Marchés publics, enrichissement illicite, monopoles et transparence administrative : le gouvernement marocain fait de la lutte contre la corruption l’une des priorités de son programme 2026-2031. Derrière les engagements annoncés au Parlement, un défi majeur : transformer la volonté politique affichée en résultats vérifiables.
La lutte contre la corruption ne sera plus seulement une question de moralisation de la vie publique. Elle devra aussi devenir un levier de justice économique, de concurrence loyale et de confiance dans les institutions. C’est l’ambition affichée par la cheffe du gouvernement marocain, Fatima Ezzahra El Mansouri, lors de la présentation de son programme pour la période 2026-2031, lundi 19 octobre, devant les deux Chambres du Parlement.
Au cœur de cette feuille de route figurent la lutte contre les situations de rente, la prévention des conflits d’intérêts, le renforcement du contrôle des marchés publics et la protection des deniers de l’État.
Le gouvernement entend ainsi s’attaquer à des pratiques qui, selon son propre diagnostic, fragilisent la confiance des citoyens, entravent l’investissement et faussent les règles de la concurrence.
Conflits d’intérêts : combler les failles juridiques
Parmi les engagements annoncés figure l’élaboration de nouvelles dispositions législatives destinées à mieux encadrer les conflits d’intérêts et à sanctionner l’utilisation d’informations privilégiées pour obtenir des avantages indus.
L’exécutif prévoit également de renforcer la protection des lanceurs d’alerte et de mettre en place un dispositif unifié de déclaration du patrimoine pour les catégories de responsables soumises à cette obligation.
La publication électronique des déclarations d’intérêts et des situations traitées doit, selon le programme, contribuer à une plus grande transparence.
Ces mesures soulèvent néanmoins une question essentielle : comment garantir que les obligations déclaratives débouchent sur des contrôles effectifs, et non sur de simples formalités administratives ?
Marchés publics : rendre la concurrence plus équitable
La commande publique constitue un autre chantier prioritaire.
Le gouvernement promet de renforcer la transparence des appels d’offres, notamment par la publication préalable des critères d’attribution et la communication systématique des résultats.
Il entend également lutter contre les ententes entre entreprises et les pratiques susceptibles de fausser la concurrence, en coordination avec le Conseil de la concurrence.
Une place accrue doit être réservée aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux jeunes sociétés innovantes. Le programme prévoit notamment un objectif de 30 % de la valeur des marchés publics pour les PME marocaines, accompagné de mesures favorisant les produits nationaux et le respect des délais de paiement.
L’enjeu est considérable : faciliter l’accès des entreprises à la commande publique suppose non seulement des règles transparentes, mais aussi des procédures réellement ouvertes et des mécanismes de recours efficaces.
Numérisation et lutte contre les intermédiaires
L’exécutif mise parallèlement sur la simplification administrative et la généralisation des services numériques.
Guichet unique, délais de traitement mieux définis et échanges de données entre administrations doivent permettre de réduire les occasions de favoritisme et d’intermédiation illégale.
Cette modernisation pourrait contribuer à limiter les contacts administratifs propices aux pratiques informelles. Mais son efficacité dépendra aussi de l’accessibilité des services et de la traçabilité des décisions.
Des engagements désormais soumis à l’épreuve des faits
La relance de la stratégie nationale anticorruption constitue enfin l’un des engagements structurants du programme.
Le gouvernement annonce une approche associant prévention, sensibilisation, contrôle et sanctions, avec des projets identifiés dans les budgets ministériels.
Reste à préciser les calendriers, les moyens attribués aux organes de contrôle et les indicateurs permettant d’évaluer les résultats.
Car la lutte contre la rente ne se mesure pas uniquement au nombre de lois adoptées. Elle se vérifie dans l’accès équitable aux opportunités économiques, la transparence des décisions publiques et la capacité des institutions à faire respecter les règles.
Pour le gouvernement El Mansouri, le véritable test sera donc moins de promettre la fin des privilèges que de démontrer, au fil de la législature, que les règles s’appliquent effectivement à tous.