La ministre espagnole de la Défense affirme que les services de renseignement avaient transmis des informations avant les passages massifs de la fin juillet. Son collègue de l’Intérieur assure au contraire qu’aucune alerte opérationnelle n’avait été communiquée.
La gestion de la crise migratoire à Sebta occupée a ouvert une nouvelle fissure au sein du gouvernement espagnol. La ministre de la Défense, Margarita Robles, et le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, ont livré des versions différentes sur les informations dont disposaient les autorités avant les passages massifs des 30 et 31 juillet.
Lors de sa comparution devant le Congrès, Robles a défendu l’action du Centre national de renseignement espagnol, placé sous la tutelle de son ministère. Elle a assuré que le CNI avait accompli « le travail qui lui était demandé » et partagé les renseignements recueillis avec la délégation du gouvernement et les forces de sécurité.
Selon la ministre, les services espagnols avaient signalé, la veille des événements, des mouvements laissant prévoir des tentatives d’entrée à la nage dans la ville.
Marlaska nie l’existence d’un avertissement précis
Fernando Grande-Marlaska a immédiatement opposé une autre version. Le ministre de l’Intérieur affirme que ni la Police nationale ni la Garde civile n’avaient reçu de rapport annonçant une entrée de l’ampleur de celle observée à la fin du mois de juillet.
La délégation du gouvernement à Sebta s’est rangée du côté de Marlaska. Elle reconnaît avoir reçu des informations générales sur une hausse de la pression migratoire, mais nie avoir été avertie d’un mouvement massif imminent.
La divergence porte donc sur la nature des renseignements transmis. Robles parle d’informations préalables effectivement communiquées, tandis que Marlaska distingue ces données générales d’une véritable alerte opérationnelle permettant d’anticiper l’arrivée de dizaines de milliers de personnes.
Ángel Víctor Torres soutient la version de l’Intérieur
Ángel Víctor Torres, désigné pour coordonner le dispositif gouvernemental à Sebta, a lui aussi appuyé la position de Marlaska. Il affirme qu’aucune communication n’annonçait l’arrivée massive qui s’est finalement produite.
Sa prise de position isole davantage la ministre de la Défense, qui avait insisté devant les députés sur l’efficacité du CNI et refusé que les services de renseignement soient rendus responsables de l’absence d’anticipation.
L’opposition s’est emparée de la contradiction. Le Parti populaire demande la réunion de la Commission des secrets officiels afin de déterminer quels renseignements avaient été transmis, à quelle date et à quels responsables. Alberto Núñez Feijóo accuse le gouvernement d’avoir instauré un commandement unique à Sebta tout en déclenchant une « guerre interne » entre ses ministres.
Le PSOE tente de concilier les deux versions
Le porte-parole socialiste au Congrès, Patxi López, a tenté de réduire la portée de l’affrontement. Selon lui, les déclarations de Robles et de Marlaska pourraient être « vraies en même temps ».
Le CNI aurait pu signaler une augmentation des mouvements migratoires sans être capable d’en prévoir la dimension exceptionnelle. Dans cette hypothèse, Robles aurait raison d’affirmer que le renseignement a circulé, tandis que Marlaska pourrait soutenir qu’aucune alerte précise n’annonçait une opération d’une telle ampleur.
Cette explication ne résout cependant pas la question essentielle : les informations disponibles étaient-elles suffisamment concrètes pour justifier un renforcement préventif du dispositif de sécurité ?
Un différend ancien entre les deux ministres
La presse espagnole replace cet épisode dans une relation historiquement difficile entre les titulaires de la Défense et de l’Intérieur. Depuis leur entrée au gouvernement en 2018, Robles et Marlaska se sont déjà opposés sur plusieurs nominations et sur la répartition des compétences entre leurs départements.
La crise de Sebta révèle également deux sensibilités différentes. Robles adopte un discours particulièrement ferme sur la souveraineté espagnole sur Sebta et Melillia, tandis que Marlaska met davantage l’accent sur la coopération sécuritaire et migratoire avec Rabat.
Il serait néanmoins excessif de présenter cette divergence comme la preuve d’une rupture totale. Le seul fait établi reste, à ce stade, l’existence de versions incompatibles sur la portée des renseignements disponibles avant la crise.
Les prochaines comparutions de Marlaska et du ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, devraient apporter de nouveaux éléments. Pedro Sánchez devra, à son tour, expliquer la gestion globale de la crise devant le Congrès le 3 septembre.