C’est un véritable coup de maître, et un retour dynamique et puissant du Royaume du Maroc en Afrique, après trois étapes marquantes en l’espace d’une seule semaine. L’Égypte, le Kenya et le Mali — trois pays pivots. Pourquoi ?
— Tout le monde connaît le rôle de l’Égypte en Afrique et dans le monde arabe. La gagner à notre cause aura un impact considérable au sein de l’Union africaine, en plus de renforcer le partenariat économique entre deux pays qui constituent des pôles complémentaires.
— Le Kenya est une puissance régionale dans l’Afrique orientale anglophone, et son adhésion à la dynamique de l’autonomie entraînera d’autres pays de la région dans la même logique que Nairobi.
— Le Mali est considéré comme le pôle du Sahel et se trouve au cœur du projet atlantique marocain, sur lequel le Maroc fonde de grands espoirs pour fédérer l’ensemble des pays du Sahel autour de ce projet intégré.
Avec ces trois pays africains, la diplomatie marocaine a adopté la même approche qu’elle avait développée entre 2000 et 2020 — telle que je l’ai décrite dans mon ouvrage Mohammed VI, roi africain : 20 ans de diplomatie marocaine en Afrique —, à savoir une approche gagnant-gagnant dans laquelle le volet économique et commercial constitue l’axe central, le volet politique n’intervenant qu’en phase de résultat.
Que reste-t-il en Afrique du côté du Polisario et de la République fantôme ?
— En Afrique du Nord, il y a l’Algérie, État parrain qui a fait de l’hostilité envers le Maroc un dogme, ainsi que la Mauritanie, hésitante, jouant sur les deux tableaux.
— En Afrique de l’Ouest, il n’y a plus que le Nigeria. Bien qu’il ait réduit au minimum ses relations avec le Polisario, il n’a pas encore franchi le pas de la rupture, malgré le fait que le Maroc est en train de préparer avec lui le projet du siècle en Afrique — le gazoduc Nigeria-Maroc, avec un investissement de 25 milliards de dollars.
— En Afrique de l’Est, il y a l’Ouganda — satellite d’Israël (!) —, la Tanzanie, et l’Éthiopie, qui entretient des relations économiques étroites avec le Maroc depuis la visite royale de 2016. Dix ans suffisent-ils pour changer sa position ? D’autant qu’il s’agit d’un pays pivot important puisqu’il abrite le siège de l’Union africaine.
— En Afrique australe, il y a l’Afrique du Sud — pays pivot farouchement hostile au Maroc — et sept États qui lui sont totalement inféodés économiquement et culturellement.
Tel est le tableau d’ensemble. À mon sens, la diplomatie marocaine doit redoubler d’efforts en Éthiopie, en Ouganda et en Tanzanie — un changement de cap y est possible pour des raisons économiques et géopolitiques. Quant à l’activation du volet financier du gazoduc Nigeria-Maroc, elle est de nature à amener Abuja à revoir sérieusement ses alliances.
Si l’Algérie se retrouve isolée, avec l’Afrique du Sud et ses « États vassaux »… alors le Maroc pourra engager directement les procédures d’expulsion du Polisario de l’Union africaine. Ce scénario est devenu envisageable depuis l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité et la reconnaissance par de grandes puissances de la pertinence de la proposition marocaine pour clore ce dossier.
*Samir Chaouki est un journaliste marocain