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Coupe du monde et citoyenneté transnationale (1)

27 juin 2026 - 17:00

Quand les enfants de l’immigration ont vaincu le complexe de l’immigration

À chaque match disputé par le Maroc lors de cette Coupe du monde, je me convaincs davantage que la véritable force de cette sélection ne réside pas uniquement dans son organisation tactique ou dans le talent de ses joueurs. Elle réside surtout dans l’histoire humaine qu’elle porte sur le terrain. La majorité des internationaux sont nés ou ont grandi en Europe. Le sélectionneur lui-même est issu de la diaspora marocaine, tout comme plusieurs membres de son staff technique.

C’est là toute la singularité de cette équipe. Elle ne représente pas seulement le Maroc ; elle incarne également l’expérience historique de millions de Marocains installés en Europe depuis plusieurs décennies. À ce titre, la sélection nationale offre aujourd’hui l’une des illustrations les plus abouties de la citoyenneté transnationale dans le football mondial.

Le Marocain qui quitta son village ou sa ville dans les années 1960 et 1970 entretenait, bien souvent, une relation profondément asymétrique avec la société européenne. Il venait chercher un travail sur un continent perçu comme plus développé et plus puissant, alors que le monde arabe sortait à peine de la période coloniale, avec les profondes fractures économiques et civilisationnelles qu’elle avait laissées derrière elle. Beaucoup de ces migrants portaient ainsi le sentiment, souvent implicite, de vivre à la périphérie de la société qui les accueillait et que le rapport entre l’Européen et l’immigré demeurait, d’une certaine manière, le prolongement de l’ancienne relation entre colonisateur et colonisé.

Leurs enfants et leurs petits-enfants ont, en revanche, grandi dans un tout autre univers. Ils parlent les langues européennes comme des langues maternelles, ont fréquenté les mêmes écoles et se sont formés dans les mêmes institutions que leurs camarades européens. Pour eux, l’Europe n’est plus un espace étranger ni une simple terre d’accueil : elle constitue une composante naturelle de leur quotidien et de leur identité. Le mot « exil » n’a plus le même sens que pour la génération de leurs parents.

Pour autant, le lien avec le Maroc ne s’est jamais rompu. Au sein de la famille, ils ont conservé une part de la langue de leurs parents, leurs traditions, leur mémoire collective, leurs attaches familiales ainsi que leurs références culturelles et religieuses. Est ainsi née une génération capable d’habiter deux univers culturels sans ressentir le besoin de choisir entre l’un et l’autre.

C’est pourquoi je ne vois pas dans la sélection marocaine une simple équipe de football. J’y vois le reflet d’un monde nouveau qui se construit depuis plusieurs décennies : un monde dans lequel un individu peut appartenir simultanément à plusieurs espaces, plusieurs cultures et plusieurs histoires, sans éprouver la moindre contradiction.

À suivre…

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