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Finale du Mondial 2030 : pourquoi certains médias espagnols ont-ils tant de mal à imaginer Casablanca ?

29 juin 2026 - 17:59

L’article publié lundi par le quotidien espagnol El Confidencial, sous le titre « El peligro de « los recados » de Marruecos » (« Le danger des « messages » du Maroc »), mérite qu’on s’y arrête. Non pas parce qu’il révèle une stratégie secrète de Rabat, mais parce qu’il traduit une difficulté persistante chez une partie de la presse espagnole : accepter que le Maroc puisse légitimement prétendre accueillir la finale de la Coupe du monde 2030.

Le journal s’appuie sur des déclarations du président de la Fédération espagnole de football, Rafael Louzán, qui affirme que « Marruecos manda recados » (« le Maroc envoie des messages ») à propos de son ambition d’organiser la finale. Plus loin, il ajoute : « En Marruecos manda uno solo, mientras en España mandan un montón » (« Au Maroc, un seul décide, alors qu’en Espagne, ils sont nombreux à décider. »).

Ces phrases résument, à elles seules, tout le débat.

Pourquoi présenter comme une forme de pression ce qui relève simplement d’une ambition affichée ? Depuis l’attribution du Mondial 2030, le Maroc n’a jamais caché son objectif. Le Royaume construit le Grand Stade Hassan II de Casablanca, appelé à devenir l’un des plus grands stades du monde. Il modernise ses aéroports, développe son réseau ferroviaire, investit dans ses infrastructures et prépare cette Coupe du monde comme un projet stratégique national. Dans ces conditions, aspirer à accueillir la finale relève de la logique, pas de la provocation.

L’autre argument avancé par El Confidencial concerne le rôle de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et membre du Conseil de la FIFA. Là encore, où est la surprise ? Son influence ne découle pas d’une faveur particulière, mais de responsabilités exercées au sein des instances internationales du football. Peut-on reprocher au Maroc d’être représenté là où se prennent les décisions qui concernent l’avenir du football mondial ?

L’article semble également considérer que la capacité du Maroc à coordonner rapidement son projet constituerait presque un sujet d’inquiétude. Pourtant, dans toute organisation d’un événement de l’ampleur d’une Coupe du monde, une gouvernance claire est généralement perçue comme un atout. Les difficultés institutionnelles évoquées par Rafael Louzán relèvent du fonctionnement espagnol. Elles ne sauraient être transformées en reproche adressé au Maroc.

Mais le véritable débat dépasse ces considérations.

Depuis plusieurs mois, certains commentaires donnent l’impression que la finale devrait naturellement revenir à Madrid ou à Barcelone, comme si cette hypothèse allait de soi. Cette idée mérite d’être interrogée.

L’Espagne possède une histoire exceptionnelle dans le football mondial. Personne ne la conteste. Elle a accueilli la Coupe du monde de 1982, organisé des finales de Ligue des champions, des finales européennes et certains des plus grands événements du football international.

Le Maroc présente, lui aussi, des arguments solides. Il est aujourd’hui l’un des pays les plus actifs du continent en matière d’investissements sportifs. Son organisation de compétitions internationales, la modernisation de ses infrastructures et la construction du Grand Stade Hassan II témoignent d’une ambition assumée. Surtout, il représente un continent qui, malgré son immense contribution au football mondial, n’a encore jamais accueilli une finale de Coupe du monde.

C’est là que réside l’enjeu.

Le Mondial 2030 ne sera pas une Coupe du monde comme les autres. Il célébrera le centenaire de la compétition et sera organisé conjointement par trois pays situés sur deux continents. Depuis l’annonce de cette candidature commune, les organisateurs mettent en avant le rapprochement entre l’Europe et l’Afrique, le dialogue entre les peuples et la dimension historique de cette édition.

Si tel est réellement l’esprit du projet, une question s’impose : quel meilleur symbole qu’une première finale de Coupe du monde disputée sur le continent africain ?

Attribuer cette finale à Casablanca ne constituerait pas une concession faite au Maroc. Ce serait un signal adressé à toute l’Afrique. Ce serait reconnaître la place grandissante du continent dans le football mondial et donner un contenu concret au discours sur le partenariat euro-africain.

L’Espagne n’y perdrait rien. Bien au contraire. Elle démontrerait que le Mondial 2030 n’est pas seulement une répartition de matchs entre pays organisateurs, mais un projet fondé sur la confiance, le respect mutuel et une vision partagée de l’avenir.

Au fond, le débat dépasse largement le Maroc et l’Espagne. En 2030, la FIFA devra choisir entre deux visions : une finale qui prolonge l’histoire du football telle qu’elle s’est toujours écrite, ou une finale qui ouvre une nouvelle page. Le Maroc ne demande pas une faveur. Il demande que l’histoire du football soit enfin écrite avec tous ses continents.

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