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La Turquie demande à Interpol une notice rouge contre Netanyahu dans l’affaire de la flottille pour Gaza

23 août 2026 - 15:13

La Turquie a demandé à Interpol d’émettre une notice rouge contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le ressortissant israélien Afek Moskovitch, dans le cadre de la procédure ouverte après l’interception d’une flottille humanitaire qui tentait de rejoindre Gaza.

Le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, a annoncé cette démarche vendredi. La justice turque avait émis le 14 juillet des mandats d’arrêt nationaux contre les deux hommes. Le dossier a désormais été transmis aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères afin que la demande soit adressée à Interpol.

Cette initiative ne constitue pas encore un mandat d’arrêt international. Une notice rouge est une demande invitant les pays membres à localiser une personne et, éventuellement, à l’interpeller provisoirement dans l’attente d’une procédure d’extradition. Interpol doit d’abord examiner le dossier et chaque État reste libre d’agir conformément à sa propre législation.

Benjamin Netanyahu et Afek Moskovitch figurent parmi les 35 accusés jugés par la 11e Cour pénale supérieure d’Istanbul. La justice turque leur impute des faits présumés de génocide, crimes contre l’humanité, torture, privation aggravée de liberté, violences volontaires, destruction de biens, pillage et appropriation de moyens de transport.

Les accusations portent sur l’intervention israélienne contre les navires de la Global Sumud Flotilla, qui transportaient des militants et de l’aide humanitaire vers la bande de Gaza. Ankara affirme que l’opération s’est déroulée dans les eaux internationales.

Environ 430 personnes se trouvaient à bord d’une cinquantaine de bateaux interceptés par les forces israéliennes en mai. Les militants ont été conduits de force en Israël, détenus temporairement à la prison de Ktziot puis expulsés.

La flottille avait quitté la Turquie avec l’objectif déclaré de briser le blocus maritime israélien et d’attirer l’attention sur la situation humanitaire à Gaza, dévastée par plus de deux années de guerre.

Lors de la détention des participants, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, avait diffusé une vidéo montrant plusieurs militants à genoux et les mains liées. Ces images avaient suscité de nombreuses réactions à l’étranger ainsi qu’une polémique au sein même du gouvernement israélien.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a vivement réagi à la démarche d’Ankara, qualifiant le président Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Il l’a accusé de soutenir le Hamas, de réprimer sa propre population et d’instrumentaliser la procédure judiciaire afin d’intimider les dirigeants israéliens.

La présidence turque a répondu que le gouvernement Netanyahu cherchait à présenter la Turquie comme une nouvelle menace régionale afin d’en tirer un avantage politique et électoral.

Le contentieux judiciaire intervient dans un contexte de dégradation plus large des relations entre les deux pays. Israël accuse Ankara de vouloir renforcer sa présence militaire dans le nord de la Syrie, tandis que la Turquie considère les frappes israéliennes en territoire syrien comme une menace pour la stabilité régionale.

Benjamin Netanyahu avait affirmé la veille que la Turquie tentait de s’implanter militairement dans le nord syrien. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a pour sa part accusé Recep Tayyip Erdogan d’entraîner son pays dans une « aventure dangereuse ».

La procédure engagée par la Turquie est distincte du mandat d’arrêt délivré en novembre 2024 par la Cour pénale internationale contre Netanyahu pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés à Gaza. Israël rejette les accusations ainsi que la compétence de la Cour.

Même si Interpol valide la demande turque, une notice rouge n’obligera pas automatiquement ses 196 pays membres à arrêter le Premier ministre israélien. Son application dépendra des législations nationales ainsi que des relations politiques entretenues avec Israël et la Turquie.

La portée juridique de l’initiative reste donc incertaine, mais sa dimension diplomatique est manifeste. Ankara accroît sa pression sur Benjamin Netanyahu alors que la guerre à Gaza et la rivalité autour de la Syrie aggravent une relation bilatérale déjà profondément détériorée.

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