisent pas directement dans les pourcentages nationaux.
Du côté des partis régionaux, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) est créditée de 3 %, tandis que la formation basque EH Bildu recueillerait 1,6 %.
Des résultats à interpréter avec prudence
Si le CIS mesure une avance importante des socialistes, d’autres enquêtes publiées ces dernières semaines présentent un rapport de forces moins déséquilibré entre le PSOE et le PP. Cette divergence invite à distinguer les tendances enregistrées par un institut des perspectives réelles de formation d’une majorité parlementaire.
Le baromètre mensuel du CIS ne fournit d’ailleurs aucune projection officielle en sièges. Les simulations réalisées par des plateformes spécialisées à partir de ses données relèvent d’exercices distincts, dépendant de leurs propres méthodes de calcul.
L’enquête révèle également une appréciation contrastée des membres du gouvernement. Seuls trois ministres dépassent la moyenne de cinq sur dix : Carlos Cuerpo, chargé de l’Économie, Pablo Bustinduy, ministre des Droits sociaux, et Margarita Robles, ministre de la Défense. Ces évaluations portent sur l’image des responsables politiques auprès des personnes interrogées qui les connaissent, et non sur un bilan objectif de leur action.
Un scrutin suivi de près au Maroc
Au-delà des équilibres internes espagnols, les élections du 29 novembre présentent un intérêt particulier pour le Maroc. Madrid demeure un partenaire essentiel de Rabat dans les domaines économique, commercial et sécuritaire, tandis que la coopération migratoire et les relations entre les deux rives du détroit de Gibraltar occupent une place importante dans l’agenda bilatéral.
L’orientation du prochain gouvernement espagnol sera donc suivie avec attention, notamment en ce qui concerne la continuité des engagements entre les deux pays. À ce stade, le baromètre du CIS ne permet cependant ni de déterminer la composition du futur exécutif ni de tirer des conclusions sur ses éventuelles orientations diplomatiques.
À six semaines du vote, une certitude se dégage : la question du logement, les difficultés de gouvernance et la fragmentation du paysage partisan s’imposent parmi les grands enjeux d’une campagne dont les équilibres restent ouverts.