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Budget 2027 au Maroc : baisse de l’impôt sur les salaires, revalorisation des pensions et 34 454 postes budgétaires annoncés

23 octobre 2026 - 18:34

Présenté vendredi 23 octobre devant le Parlement par Fouzi Lekjaa, le projet de loi de finances 2027 prévoit plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat, des retraités et de l’emploi public. Le gouvernement entend également réorganiser la distribution des produits agricoles pour contenir les prix alimentaires. Des annonces sociales et fiscales accompagnées d’une vive réponse du ministre aux critiques de l’opposition.

Le projet de loi de finances (PLF) 2027 place le pouvoir d’achat, la protection sociale et le renforcement des services publics au centre des orientations budgétaires du gouvernement marocain. Présenté ce vendredi 23 octobre devant les deux Chambres du Parlement par Fouzi Lekjaa, ministre chargé de l’Économie et des Finances, le texte prévoit notamment une réforme de l’impôt sur le revenu, une amélioration des pensions et la création de 34 454 postes budgétaires.

L’exécutif annonce également une réorganisation des circuits de commercialisation des produits agricoles, avec la création de six sociétés régionales chargées de contribuer à une meilleure régulation de l’approvisionnement et des prix.

Ces dispositions, encore soumises à l’examen parlementaire, constituent le cœur d’un budget que le gouvernement présente comme une réponse aux attentes sociales. Leur portée effective dépendra toutefois des modalités d’application, des ressources mobilisées et de la capacité des administrations à les mettre en œuvre.

Une réforme fiscale annoncée pour les salariés

Parmi les mesures les plus marquantes figure l’annonce d’une exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires mensuels nets inférieurs à 10 000 dirhams, à compter du 1er janvier 2027.

Selon les précisions apportées par Fouzi Lekjaa, la réforme comprendrait le relèvement de la première tranche annuelle exonérée de 40 000 à 60 000 dirhams, ainsi qu’une réduction du nombre de tranches d’imposition, qui passerait de cinq à trois.

Le nouveau barème évoqué comporterait des taux de 27 % et 30 %, tandis que le taux marginal supérieur serait ramené de 37 % à 30 %, selon une mise en œuvre progressive.

L’objectif affiché est d’alléger la pression fiscale sur les salariés et les classes moyennes, tout en favorisant l’emploi déclaré. L’effet réel sur les revenus disponibles devra cependant être apprécié à partir du barème définitif et des règles de calcul retenues.

La cohérence entre le seuil mensuel annoncé et les différentes tranches annuelles devra notamment être clarifiée lors de l’examen détaillé du texte.

Les pensions des veuves revalorisées dès janvier 2027

Le gouvernement prévoit également de porter de 50 % à 100 % le taux de pension applicable aux veuves concernées par le dispositif annoncé, à partir du 1er janvier prochain.

D’après Fouzi Lekjaa, cette mesure bénéficierait à 431 000 veuves, constituant l’un des principaux engagements sociaux présentés devant les parlementaires.

Le ministre a parallèlement annoncé une augmentation progressive du minimum des pensions, avec un premier objectif de 1 700 dirhams et une ambition de 3 000 dirhams à l’issue de la période gouvernementale évoquée.

Le coût global des deux mesures a été évalué à environ 10 milliards de dirhams. Ce montant souligne l’importance de leur financement et la nécessité de préciser le calendrier, les catégories de bénéficiaires et les mécanismes de prise en charge.

Au-delà de l’annonce, l’enjeu sera de traduire ces engagements en améliorations concrètes et durables pour les retraités et les familles concernées.

34 454 postes budgétaires, avec une forte priorité à l’Intérieur

Le PLF 2027 prévoit la création de 34 454 postes budgétaires au titre du budget général de l’État. Sur ce total, 33 954 seraient directement répartis entre les départements ministériels et les institutions publiques, tandis que 500 resteraient à la disposition de la cheffe du gouvernement pour répondre à des besoins complémentaires.

Parmi ces 500 postes, 200 seraient réservés aux personnes en situation de handicap.

Le ministère de l’Intérieur arrive largement en tête avec 14 200 postes, soit environ 41 % du total annoncé. Il est suivi par l’Administration de la défense nationale, avec 5 500 postes, et par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, avec 5 400 postes.

Le département chargé de l’Économie et des Finances bénéficierait de 2 460 postes, contre 1 920 pour l’Enseignement supérieur et 1 500 pour l’administration pénitentiaire.

À eux seuls, l’Intérieur, la Défense et la Santé concentreraient près de 73 % des postes programmés. Cette répartition traduit une priorité accordée aux fonctions régaliennes et aux besoins du système sanitaire.

Il convient néanmoins de distinguer les postes budgétaires autorisés des recrutements effectivement réalisés, qui dépendront des procédures et des besoins propres à chaque administration.

Éducation : des postes supplémentaires pour régulariser des situations

Le secteur de l’Éducation nationale disposerait de 364 postes dans la répartition générale annoncée.

Le projet prévoit également 600 postes supplémentaires à compter du 1er janvier 2027, destinés à la régularisation de la situation de fonctionnaires titulaires d’un doctorat ou d’un diplôme reconnu équivalent, ayant réussi le concours d’accès au corps des enseignants-chercheurs en éducation et formation.

Cette disposition porterait à 964 le nombre de postes associés au département, en intégrant cette mesure particulière.

Toutefois, ces 600 postes supplémentaires correspondent à une opération de régularisation administrative et ne doivent pas être assimilés automatiquement à autant de recrutements nouveaux.

La distinction est importante pour apprécier la contribution réelle du budget à la création d’emplois publics.

Six sociétés régionales pour agir sur les prix alimentaires

Sur le front du pouvoir d’achat, le gouvernement prévoit la création de six sociétés régionales de collecte et de distribution des produits agricoles.

L’objectif est de réduire les intermédiaires, d’améliorer la transparence des circuits commerciaux et de mieux maîtriser les coûts de stockage, de transport et de distribution.

Le dispositif s’accompagnerait d’une modernisation des marchés de gros, d’un renforcement des contrôles sur les prix et les stocks, ainsi que de mesures destinées à stimuler la concurrence.

Des plans saisonniers d’approvisionnement seraient également élaborés pour plusieurs produits stratégiques, notamment les céréales, les pommes de terre, les oignons, les tomates, les viandes rouges, les sardines et l’huile d’olive.

Ces mécanismes devraient permettre d’anticiper les pénuries temporaires et d’ajuster les réponses publiques, qu’il s’agisse de mobiliser les stocks, de soutenir la production ou de recourir aux importations.

L’efficacité de cette réforme dépendra toutefois de sa capacité à réduire effectivement les coûts de commercialisation sans fragiliser les revenus des producteurs.

Lekjaa répond aux critiques de l’opposition

La présentation du budget a également donné lieu à une séquence politique tendue. Fouzi Lekjaa a contesté les accusations de recul du gouvernement sur ses engagements électoraux, formulées avant même le dépôt du projet de loi de finances au Parlement.

Selon le ministre, il est prématuré de juger la fidélité de l’exécutif à ses promesses sans examiner les mesures contenues dans le texte et leur calendrier de réalisation.

Il a dénoncé ce qu’il considère comme des jugements préconçus et mis en garde contre l’utilisation de discours populistes dans le débat public.

Le responsable gouvernemental a également critiqué des pratiques qu’il attribue à certains acteurs politiques, les accusant de diffuser sur les réseaux sociaux des informations trompeuses concernant les engagements de l’exécutif.

Ces déclarations relèvent de la confrontation politique et ne constituent pas, en elles-mêmes, une démonstration du respect ou du non-respect des promesses gouvernementales. Cette appréciation nécessite une comparaison documentée entre les engagements initiaux, les décisions adoptées et les résultats obtenus.

Un budget social dont l’exécution sera déterminante

Pris ensemble, les dispositifs annoncés dessinent une orientation budgétaire articulée autour de trois priorités : alléger certaines charges pesant sur les ménages, améliorer les revenus des bénéficiaires de pensions et renforcer les capacités de plusieurs administrations publiques.

La réforme des circuits agricoles constitue un quatrième volet, directement lié aux préoccupations quotidiennes concernant les prix alimentaires.

Mais plusieurs interrogations demeurent : le financement des revalorisations sociales, les effets de la réforme fiscale sur les recettes de l’État, le rythme réel des recrutements et la capacité des nouvelles structures régionales à agir sur les prix.

Le débat parlementaire devra permettre de préciser ces éléments, d’évaluer les équilibres financiers et de mesurer la portée concrète des engagements annoncés.

Le PLF 2027 ouvre ainsi une séquence décisive pour la politique économique et sociale du Maroc. Au-delà des chiffres et des échanges entre majorité et opposition, sa crédibilité reposera sur la traduction des mesures promises en résultats vérifiables pour les citoyens, les retraités, les salariés et les services publics.

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