Un navire a déboursé un montant record lors d’une enchère destinée à obtenir un créneau prioritaire sur la voie interocéanique. Cette opération intervient à quelques jours d’une nouvelle réduction du trafic imposée par la baisse des réserves d’eau. Selon Bloomberg, SK Gas aurait payé pour le passage du G. Spirit, mais l’administration du canal n’a confirmé que le montant.
La raréfaction de l’eau fait flamber le prix de l’urgence au canal de Panama. Un navire a payé 5,3 millions de dollars pour obtenir un passage prioritaire, établissant un record au moment où les autorités s’apprêtent à réduire le nombre de traversées quotidiennes.
Ilya Espino de Marotta, administratrice désignée du canal, a confirmé qu’il s’agissait de la somme la plus élevée jamais versée pour un tel créneau, sans identifier le navire concerné. L’agence Bloomberg attribue l’opération à la société sud-coréenne SK Gas, qui aurait obtenu le passage du G. Spirit le 1er septembre.
Les 5,3 millions de dollars correspondent à l’enchère permettant d’avancer dans la file, et non nécessairement à l’ensemble des droits ordinaires de transit. Les péages habituels sont calculés séparément selon la catégorie, la taille et la cargaison du bâtiment.
Une infrastructure tributaire des pluies
À compter du 3 septembre, le canal limitera le trafic à 34 navires par jour, contre 36 actuellement. Le plafond sera ensuite ramené à 32 traversées quotidiennes douze jours plus tard.
Cette réduction doit préserver l’eau douce nécessaire au fonctionnement des écluses. Le canal utilise essentiellement les réserves des lacs artificiels Gatún et Alhajuela, dont les niveaux ont baissé sous l’effet du déficit de précipitations associé au phénomène El Niño.
Chaque passage mobilise d’importantes quantités d’eau pour élever puis abaisser les navires. Lorsque les réserves se contractent, l’administration doit réduire le nombre de traversées, limiter le tirant d’eau des bâtiments ou combiner ces deux mesures.
Environ 5 % du commerce maritime mondial emprunte cette route, qui relie notamment la côte est des États-Unis aux grands marchés asiatiques, dont la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Toute limitation durable risque donc d’allonger les délais et de renchérir le transport de marchandises.
Plus de 120 navires en attente
Près de neuf passages sur dix sont attribués par réservation. Les créneaux restants, ou ceux libérés à la suite d’un changement de programme, peuvent faire l’objet d’enchères.
La baisse du nombre de traversées réduit les possibilités de réservation et accroît mécaniquement la valeur des places disponibles. Entre octobre 2025 et février 2026, le prix moyen d’une enchère s’établissait autour de 55 000 dollars. Le montant payé cette fois est donc près de cent fois supérieur.
L’ancien administrateur du canal Jorge Quijano estime que plus de 120 navires attendent actuellement leur tour. Certains transporteurs dépourvus de réservation peuvent préférer verser plusieurs millions de dollars plutôt que de subir un retard susceptible d’entraîner des pénalités contractuelles encore plus lourdes.
Un précédent niveau exceptionnel avait été atteint en avril, lorsqu’un navire avait payé jusqu’à quatre millions de dollars pour accélérer l’acheminement d’hydrocarbures, dont la demande avait augmenté après le blocage du détroit d’Ormuz.
L’Autorité du canal a parallèlement annoncé une adaptation temporaire du système de réservation destiné aux grands navires Neopanamax. Applicable à partir du 30 août pour des dates de passage postérieures au 13 septembre, le dispositif doit apporter davantage de flexibilité et favoriser un accès plus équitable aux créneaux.
Au-delà du record financier, l’épisode met en évidence une vulnérabilité structurelle : l’une des principales routes du commerce mondial dépend directement de réserves d’eau douce soumises aux variations climatiques. Si les restrictions se prolongent, leur coût pourrait dépasser les enchères payées par quelques armateurs et se diffuser aux prix du fret, aux délais de livraison et aux chaînes d’approvisionnement internationales.