À quelques semaines des élections législatives espagnoles du 29 novembre, un sondage du GESOP pour Prensa Ibérica dessine un paysage politique favorable à la droite. Le Parti populaire arriverait en tête avec 28,7 % des voix, tandis que son alliance potentielle avec Vox disposerait d’une confortable majorité absolue. Malgré un rapprochement avec le PP, le PSOE peine à inverser la tendance, sur fond de crise migratoire à Ceuta, de fragmentation de la gauche et de fortes préoccupations liées au logement. Dans cette analyse, le politologue journaliste espagnol David Alvarado décrypte les principaux enseignements du sondage et les rapports de force qui pourraient déterminer l’issue du scrutin.
Le sondage du GESOP pour Prensa Ibérica donne le PP vainqueur avec 28,7 % des voix et situe le total des sièges du PP et de Vox entre 189 et 197. Le PSOE réduit l’écart, mais la gauche reste loin de la majorité. Les citoyens sanctionnent la gestion de la crise de Ceuta et soutiennent le gel des loyers.
Le premier sondage préélectoral du Gabinete de Estudios Sociales y Opinión Pública (GESOP), réalisé depuis la convocation des élections du 29 novembre, dessine un point de départ défavorable au gouvernement. Le Parti populaire (PP) arriverait en tête avec 28,7 % des voix, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se situerait à 2,6 points derrière et Vox atteindrait son meilleur résultat de la législature. Le total des sièges des conservateurs et de l’extrême droite dépasserait largement la majorité absolue, tandis que les formations situées à la gauche du PSOE abordent le scrutin en ordre dispersé, sans avoir encore arrêté la composition du Frente Amplio.
Le sondage, réalisé pour Prensa Ibérica à partir de 1 000 entretiens téléphoniques et en ligne entre le 6 et le 8 octobre, présente une marge d’erreur de 3,1 %. Il reflète un climat marqué par deux crises successives. La première est l’arrivée massive de migrants à Ceuta à la fin du mois de juillet, qui a favorisé la progression de Vox. La seconde est la crise du logement, qui a éclaté avec l’expulsion de Maricarmen Abascal et précipité la convocation d’élections anticipées. Au total, 85,9 % des personnes interrogées approuvent la décision de Sánchez de convoquer des élections, dont 95,3 % des électeurs du PP.
1. La droite frôle les 200 sièges
Le PP obtiendrait entre 121 et 125 députés, contre 137 lors des élections de 2023, et ses intentions de vote reculeraient de quatre points par rapport à ce scrutin. Le PSOE recueillerait 26,1 % des voix et entre 108 et 112 sièges, contre 121 actuellement. L’écart entre les deux principaux partis est le plus faible enregistré par le GESOP depuis le début de la législature, mais ce rapprochement ne résulte pas d’une progression socialiste. Les deux grandes formations perdent du terrain, et c’est l’extrême droite qui profite de leur érosion.
Le PP et Vox totaliseraient 47,6 % des suffrages et entre 189 et 197 députés, bien au-delà des 176 sièges nécessaires pour obtenir la majorité absolue. Se Acabó la Fiesta, le parti d’extrême droite d’Alvise Pérez, recueillerait 2 % des voix et pourrait décrocher un siège à Madrid, ce qui rapprocherait le bloc conservateur de 50 % des suffrages. En face, le PSOE, le Frente Amplio, Podemos, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et Junts réuniraient entre 137 et 148 sièges. Même cette addition, qui inclut des partenaires aux intérêts divergents, resterait loin de la majorité.
2. Vox atteint des sommets aux dépens du PP
Vox recueillerait 18,9 % des suffrages et entre 68 et 72 députés, soit plus du double de ses 33 sièges actuels. Cela représente une progression de 6,5 points par rapport à 2023 et de 1,1 point depuis le sondage de juillet, réalisé avant la crise de Ceuta. Le parti de Santiago Abascal est également celui qui fidélise le mieux son électorat : 76,6 % de ceux qui avaient voté pour lui lors des dernières élections générales renouvelleraient leur choix. Le PP conserve 61,9 % de ses électeurs et le PSOE 57,1 %, tandis que 13,6 % des anciens électeurs socialistes restent indécis.
Le principal transfert de voix s’opère au sein du bloc de droite. Parmi les électeurs d’Alberto Núñez Feijóo en 2023, 20,1 % se tourneraient désormais vers Abascal, soit presque deux fois plus que dans le sens inverse (10,9 %). Entre les deux grands partis, les mouvements sont plus limités et asymétriques : 8 % des anciens électeurs socialistes passeraient au PP, contre seulement 0,6 % qui effectueraient le trajet inverse. La droite parvient également à mieux mobiliser les abstentionnistes, puisque 27,7 % des personnes n’ayant pas voté en 2023 soutiendraient désormais le PP ou Vox.
3. Une gauche divisée, avec une marge de progression parmi les indécis
Le bloc progressiste recueillerait 36,7 % des suffrages, soit près de sept points de moins qu’en 2023 et presque onze points de retard sur la droite. Le Frente Amplio, nouvelle bannière des formations situées à la gauche du PSOE, obtiendrait 8 % des voix et entre 14 et 17 députés, soit à peine trois dixièmes de point de plus que Sumar dans le sondage de juillet. Podemos tomberait à 2,6 % et deux sièges. Cet espace politique, qui avait obtenu 31 députés en se présentant uni en 2023, n’en conserverait désormais qu’entre 16 et 19.
La marge de progression de la gauche réside dans les indécis. Seuls 12,5 % des sondés n’ont pas encore arrêté leur choix, mais cette indécision se concentre principalement parmi les électeurs progressistes. Le Frente Amplio ne conserve qu’environ un électeur de Sumar sur trois, tandis que 27,6 % d’entre eux se tournent vers le PSOE et qu’un sur dix rejoint Podemos. Au total, 72 % des électeurs affirment qu’ils iront voter, 56,6 % pensent que Feijóo remportera les élections et seulement 19,1 % estiment que Sánchez arrivera en tête.
4. Ceuta pénalise le gouvernement, mais la « priorité nationale » ne convainc pas
La gestion de la crise migratoire de Ceuta constitue le principal handicap de l’exécutif. Elle est désapprouvée par 75,1 % des personnes interrogées et soutenue par seulement 16,3 %. Le rejet atteint 96 % parmi les électeurs du PP et de Vox, mais concerne également une majorité de l’électorat progressiste : 62,5 % des électeurs de Sumar et 54,4 % de ceux du PSOE. Par ailleurs, 69,6 % des sondés sont favorables au retour des personnes arrivées dans la ville vers le Maroc ou leur pays d’origine, contre 21,9 % qui préfèrent leur répartition solidaire entre les communautés autonomes.
Le sondage révèle également un rejet majoritaire du décret de régularisation des immigrés adopté quelques mois avant la crise de Ceuta, avec 55,2 % d’opinions défavorables et 41,4 % favorables. Cette fermeté ne se traduit toutefois pas par un soutien à la « priorité nationale », concept introduit par Vox dans ses accords régionaux avec le PP. En effet, 56 % des citoyens estiment que les immigrés doivent bénéficier des mêmes droits sociaux que les Espagnols. Ce n’est que parmi les électeurs de droite que l’opinion contraire prédomine, partagée par 51,6 % des électeurs du PP et 68,1 % de ceux de Vox.
5. Une majorité favorable au gel des loyers, mais des divisions sur les autres mesures
En matière de logement, le sondage révèle un soutien à l’intervention publique pour freiner la hausse des loyers, tout en en fixant les limites. Le gel des loyers recueille 62,2 % d’opinions favorables, ce qui en fait la mesure la plus soutenue parmi celles proposées, contre 34,8 % d’opinions défavorables. Elle compte davantage de partisans que d’opposants dans toutes les tranches d’âge et bénéficie de soutiens au-delà de la gauche. Elle est approuvée par 83 % des électeurs du PSOE et 87 % de ceux de Sumar, mais aussi par 43 % des électeurs du PP et 33 % de ceux de Vox.
D’autres mesures contenues dans les décrets divisent l’opinion ou suscitent une opposition majoritaire. Ainsi, 58,5 % des personnes interrogées s’opposent à la prolongation indéfinie des contrats de location, tandis que la suspension des expulsions locatives jusqu’en 2030 recueille 49,6 % de soutien et 44,8 % d’opposition. La grève générale du 11 novembre bénéficie de l’appui de 42,6 % des sondés, contre 51,5 % qui y sont défavorables. Enfin, 52 % désapprouvent le vote de Junts contre le décret sur le logement, même si 51,6 % contestent son adoption alors que le Congrès est dissous.