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Peine de mort : les exécutions dans le monde atteignent leur plus haut niveau depuis plus de quarante ans

17 juin 2026 - 09:43

Le recours à la peine de mort connaît un inquiétant regain à l’échelle mondiale. Selon le rapport annuel publié par Amnesty International, le nombre d’exécutions recensées en 2025 a atteint son niveau le plus élevé depuis 1981, révélant une détérioration significative de la situation des droits humains dans plusieurs régions du monde.

L’organisation a documenté 2.707 exécutions dans 17 pays au cours de l’année écoulée, contre 1.518 en 2024, soit une augmentation de près de 80 % en seulement douze mois. Il faut remonter à 1981 pour retrouver un chiffre comparable. Ces statistiques n’incluent toutefois pas certains pays, notamment la Chine, la Corée du Nord et le Vietnam, qui ne publient pas de données officielles sur le recours à la peine capitale. De nombreux observateurs estiment que la Chine demeure, à elle seule, le premier pays exécuteur au monde.

Pour Amnesty International, cette hausse spectaculaire reflète la volonté de certains gouvernements d’utiliser la peine de mort comme un instrument de contrôle politique, de dissuasion sociale et parfois même de répression. La secrétaire générale de l’organisation, Agnès Callamard, estime que plusieurs États continuent de recourir aux exécutions malgré la progression mondiale du mouvement abolitionniste, utilisant la peine capitale pour « inspirer la peur » ou réduire au silence les voix dissidentes.

L’Iran au cœur des statistiques mondiales

Le principal facteur expliquant la hausse enregistrée en 2025 est l’évolution de la situation en Iran. Selon le rapport, la République islamique a procédé à 2.159 exécutions au cours de l’année, soit plus du double du chiffre enregistré en 2024.

À lui seul, l’Iran représente près de 80 % des exécutions recensées dans le monde. Cette proportion exceptionnelle illustre le poids déterminant du pays dans les statistiques mondiales relatives à la peine capitale.

La tendance observée en Iran s’inscrit dans un contexte régional marqué par un recours accru aux exécutions. L’Arabie saoudite a enregistré 356 exécutions en 2025, tandis que d’autres pays du Moyen-Orient ont également connu une hausse significative des condamnations exécutées.

Le Yémen, confronté à une situation politique et sécuritaire extrêmement fragile depuis plusieurs années, figure lui aussi parmi les États ayant procédé à un nombre important d’exécutions.

La lutte antidrogue comme moteur de la hausse

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne le rôle croissant de la lutte contre le trafic de stupéfiants dans l’augmentation du nombre d’exécutions.

Près de la moitié des personnes exécutées en 2025 l’ont été pour des infractions liées aux drogues. Cette tendance est particulièrement visible au Moyen-Orient et dans plusieurs pays asiatiques où les législations demeurent extrêmement sévères en matière de narcotrafic.

Pour les organisations de défense des droits humains, cette évolution soulève de nombreuses interrogations. Les Nations unies considèrent depuis plusieurs années que les infractions liées à la drogue ne répondent pas au critère des « crimes les plus graves », seule catégorie pour laquelle le droit international tolère encore l’application de la peine capitale dans les États qui ne l’ont pas abolie.

Malgré ces recommandations, plusieurs pays continuent d’élargir le champ d’application de la peine de mort. Des débats législatifs sont notamment en cours dans certains États afin de renforcer les sanctions contre les trafiquants de drogue, ce qui pourrait contribuer à maintenir la pression à la hausse dans les années à venir.

Les États-Unis à contre-courant

Le rapport souligne également l’évolution observée aux États-Unis. Avec 47 exécutions recensées en 2025, contre 25 l’année précédente, le pays enregistre son niveau le plus élevé depuis plus de quinze ans.

Cette augmentation intervient dans un contexte politique marqué par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et par le durcissement du discours sécuritaire dans plusieurs États américains.

Même si les chiffres américains demeurent très inférieurs à ceux observés au Moyen-Orient, leur portée symbolique est considérable. Les États-Unis restent la seule grande démocratie occidentale à appliquer encore régulièrement la peine capitale.

Cette situation nourrit un débat récurrent sur la place de la peine de mort dans les systèmes démocratiques contemporains et rappelle que les avancées vers l’abolition ne sont jamais totalement acquises.

Une tendance abolitionniste qui se poursuit malgré tout

Malgré la hausse spectaculaire du nombre d’exécutions, Amnesty International insiste sur un élément souvent moins visible : la progression constante du mouvement abolitionniste à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui, 113 pays ont totalement supprimé la peine de mort de leur législation, contre seulement 16 à la fin des années 1970. Plusieurs régions du monde, notamment l’Europe et l’Asie centrale, demeurent totalement exemptes d’exécutions.

Dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie, des réformes sont également en cours pour réduire le recours à la peine capitale ou limiter le nombre d’infractions passibles de cette sanction.

Cette évolution témoigne d’une transformation progressive des normes internationales en matière de droits humains. Toutefois, le rapport souligne que les progrès enregistrés dans de nombreux pays sont en partie neutralisés par la concentration croissante des exécutions dans un petit groupe d’États qui continuent d’y recourir massivement.

Un débat toujours ouvert

Au-delà des chiffres, le rapport relance un débat fondamental sur l’efficacité et la légitimité de la peine de mort.

Ses partisans continuent de la présenter comme un outil de dissuasion et de protection de la société face aux crimes les plus graves. Ses opposants soulignent au contraire l’absence de preuve scientifique démontrant son efficacité supérieure à d’autres sanctions pénales, ainsi que le risque irréversible d’erreurs judiciaires.

Alors que le monde connaît une nouvelle hausse des exécutions, la question de la peine capitale demeure ainsi l’un des sujets les plus sensibles dans le débat international sur les droits humains, la justice et le rôle de l’État dans la sanction pénale.

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