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Washington défie la justice universelle

21 août 2025 - 14:09

En visant des magistrats de la Cour pénale internationale, les États-Unis envoient un signal inquiétant : la loi internationale s’efface lorsqu’elle dérange les intérêts des puissances.

Le geste est spectaculaire, mais il ne surprend plus. Le 20 août, l’administration Trump a inscrit sur sa liste noire quatre hauts responsables de la Cour pénale internationale (CPI). Parmi eux, le juge français Nicolas Guillou, qui supervise le dossier palestinien, et la juge canadienne Kimberly Prost, connue pour avoir autorisé une enquête sur les crimes commis par les forces américaines en Afghanistan. À leurs côtés, deux procureurs africains complètent une décision qui sonne comme un avertissement adressé à l’ensemble de la juridiction.

Washington prétend défendre sa souveraineté et celle de son allié israélien. En réalité, ces sanctions révèlent une logique de protection politique et non de droit. L’ordre d’arrêt lancé en 2024 contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant a marqué une rupture : pour la première fois, des dirigeants israéliens voyaient leur responsabilité pénale engagée sur la scène internationale. Plutôt que d’assumer ce débat, la Maison Blanche choisit d’attaquer la légitimité même du tribunal.

La réaction internationale est éloquente. La CPI dénonce une “attaque frontale” contre son indépendance. La France se dit stupéfaite qu’un de ses magistrats soit ciblé pour avoir simplement appliqué la loi. Les Nations unies rappellent, elles, que plus de 140 États reconnaissent l’autorité de la Cour. Israël, sans surprise, applaudit.

L’affaire dépasse le seul cadre juridique. Ce bras de fer illustre l’état du système multilatéral : fragilisé, contesté et vulnérable face aux rapports de force. Si une superpuissance peut sanctionner des juges internationaux sans conséquence, alors la promesse de justice universelle se réduit à un idéal théorique. Pour les victimes, qu’elles soient palestiniennes ou afghanes, le message est brutal : leur cause peut être sacrifiée sur l’autel de la realpolitik.

Il y a là une contradiction que le monde arabe, et le Maghreb en particulier, ne peut ignorer. On demande aux pays du Sud de respecter les règles internationales, de coopérer avec les institutions globales, de renforcer l’État de droit. Mais quand ces mêmes règles s’appliquent aux grandes puissances, celles-ci n’hésitent pas à les piétiner. Cette asymétrie alimente la défiance, nourrit l’idée que la justice n’est qu’un instrument politique entre les mains des plus forts.

Le choix de Washington n’est pas seulement une réponse conjoncturelle : il s’inscrit dans une tendance lourde où le droit international devient un champ de bataille diplomatique. Et dans ce combat, les États-Unis assument de placer la force au-dessus de la loi. Reste à savoir combien d’alliés accepteront cette dérive et combien de sociétés civiles continueront à défendre une idée pourtant simple : sans justice indépendante, il n’y a pas de paix durable.

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