Le président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, considère l’intelligence artificielle comme la transformation économique la plus importante de son existence. S’il prévoit des gains considérables de productivité à long terme, il avertit que l’essor des investissements pourrait alimenter temporairement l’inflation et compliquer les décisions des banques centrales.
L’intelligence artificielle pourrait profondément transformer l’économie américaine et mondiale, mais son déploiement s’accompagnera d’importantes incertitudes. C’est le message délivré vendredi par Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), lors des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Bangkok. Le responsable monétaire a présenté l’émergence de cette technologie comme le bouleversement économique le plus déterminant qu’il ait connu. Tout en affichant sa confiance dans ses bénéfices futurs, il a souligné que la transition serait loin d’être linéaire, notamment en raison des tensions inflationnistes et des interrogations sur l’organisation des nouveaux marchés technologiques.
Une transformation majeure de la productivité mondiale
Selon Kevin Warsh, l’intelligence artificielle possède le potentiel d’améliorer sensiblement la productivité des économies qui sauront l’intégrer efficacement. L’automatisation de certaines tâches, l’exploitation de grandes quantités de données et l’amélioration des processus de production pourraient permettre aux entreprises d’accroître leur efficacité et de développer de nouvelles activités. Ces transformations ne se produiront toutefois pas instantanément : elles dépendront des investissements, de l’adaptation des compétences et de la capacité des organisations à modifier leurs méthodes de travail. Le président de la Fed estime ainsi que les effets positifs de l’IA se manifesteront principalement à moyen et long terme, lorsque les gains de productivité commenceront à se diffuser dans l’ensemble de l’économie.
L’essor des investissements pourrait alimenter l’inflation
Le responsable de la banque centrale américaine a également insisté sur les conséquences immédiates de cette révolution technologique. La construction de centres de données, le développement des infrastructures informatiques et l’augmentation des besoins énergétiques entraînent des investissements considérables, susceptibles de stimuler la demande et d’exercer une pression sur les prix. À plus long terme, les gains de productivité pourraient produire l’effet inverse en augmentant la capacité des entreprises à fournir davantage de biens et de services. Pour les banques centrales, la difficulté consiste à distinguer ces deux phases afin d’évaluer correctement l’évolution de l’inflation et de définir une politique monétaire adaptée.
La Fed pourrait elle-même recourir davantage à l’IA
Kevin Warsh a évoqué les possibilités offertes par l’intelligence artificielle dans le fonctionnement de la Réserve fédérale. Selon lui, ces outils pourraient améliorer l’analyse des données économiques utilisées pour orienter les décisions de politique monétaire. La capacité à traiter rapidement des informations nombreuses et complexes représenterait un avantage pour une institution chargée de surveiller l’inflation, l’emploi et la stabilité financière. Leur utilisation ne supprimerait cependant pas les incertitudes économiques ni la nécessité d’un jugement humain. Elle pourrait plutôt compléter les instruments traditionnels d’analyse, à condition de garantir la fiabilité des résultats et une supervision rigoureuse.
Une révolution dont les contours restent incertains
Malgré son optimisme, le président de la Fed a averti que le chemin vers une économie transformée par l’intelligence artificielle serait mouvementé. Les interrogations portent notamment sur la vitesse des progrès technologiques, les modèles économiques qui s’imposeront et la structure future des marchés. La concentration des capacités de calcul, les besoins financiers et les conditions de concurrence pourraient influencer la répartition des bénéfices entre entreprises et pays. Ces inconnues rendent difficile toute projection précise sur l’ampleur des gains de productivité ou sur le calendrier de leur réalisation, ce qui impose aux responsables économiques une approche prudente.
Des enjeux pour les économies émergentes, dont le Maroc
Les propos de Kevin Warsh dépassent le seul cadre américain. Pour les économies émergentes, notamment le Maroc, l’intelligence artificielle représente une possibilité d’améliorer la compétitivité, la qualité des services et la productivité des entreprises. Son adoption suppose toutefois des investissements dans les infrastructures numériques, la formation et l’adaptation des compétences. Les gains attendus pourraient varier considérablement selon les secteurs et les capacités d’intégration de chaque pays. L’analyse du président de la Fed rappelle ainsi que la révolution de l’IA ne constitue pas seulement un défi technologique : elle pose également des questions économiques, sociales et monétaires auxquelles les États devront répondre dans les années à venir.