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« Le restaurant de l’amour retrouvé », un roman de Ito Ogawa (note de lecture)

13 juillet 2024 - 11:00

L’auteure japonaise Ito Ogawa (1) nous prend la main pour cheminer aux coté de Rinco, une jeune femme qui découvre, en rentrant chez elle, qu’il ne reste plus rien dans l’appartement. Tout est parti avec son petit ami, son amoureux, un jeune indien à la peau brune qui sentait les épices de son pays. Elle en perd la parole ! Rinco travaillait dans un restaurant turc. Lui, dans un restaurant indien.

Elle quitte immédiatement ce lieu vide, et décide de rentrer chez sa mère, par un long trajet en bus. Elle rejoint le village où elle est née. Près des « Deux mamelons », deux monts évocateurs, entre lesquels on profite de la hauteur pour faire du saut à l’élastique. Elle retrouve ce village, qu’elle a quitté il y a 10 ans, sans y retourner. Là où elle a vécu des relations difficiles avec sa mère qui tient le bar du village.

La nature et la cuisine comme un art

La jeune Rinco se met en tête d’ouvrir un restaurant. Elle investit ce lieu à son image. Avec peu de moyens et une forte détermination.

Sa mère l’a accueillie froidement. Elle monnaye toute son aide, et ne l’accepte chez elle qu’en échange de son engagement à entretenir Hermès, un joli cochon, assez élégant pour un cochon, que la mère élève dans sa maison. Elle ne le nourrit qu’avec des légumes biologiques qu’elle cultive en désordre dans son jardin.

Rinco, la jeune femme, retrouve avec un immense plaisir la nature après tant d’années passées en ville. Le figuier aux larges branches auprès de qui elle se confiait. Le hibou dans le grenier qui sonne, chaque jour, les heures de minuit. Les odeurs des plantes. Le ruisseau et les sources qui donnent une si bonne eau… Le soleil qui se reflète dans l’eau.

Et Kuma, un homme qu’elle a connu quand elle était enfant, au village. La femme de Kuma, une belle Argentine du nom de Signorita, vient de le quitter emmenant leur fille. Le villageois va aider Rinco à installer son restaurant, à qui elle décide de donner le nom de « L’Escargot ». On y mangera en prenant tout son temps. Il n’y aura pas de musique pour pouvoir entendre les bruits de la nature environnante…

Un récit loufoque, échevelé, ébouriffé, comme Rinco qui a coupé à grands coups de ciseaux ses longs cheveux. Un désordre qui contraste avec le soin mis à décrire les réflexions de la jeune femme quand il s’agit de cuisine. Et des plats qu’elle élabore avec un immense raffinement.

Un amour maternel, jamais comblée

Rinco attache une immense importance aux gouts. Aux parfums des aliments. A leur composition savante pour qu’émerge la saveur des plats. En une combinaison de nuances subtiles qui composent la grande restauration. Elle tient cet amour de la cuisine de sa grand-mère maternelle. Sa mère ? Elle ne l’aime pas. Qui l’a faite souffrir. Qui ne l’a jamais prise dans ses bras.

Derrière ces lignes et la fiction du roman, on sent le trouble de l’auteure. En pleine immersion dans le décousu post-moderne de la pensée. Où la cuisine, la méticulosité dans la fabrication de mets raffinés, tient lieu de bouée. Et de lien d’amour avec le reste du monde, puisque l’amour de sa mère est impossible.

On découvre à quelques pages de la fin que tout l’ouvrage est tourné vers la quête d’amour maternel de Rinco. Tout converge vers cette demande inassouvie depuis l’enfance. La cuisine ? Un moyen d’accéder à l’autre, on l’a vu. Mais derrière cet « autre », il y a la mère, et encore la mère.

L’amour finit par gagner, mais à moitié. Il reste tant de regrets. Tant de moments perdus. Tant d’occasions ratées.

  • Ito Ogawa est une écrivaine japonaise. Elle est connue pour ses rédactions de chansons, notamment pour le groupe Fairlife. Et ses livres illustrés pour les enfants. son premier roman « Le restaurant de l’amour retrouvé », a obtenu un grand succès auprès des critiques et du public. Il a remporté le Prix Étalage de la Cuisine 2011 et une version cinématographique est sortie sur les écrans japonais en 2010, sous le titre « Rinco’s Restaurant ».

 

Jacques Ould Aoudia, Économiste, et Vice président de l’association franco- marocaine «Migrations et développement ».

 

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