Le projet de loi de finances 2027 prévoit une hausse de 33,3 milliards de dirhams des autorisations d’engagement anticipées destinées à l’équipement des Forces armées royales et au développement de l’industrie nationale de défense. Un signal fort en faveur de la modernisation militaire, mais qui ne doit pas être confondu avec les dépenses annuelles effectives de la Défense.
Le Maroc entend renforcer sa capacité à financer des programmes militaires de longue durée. Le projet de loi de finances (PLF) 2027, présenté vendredi 23 octobre devant le Parlement par Fouzi Lekjaa, prévoit de porter à 190,5 milliards de dirhams le plafond des engagements anticipés liés à l’acquisition et à la réparation des équipements des Forces armées royales (FAR), ainsi qu’au soutien au développement de l’industrie nationale de défense.
Inscrite à l’article 36 du projet, cette autorisation représente une augmentation de 33,329 milliards de dirhams, soit 21,2 % par rapport aux 157,171 milliards prévus en 2026.
Cette progression confirme l’importance accordée à la modernisation des capacités militaires et à la constitution d’une base industrielle de défense. Elle appelle toutefois une précision essentielle : les 190,5 milliards ne constituent pas le budget annuel de la Défense, mais un plafond d’engagements financiers pouvant être contractés par anticipation sur les crédits de l’exercice 2028.
Un mécanisme pour préparer les investissements militaires
L’article 36 du PLF 2027 autorise le ministre délégué auprès de la cheffe du gouvernement, chargé de l’Administration de la défense nationale, à engager dès 2027 des dépenses qui seront imputées sur les crédits ouverts en 2028.
Ces autorisations concernent un compte spécifique intitulé « Acquisition et réparation des matériels des Forces armées royales et soutien au développement de l’industrie de défense ».
Ce dispositif permet à l’État de préparer des opérations dont la réalisation et le financement peuvent s’étendre sur plusieurs exercices budgétaires.
Dans le domaine militaire, l’achat de matériels complexes, leur maintenance, la construction d’infrastructures spécialisées ou le développement de capacités industrielles nécessitent souvent des engagements contractuels à long terme.
Le mécanisme donne ainsi à l’administration une visibilité accrue pour programmer ses acquisitions, sans signifier que la totalité du plafond sera utilisée ou décaissée au cours d’une seule année.
Une progression de près de 53 % depuis 2024
L’évolution de ce plafond témoigne d’une tendance continue à la hausse depuis plusieurs exercices.
En 2024, les autorisations d’engagement anticipées étaient fixées à 124,766 milliards de dirhams. Elles sont passées à 133,453 milliards en 2025, puis à 157,171 milliards en 2026.
Avec les 190,5 milliards proposés pour 2027, l’augmentation atteint près de 65,7 milliards de dirhams en trois ans, soit environ 52,7 % par rapport au niveau de 2024.
Cette progression ne signifie pas que les dépenses militaires effectivement exécutées ont augmenté dans les mêmes proportions.
Elle indique néanmoins que l’État élargit progressivement le volume maximal des engagements qu’il peut préparer pour ses équipements militaires et ses projets industriels.
Un budget annuel de défense distinct des 190,5 milliards
Pour comprendre la portée réelle de l’annonce, il faut distinguer trois notions : les plafonds d’engagements futurs, les crédits budgétaires annuels et les dépenses effectivement réalisées.
D’après les tableaux du PLF 2027, les différentes dotations de l’Administration de la défense nationale représenteraient environ 76,4 milliards de dirhams pour l’exercice 2027, en hausse d’environ 4,7 % par rapport à la référence de 2026.
Ce total comprend notamment 49,34 milliards de dirhams de dépenses de personnel, environ 8,38 milliards de dépenses de matériel et diverses, 7,2 milliards de crédits de paiement pour l’investissement et 11,49 milliards affectés au compte dédié aux équipements militaires et à l’industrie de défense.
La dotation annuelle de ce dernier compte demeure donc proche de son niveau de 2026, malgré la forte progression des autorisations d’engagement anticipées.
Autrement dit, l’évolution la plus spectaculaire concerne surtout la capacité à programmer des contrats futurs, et non une augmentation équivalente des décaissements prévus pour 2027.
La modernisation des FAR au cœur de la stratégie
La progression des autorisations s’inscrit dans la continuité des efforts de modernisation des Forces armées royales.
Le renouvellement des équipements, l’amélioration de la maintenance et l’adaptation des capacités opérationnelles aux nouvelles technologies constituent des enjeux de long terme pour l’appareil militaire.
Les programmes d’acquisition nécessitent également des ressources destinées à la formation des personnels, à l’entretien des systèmes et à leur intégration dans les structures existantes.
Le PLF ne fournit cependant pas, dans cette disposition, la liste détaillée des nouveaux matériels susceptibles d’être acquis ni les montants qui seraient attribués à chaque programme.
Il serait donc prématuré de rattacher les 190,5 milliards de dirhams à des contrats particuliers ou à des achats d’armement qui n’ont pas été officiellement identifiés.
L’industrie nationale de défense, un deuxième objectif stratégique
Au-delà de l’acquisition de matériels à l’étranger, l’intitulé du compte budgétaire met explicitement l’accent sur le soutien au développement de l’industrie de défense.
Cette orientation traduit une volonté de renforcer les capacités industrielles nationales dans un secteur caractérisé par des technologies avancées, des investissements importants et des exigences particulières en matière de sécurité.
Le développement d’une telle industrie pourrait favoriser, selon la nature des projets retenus, l’implantation d’activités de production et de maintenance, les transferts de compétences et la formation de personnels spécialisés.
L’enjeu est également de réduire certaines dépendances extérieures, tout en améliorant les capacités nationales d’entretien et de soutien logistique des équipements.
Mais ces objectifs industriels devront être appréciés à partir de réalisations concrètes : investissements effectivement engagés, partenariats conclus, production locale et résultats en matière d’emploi qualifié.
5 500 postes budgétaires prévus pour la Défense
Le projet de loi de finances 2027 prévoit parallèlement la création de 5 500 postes budgétaires au profit de l’Administration de la défense nationale.
Ce chiffre place la Défense parmi les principaux bénéficiaires des nouveaux postes prévus au budget général de l’État, derrière le ministère de l’Intérieur.
L’effort concernant les ressources humaines accompagne ainsi celui consacré aux équipements et aux capacités techniques.
Le renforcement de l’appareil de défense ne repose en effet pas seulement sur les matériels, mais aussi sur les compétences, l’encadrement et les structures nécessaires à leur utilisation et à leur maintenance.
Un choix stratégique soumis à l’examen parlementaire
L’augmentation des engagements anticipés intervient dans un contexte de fortes attentes concernant les priorités de la dépense publique.
Éducation, santé, protection sociale, emploi et infrastructures demeurent autant de domaines où les besoins de financement sont considérables.
Le débat budgétaire devra donc permettre de mesurer la cohérence de la programmation militaire avec les autres engagements de l’État, tout en tenant compte des spécificités de la défense nationale et de la confidentialité entourant certains programmes.
La transparence sur les mécanismes de financement, le suivi des engagements et le calendrier des dépenses constitue un élément important de cette évaluation, dans les limites imposées par la sécurité nationale.
En portant à 190,5 milliards de dirhams le plafond des engagements anticipés, le Maroc affirme sa volonté de préparer des investissements militaires de plus grande ampleur. La portée de cette décision réside moins dans une dépense immédiate que dans la capacité accrue de l’État à programmer, sur plusieurs années, la modernisation des FAR et le développement d’une industrie nationale de défense.