>

La mort du cinéma : interroger le regard, réfléchir sur le discours (1)

11 avril 2025 - 22:53

« Le regard et le discours : cinéma marocain, thèmes auteurs, tendances » est un livre qui se compose de cinq grands chapitres, dont une longue introduction sur le cinéma dans un contexte historique caractérisé par la multiplicité des écrans et la diversité des sources d’images… le premier chapitre reprend des thèmes qui me semblent être des indicateurs sur l’imaginaire exprimé par le cinéma marocain : le devoir de mémoire, des figures féminines, le cinéma colonial, le cinéma d’auteur, la fonction critique…

Un second chapitre est dédié à des auteurs comme Souheil Ben Barka à Hicham Lasri, en passant par Abdelkader Lagtaâ, Jilali Ferhati… Hakim Belabbès, Faouzi Bensaïdi, Mohamed Mouftakir, Tala Hadid…, un autre chapitre, central, est consacré à la lecture de films (une vingtaine de films) … des lectures ouvertes sur différents genres et courants, où l’on retrouve entre autres Kamal Lazrak, Said Naciri, et Martin Scorsese ou Jihane El Bahhar ; des jeunes cinéastes aussi tels Imad Madi, Zineb Wakrim… Il s’agit d’une approche dans le sillage de ce que le philosophe Jacques Rancière appelle « une cinéphilie élargie ». Je ne suis pas partisan d’une cinéphilie fermée sur elle-même, dogmatique. Et puis un chapitre jette la lumière sur quelques grandes tendances qui caractérisent le champ du cinéma comme la prédominance aujourd’hui de la comédie dans la réception publique du film marocain ; un texte au titre un brin provocateur « Le cinéma marocain existe-il ? » et des réflexions sur les festivals, la censure, les séries télévisées… et en clôture un hommage posthume à Feu Nour-Eddine Saïl dans un chapitre intitulé « Le meilleur d’entre nous ! ».

Mon souci épistémologique est d’interroger le regard ; réfléchir sur le discours. Une démarche dans un contexte inédit ; le cinéma dans un monde globalisé. En fait, le livre est traversé par l’idée de la mort : il s’ouvre par un texte intitulé « L’adieu au cinéma » et se termine par la mort de Saïl. Une manière de réveiller une idée récurrente dans l’histoire du cinéma, sur la mort du cinéma. Aujourd’hui, il me semble que cela est plus vari qua jamais ; même si je précise que si le cinéma n’est pas mort (il renaît toujours de ses cendres comme le célèbre oiseau de la mythologie) quelque chose, aujourd’hui, est mort dans le cinéma !!!

Désormais, la question est incontournable : quel est de l’intérêt d’écrire sur le cinéma aujourd’hui. Quel est l’intérêt de produire un texte de 2000 mots sur un film ou un thème cinématographique à une époque où l’attention se concentre sur le nombre de vues, de clics ? Il y avait un triangle d’or harmonieux et intégré composé du public + de la salle + de la critique. Avec le début du nouveau millénaire, ce triangle a pris fin face à la domination de « la critique » instantanée, des réponses immédiates et directes via les nouveaux médias. De plus, la créativité cinématographique elle-même est devenue otage de l’industrie mondiale du divertissement, ce qui pose des défis importants aux cinémas émergeant et aux producteurs de discours autour de ce cinéma. L’écriture est donc une forme de résistance culturelle qui n’est pas sans plaisir: celui de partager et de transmettre.

(1) « Le regard et le discours : cinéma marocain, thèmes auteurs, tendances » est le nouveau livre du critique de cinéma Mohammed Bakrim, Edition Fédération nationale des ciné-clubs (avril, 2025), 280 pages. Le prix public est de 60 dirhams.

Mohammed Bakrim, critique de cinéma, président du ciné-club Nour-Eddine Saïl

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *