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Felipe VI se rendra à Sebta occupée après plusieurs semaines de pression politique

01 septembre 2026 - 10:31

Le roi Felipe VI se rendra à Sebta occupée, mais aucune date n’a encore été fixée. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé que cette visite aura lieu « lorsque les conditions seront réunies », après plusieurs semaines de polémique autour de l’absence du souverain dans la ville à la suite de la grave crise migratoire de la fin juillet.

Cette annonce intervient dans un climat politique tendu en Espagne. Le Parti populaire a multiplié les appels à une visite du roi, accusant le gouvernement de freiner un déplacement qu’il présente comme un geste de soutien institutionnel à la ville. Pour l’opposition de droite, la présence du monarque serait devenue un symbole de fermeté face à une crise décrite à la fois comme migratoire, humanitaire et sécuritaire.

Mais au-delà de la bataille politique espagnole, une éventuelle visite de Felipe VI à Sebta occupée comporte une forte dimension diplomatique. Le souverain espagnol n’a jamais visité Sebta ni Melilla depuis son accession au trône en 2014. Le dernier précédent remonte à novembre 2007, lorsque Juan Carlos I et la reine Sofia s’étaient rendus dans les deux villes sous le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero.

Cette visite de 2007 avait provoqué une crise diplomatique avec Rabat. Le Maroc avait protesté officiellement et rappelé son ambassadeur à Madrid avant le déplacement royal. Mohammed VI avait alors qualifié cette visite de regrettable, rappelant la position marocaine sur Sebta et Melilla. L’Espagne avait, de son côté, défendu le caractère interne du déplacement, en considérant les deux villes comme faisant partie de son territoire national.

Ce précédent explique pourquoi la visite annoncée de Felipe VI ne peut être lue uniquement comme un épisode de politique intérieure espagnole. Pour Madrid, la souveraineté de Sebta et Melilla n’est pas ouverte à la discussion. Pour Rabat, ces deux villes demeurent au cœur d’un contentieux historique sensible, même si les relations maroco-espagnoles connaissent depuis plusieurs années une phase de coopération renforcée, notamment sur les dossiers migratoire, sécuritaire et économique.

La polémique actuelle a été alimentée par plusieurs responsables de droite. Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire, a affirmé être convaincu que Felipe VI souhaitait se rendre à Sebta et a demandé au gouvernement de faciliter ce déplacement. Le président de la ville, Juan Jesús Vivas, a également indiqué que le roi lui avait exprimé personnellement sa volonté de visiter la ville.

La pression est aussi venue de Melilla, dont le président, Juan José Imbroda, a estimé qu’il n’existait « aucune excuse » pour empêcher une visite royale dans les deux villes. La controverse a pris de l’ampleur après l’absence du roi du Conseil de sécurité nationale convoqué pour examiner la crise de Sebta, même si sa participation à cette instance n’est pas obligatoire.

La question révèle ainsi les limites entre la fonction institutionnelle de la Couronne et la politique extérieure conduite par le gouvernement. En Espagne, les actes du roi s’inscrivent dans un cadre constitutionnel qui implique une coordination avec l’exécutif, en particulier lorsqu’un déplacement peut avoir des conséquences diplomatiques.

L’offensive actuelle du Parti populaire comporte toutefois une part de paradoxe. Sous les gouvernements de José María Aznar et de Mariano Rajoy, aucun déplacement du chef de l’État à Sebta ou Melilla n’avait été organisé. Même après la crise de l’îlot Persil en 2002, l’une des plus fortes tensions entre Rabat et Madrid depuis des décennies, Juan Carlos I ne s’était pas rendu dans les deux villes.

La crise de 2026 donne cependant à la question une autre intensité. L’entrée massive de migrants à la fin juillet a replacé Sebta occupée au centre du débat espagnol sur la sécurité, la migration et les relations avec le Maroc. Sánchez s’est rendu sur place, plusieurs ministres ont également fait le déplacement, tandis que le gouvernement espagnol a cherché à préserver la coopération avec Rabat.

L’annonce d’une future visite royale vise donc à désamorcer une polémique devenue coûteuse pour l’exécutif espagnol. Mais lorsqu’elle aura lieu, cette visite remettra inévitablement la Couronne espagnole face à l’un des dossiers les plus sensibles de la relation avec le Maroc. Elle interviendra dans un contexte plus fragile qu’en 2007 : celui d’une crise migratoire récente, d’une forte polarisation politique en Espagne et d’un équilibre diplomatique que Madrid cherche à ne pas compromettre avec Rabat.

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