Le Royaume-Uni franchit une nouvelle étape dans la régulation du numérique. Le gouvernement britannique a annoncé ce lundi son intention d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans, une mesure qui fera du pays l’un des plus stricts au monde en matière de protection des enfants en ligne une fois le texte adopté par le Parlement.
La future législation concernera notamment TikTok, Instagram, Facebook, X, Snapchat, YouTube, Reddit, Threads, Twitch et Kick. Les plateformes devront mettre en place des systèmes robustes de vérification de l’âge afin d’empêcher l’accès des mineurs concernés.
Le Premier ministre travailliste Keir Starmer a défendu cette décision en affirmant qu’elle répond à la nécessité de protéger les jeunes contre les dangers du numérique : exposition à des contenus inappropriés, cyberharcèlement, dépendance aux écrans et effets néfastes sur la santé mentale.
« Certaines entreprises technologiques tentent de nous faire croire que les réseaux sociaux sont immuables, comme s’ils faisaient partie d’un ordre naturel. Ce n’est pas le cas », a déclaré le chef du gouvernement.
Une tendance mondiale qui s’accélère
Le Royaume-Uni rejoint ainsi l’Australie, l’Indonésie et la Malaisie, qui ont déjà adopté des mesures comparables.
L’Australie a ouvert la voie dès novembre 2024 avec une loi considérée comme l’une des plus sévères au monde, prévoyant de lourdes sanctions financières pour les plateformes ne respectant pas l’interdiction.
L’Indonésie a suivi en mars dernier en bloquant l’accès des moins de 16 ans à plusieurs réseaux sociaux et plateformes numériques, dont TikTok, Instagram, Facebook, X, Threads, Roblox et YouTube.
Depuis le 1er juin, la Malaisie applique également une réglementation imposant une vérification obligatoire de l’âge et limitant l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.
L’Europe durcit sa réglementation
Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large observée à travers l’Europe.
L’Espagne prépare actuellement une loi sur la protection des mineurs dans les environnements numériques qui portera de 14 à 16 ans l’âge minimum requis pour créer un compte sur les réseaux sociaux.
Le texte prévoit également de renforcer la lutte contre les contenus générés par intelligence artificielle à caractère sexuel ou humiliant visant les mineurs ainsi que contre les pratiques de manipulation et de prédation en ligne.
L’Andorre, la Norvège et la Nouvelle-Zélande ont également annoncé leur intention d’adopter des mesures similaires.
Entre protection des jeunes et libertés numériques
Plusieurs autres pays européens, dont la France, la Grèce, la Slovénie, la Finlande, l’Irlande et l’Italie, réfléchissent actuellement à des restrictions comparables, avec des seuils d’âge variant généralement entre 15 et 16 ans.
Cette évolution reflète les inquiétudes croissantes des autorités face aux effets des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. De nombreuses études ont mis en évidence des liens entre une utilisation intensive des plateformes numériques et l’augmentation des troubles anxieux, des problèmes de sommeil, de la dépression ou encore de la perte d’estime de soi chez les jeunes.
La mise en œuvre de ces interdictions reste toutefois un défi technique majeur. Les spécialistes soulignent que l’efficacité des dispositifs dépendra de la capacité des plateformes à vérifier l’âge des utilisateurs tout en respectant les exigences de protection de la vie privée.
Avec cette décision, Londres contribue à accélérer un mouvement international qui pourrait redessiner en profondeur les règles d’accès des jeunes aux réseaux sociaux dans les années à venir.