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Le Maroc réunit Boeing, Airbus, Lockheed Martin et Safran dans une alliance industrielle stratégique

08 octobre 2026 - 09:12

Lancé en marge du Marrakech Air Show 2026, l’African Manufacturing Center of Excellence (ACME) doit réunir industriels mondiaux, institutions publiques et recherche universitaire autour des technologies de fabrication avancée. Pour le Maroc, l’enjeu dépasse l’aéronautique : il s’agit de renforcer ses capacités nationales en ingénierie, innovation et industries de défense, tout en consolidant sa position de plateforme technologique africaine.

Le Maroc franchit une nouvelle étape dans le développement de son écosystème aéronautique et industriel. L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a annoncé le lancement officiel de l’accord portant création de l’African Manufacturing Center of Excellence (ACME), une plateforme appelée à associer plusieurs géants mondiaux de l’aéronautique et de la défense à des acteurs institutionnels et industriels marocains.

L’accord, annoncé en marge du Marrakech Air Show 2026, rassemble notamment le ministère de l’Industrie et du Commerce, l’Administration de la Défense nationale, le groupe OCP et l’UM6P, aux côtés de Boeing, Airbus, Lockheed Martin, Safran Nacelles et du CETIM, le Centre technique français des industries mécaniques, à travers sa présence au Maroc.

La composition même de cette alliance donne la mesure de l’ambition. Le projet ne consiste plus seulement à attirer des unités de production ou à augmenter le nombre de composants aéronautiques fabriqués au Maroc. Il vise à créer un espace où industriels, chercheurs et ingénieurs pourront développer, expérimenter et industrialiser ensemble de nouvelles technologies.

De la sous-traitance à la maîtrise technologique

Le futur centre commun sera installé sur le campus de l’UM6P à Nouaceur, au cœur de l’un des principaux pôles aéronautiques du Royaume. Il mettra à la disposition des partenaires des équipements, des infrastructures de recherche et des programmes communs permettant de tester des procédés avant leur déploiement à l’échelle industrielle.

Les travaux porteront notamment sur les matériaux avancés, la fabrication additive et l’impression 3D industrielle, l’usinage, les matériaux composites, l’automatisation, la robotique, l’intelligence artificielle, la métrologie et les techniques de contrôle non destructif.

Ce choix technologique traduit une évolution importante de la stratégie industrielle marocaine. Après avoir développé pendant plusieurs années un tissu de fournisseurs et de sites de production intégrés aux chaînes de valeur internationales, le Royaume cherche désormais à remonter vers les segments où se concentrent davantage de technologie, d’ingénierie, de recherche et de valeur ajoutée.

La présence simultanée de Boeing et Airbus, concurrents majeurs dans l’aviation commerciale, mais aussi de Lockheed Martin, acteur central de l’industrie mondiale de défense, donne au projet une dimension particulière. Safran Nacelles y apporte son expertise dans les nacelles de moteurs, tandis que le CETIM doit contribuer dans les domaines de l’ingénierie mécanique, de la recherche appliquée et des essais industriels.

Aéronautique et défense : un enjeu de souveraineté industrielle

L’ACME intervient également dans un contexte où le Maroc cherche à développer davantage ses capacités dans les industries liées à la défense. La présence de l’Administration de la Défense nationale et de Lockheed Martin souligne cette dimension stratégique, même si le champ d’action du centre est plus large et concerne les technologies de fabrication avancée dans leur ensemble.

L’enjeu est celui de la montée en compétence. Produire des composants constitue une étape ; être capable de développer des procédés, de les tester, de former les ingénieurs qui les maîtrisent et de transformer la recherche en applications industrielles en constitue une autre.

Une « Académie ACME » doit ainsi accompagner le projet afin de former les compétences marocaines et de faciliter le passage des résultats de la recherche vers les applications industrielles. Le dispositif doit également contribuer au développement des fournisseurs locaux et permettre aux entreprises marocaines de se rapprocher progressivement des standards technologiques exigés par les grands donneurs d’ordre internationaux.

Le fonctionnement du centre reposera sur des projets collaboratifs de recherche et développement. Les membres pourront travailler collectivement sur certaines technologies ou constituer des programmes répondant à des besoins industriels précis. Les solutions seront développées et testées avant leur éventuelle intégration dans les chaînes de production.

Cette coopération soulève également la question stratégique de la propriété intellectuelle. L’accord prévoit ainsi des mécanismes de gouvernance, de financement et de gestion des droits issus des projets communs de recherche et développement. Un système d’adhésion à plusieurs niveaux doit par ailleurs permettre à de nouveaux partenaires industriels ou institutionnels de rejoindre ultérieurement l’initiative.

Une plateforme marocaine à vocation africaine

L’appellation « African Manufacturing Center of Excellence » révèle enfin une ambition qui dépasse le marché marocain. Le projet entend d’abord renforcer les capacités technologiques et industrielles du Royaume avant de faire bénéficier d’autres pays africains de certaines expertises et technologies développées au sein de la plateforme.

Pour le Maroc, l’objectif est donc double : approfondir son intégration dans les chaînes de valeur mondiales tout en renforçant progressivement sa propre base scientifique, technologique et industrielle.

Le lancement de l’ACME marque à cet égard une évolution significative. Après avoir construit un écosystème aéronautique fondé en grande partie sur la production et l’assemblage de composants, le Royaume cherche désormais à consolider le maillon le plus stratégique de cette chaîne : la capacité à rechercher, concevoir, expérimenter et développer lui-même les technologies industrielles de demain.

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