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Sebta occupée : Madrid mise sur des digues, des drones et des bouées pour renforcer la frontière

28 août 2026 - 10:22

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé un investissement de 35,6 millions d’euros dans de nouveaux dispositifs de surveillance et de contrôle à Sebta et Melilla. Il a appelé à la fin des violences, salué la coopération du Maroc et reconnu la nécessité de tirer les leçons de l’entrée massive des 30 et 31 juillet, sans répondre à la controverse sur les alertes préalables du renseignement espagnol.

L’Espagne renforcera de manière permanente le périmètre frontalier de Sebta occupée en allongeant les digues maritimes et en déployant des bouées de contention, des drones, des embarcations légères d’intervention ainsi que des dispositifs télécommandés capables d’opérer sous l’eau.

Ces mesures ont été annoncées vendredi par le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, lors de son audition devant le Congrès consacrée à la gestion de l’entrée massive de migrants enregistrée les 30 et 31 juillet.

Le ministre a reconnu que l’Espagne devait «tirer les leçons» d’un épisode sans précédent. Il a toutefois défendu l’action de l’exécutif, accusé par l’opposition d’avoir réagi tardivement et de ne pas avoir anticipé l’ampleur de la mobilisation.

72.000 entrées selon le gouvernement espagnol

Marlaska a estimé à 72.000 le nombre de personnes entrées dans la ville à la nage ou par voie terrestre. Environ 5.000 s’y trouveraient encore, parmi lesquelles 1.500 mineurs.

Ces chiffres diffèrent de certaines estimations avancées au cours des dernières semaines, qui évoquaient jusqu’à 80.000 entrées et un nombre plus élevé de personnes encore présentes. Les données communiquées par le ministre constituent désormais le bilan officiel du ministère espagnol de l’Intérieur.

Plus de 1.600 membres de la Police nationale et de la Garde civile seraient actuellement mobilisés sur place, avec l’appui des Forces armées. La police a également achevé l’identification des mineurs afin de transmettre leurs dossiers aux autorités locales, responsables de leur prise en charge.

Marlaska a annoncé la construction d’un nouveau Centre d’accueil temporaire des étrangers, ou CATE, doté d’une capacité de 800 places. Cette structure permanente doit, selon lui, permettre de traiter de manière plus ordonnée les situations similaires et d’éviter que des milliers de personnes restent dans les rues et sur les plages.

Une enveloppe européenne sollicitée

L’investissement prévu atteint 35,6 millions d’euros pour un ensemble de mesures concernant Sebta et Melilla. Madrid demandera à l’Union européenne de financer 90% de cette somme, soit environ 32 millions d’euros, par l’intermédiaire de l’instrument européen consacré à la gestion des frontières et à la politique des visas.

Cette enveloppe ne sera donc pas exclusivement affectée à l’allongement des digues. Elle doit couvrir plusieurs équipements terrestres, maritimes et aériens destinés à renforcer la surveillance et les capacités d’intervention.

La réponse annoncée par Madrid repose largement sur le durcissement matériel du contrôle frontalier. L’efficacité de ces dispositifs dépendra néanmoins de leur capacité à prévenir les traversées sans déplacer les itinéraires vers des zones plus dangereuses ni accroître les risques de noyade.

Marlaska salue la coopération du Maroc

Le ministre a insisté sur la «solidité» de la coopération migratoire avec le Maroc, qu’il a qualifiée de durable et efficace. Il a affirmé rester en contact permanent avec son homologue marocain et souligné que cette collaboration s’était de nouveau manifestée après les événements de la fin juillet.

Cette déclaration tranche avec les accusations formulées contre Rabat dans une partie du débat politique et médiatique espagnol. Elle rejoint les conclusions présentées précédemment par la Défense espagnole, qui n’attribuent pas au Maroc l’organisation directe de l’entrée massive, tout en évoquant une possible amplification de la mobilisation sur les réseaux sociaux par un «acteur intéressé» non identifié.

Marlaska n’a cependant pas abordé la controverse portant sur l’existence d’alertes préalables du Centre national du renseignement espagnol. La ministre de la Défense, Margarita Robles, avait affirmé que le CNI avait transmis les informations dont il disposait, tandis que le ministère de l’Intérieur soutient qu’aucun avertissement ne permettait d’anticiper une arrivée d’une telle ampleur.

Cette question demeure l’un des principaux points faibles de la version gouvernementale. L’existence d’informations sur une pression migratoire croissante ne signifie pas nécessairement que les services pouvaient prévoir le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Elle exige néanmoins que Madrid clarifie la circulation des renseignements et la coordination entre ses administrations.

Appel à la fin des violences

L’audition intervient après trois journées de protestations à Sebta. Jeudi, certains manifestants ont franchi des cordons policiers, pénétré dans des campements, incendié des effets appartenant à des migrants et entravé une distribution de nourriture.

Marlaska a appelé au calme et à la cessation de toute forme de violence. Il a dénoncé les tentatives d’exploitation politique de la crise ainsi que les discours susceptibles de favoriser la haine ou les affrontements.

Le ministre chargé du commandement unique, Ángel Víctor Torres, avait auparavant lancé un appel similaire et demandé que le choix des espaces temporaires d’accueil fasse l’objet d’un consensus avec les autorités locales.

Les inquiétudes exprimées par les habitants sur la sécurité, la saturation des équipements publics et le retour à la normalité ne peuvent être ignorées. Elles ne sauraient toutefois justifier les violences ou la stigmatisation collective des migrants.

Le plan présenté par Madrid apporte une réponse technique à la vulnérabilité du périmètre frontalier. Il ne règle pas encore les interrogations sur l’anticipation de la crise, la gestion des personnes toujours présentes à Sebta et les facteurs sociaux qui ont permis à une mobilisation numérique de prendre une telle ampleur en quelques heures.

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