Immigration, nationalité, langue, fiscalité et logement : à l’approche des élections législatives du 29 novembre, le chef du Parti populaire dévoile les grandes lignes de son projet. Derrière les engagements de « reconstruction nationale », une stratégie de repositionnement à droite et plusieurs interrogations sur le financement des mesures annoncées.
À Madrid, Alberto Núñez Feijóo a choisi la solennité d’une signature pour lancer sa précampagne électorale. Devant les dirigeants du Parti populaire (PP), le chef de l’opposition espagnole a présenté son « Contrat avec l’Espagne », un document réunissant douze engagements qu’il promet de respecter s’il accède au pouvoir après les élections du 29 novembre.
L’exercice rappelle celui qu’il avait organisé en Galice en 2009, avant sa première victoire régionale. Mais cette fois, le contexte est national et la concurrence de Vox pèse sur les orientations du PP.
Présenté autour de quatre principes — vérité, loi, effort et unité —, le texte n’est pas encore un programme électoral détaillé. Il rassemble surtout des propositions déjà défendues par Feijóo, en leur donnant une cohérence politique nouvelle.
Immigration et nationalité : la fermeté comme priorité
Le volet migratoire occupe une place centrale. Feijóo promet de renforcer les frontières, de limiter l’immigration irrégulière, de refuser les régularisations collectives et de durcir les conditions d’accès à la nationalité espagnole.
Il défend une immigration légale fondée sur le travail et l’intégration, tout en préconisant des expulsions dans certaines situations de délinquance.
La question concerne directement les relations avec le Maroc. Après les arrivées de migrants enregistrées à Sebta durant l’été, Feijóo a fait de la gestion de cette frontière l’un des arguments de sa campagne, critiquant la politique de Pedro Sánchez à l’égard de Rabat.
Le durcissement annoncé s’étend à la citoyenneté. Le dirigeant conservateur a également proposé de conditionner le vote de certains Espagnols naturalisés vivant à l’étranger à une résidence préalable en Espagne, une perspective particulièrement sensible pour les descendants de l’exil.
Langue et école : le retour des controverses identitaires
Dans l’éducation, le PP promet davantage d’exigence académique, une autorité renforcée des enseignants et la lutte contre ce qu’il appelle « l’endoctrinement » scolaire.
Feijóo souhaite garantir l’enseignement du castillan dans toute l’Espagne, parallèlement aux langues coofficielles dans leurs communautés autonomes.
Cette orientation ravive les tensions en Catalogne, où plusieurs formations défendent le modèle d’immersion linguistique en catalan. Le débat dépasse ainsi l’école : il touche à la conception même de la diversité culturelle et territoriale espagnole.
Moins d’impôts, davantage de dépenses : l’équation financière
Sur le terrain économique, Feijóo promet une baisse de la pression fiscale, une administration allégée et une réduction des dépenses qu’il juge superflues.
Simultanément, il annonce la construction d’un million de logements, la revalorisation des retraites selon l’inflation, davantage de médecins et un renforcement des moyens des forces de sécurité.
Ces engagements répondent à des préoccupations sociales réelles, particulièrement la crise du logement et le coût de la vie.
Mais le document ne présente pas encore de chiffrage permettant d’évaluer leur compatibilité budgétaire. La question demeure : comment financer de nouveaux investissements publics tout en réduisant les recettes fiscales ?
En matière de logement, Feijóo privilégie l’augmentation de l’offre, la simplification administrative et une législation plus stricte contre l’occupation illégale.
La justice et le rapprochement avec Vox
Le « contrat » promet également de renforcer l’indépendance judiciaire, notamment en modifiant le mode de désignation des membres du Conseil général du pouvoir judiciaire.
Parallèlement, le PP explore avec Vox des arrangements électoraux pour le Sénat, où certaines majorités qualifiées jouent un rôle décisif dans les nominations institutionnelles.
Ce rapprochement pose une question politique importante : quelle marge de négociation le PP conservera-t-il sur ses engagements si sa stratégie parlementaire dépend d’un accord avec la formation de Santiago Abascal ?
À six semaines du scrutin, le « Contrat avec l’Espagne » fixe donc moins un calendrier de réformes qu’une direction politique.
Entre fermeté migratoire, affirmation nationale et promesses économiques, Feijóo cherche à définir une alternative à Sánchez. Reste à savoir comment ses douze engagements se traduiront en mesures financées, juridiquement applicables et compatibles avec d’éventuels accords avec Vox.