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Sebta occupée : Sánchez accuse la Russie, Israël et l’extrême droite d’avoir amplifié la crise

01 septembre 2026 - 11:57

Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a introduit la Russie, Israël et les réseaux internationaux d’extrême droite dans son explication de la crise migratoire de Sebta occupée. Selon lui, des acteurs liés à ces pays et à ces mouvances auraient participé à la diffusion et à l’amplification de contenus de désinformation ayant contribué à la mobilisation de dizaines de milliers de personnes vers la frontière, les 30 et 31 juillet.

Cette accusation élargit la thèse déjà défendue par le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, qui avait évoqué le rôle de la désinformation et de sa propagation internationale dans l’ampleur prise par la crise. Mais elle ouvre aussi un nouveau front diplomatique, Moscou et le gouvernement israélien ayant rejeté toute implication.

À ce stade, les informations connues permettent de documenter l’existence d’une campagne intense de rumeurs, de messages trompeurs, de vidéos virales et d’appels à franchir la frontière. Elles ne permettent pas, en revanche, d’attribuer à un État étranger l’organisation directe de l’entrée massive vers Sebta occupée.

La séquence aurait commencé plusieurs semaines avant les événements. Une décision du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet, liée aux refoulements par voie maritime, a été détournée sur les réseaux sociaux jusqu’à devenir un message faux selon lequel l’Espagne aurait ouvert la frontière de Sebta. Cette rumeur a circulé largement parmi de jeunes Marocains, accompagnée de vidéos de personnes ayant atteint le territoire contrôlé par l’Espagne, de conseils pratiques pour traverser et de convocations associées à la Fête du Trône.

Certains groupes utilisés pour diffuser ces contenus ont rassemblé des dizaines de milliers d’abonnés. Des réseaux liés à la mobilisation auraient atteint une audience globale proche de 180.000 personnes. Une vidéo publiée sur Instagram par deux jeunes Marocains depuis la plage du Tarajal aurait, à elle seule, cumulé plusieurs millions de vues.

La crise a ainsi pris une dimension inédite, bien au-delà des précédentes tentatives de passage. Elle s’est également inscrite dans un contexte de malaise social profond chez une partie de la jeunesse marocaine, sensible aux récits promettant une ouverture soudaine de la frontière et la possibilité d’atteindre l’Europe.

Les services espagnols ont identifié certains administrateurs de groupes ayant relayé les appels. Mais les analyses connues jusqu’à présent n’ont pas établi que ces groupes étaient dirigés par un service de renseignement étranger. Cette nuance est essentielle : participer à la diffusion ou à l’amplification de contenus favorisant une mobilisation n’est pas équivalent à planifier une opération destinée à provoquer une crise frontalière.

La référence à la Russie s’inscrit dans un contexte européen marqué par de nombreuses enquêtes sur des campagnes d’influence attribuées à Moscou. Les institutions européennes ont, ces dernières années, documenté des opérations visant à exploiter les fractures internes, amplifier les conflits sociaux et affaiblir la confiance dans les institutions. L’immigration figure souvent parmi les thèmes utilisés pour nourrir la polarisation politique en Europe.

Ces précédents expliquent l’attention portée par les services espagnols à une éventuelle amplification russe. Ils ne suffisent toutefois pas à démontrer une intervention directe dans la crise de Sebta occupée. Pour établir une responsabilité concrète, il faudrait prouver l’existence de liens opérationnels, ce que les informations publiques disponibles ne permettent pas encore de faire.

La mention d’Israël a, elle aussi, provoqué une réaction immédiate. Les relations entre le gouvernement Sánchez et l’exécutif de Benjamin Netanyahu sont déjà fortement dégradées, notamment en raison de la guerre à Gaza et de la reconnaissance par Madrid de l’État palestinien. Israël a rejeté les accusations espagnoles. Là encore, le contexte diplomatique éclaire la tension, mais ne constitue pas une preuve d’implication.

Les éléments les plus visibles concernent l’amplification du récit par les réseaux d’extrême droite. Dès la diffusion des premières images, des acteurs situés en dehors de l’Espagne ont présenté Sebta occupée comme le théâtre d’une « invasion » de l’Europe. Albares a parlé d’une « internationale réactionnaire » et évoqué des contenus relayés par Elon Musk, ainsi que des messages venus de Russie.

La crise est alors passée d’une mobilisation alimentée par des groupes visant de jeunes Marocains à une séquence mondiale utilisée par les droites radicales autour de l’immigration, de l’identité européenne et du contrôle des frontières. Les images de dizaines de milliers de personnes avançant vers une frontière européenne ont été exploitées comme confirmation visuelle de récits déjà installés, notamment celui du « grand remplacement ».

En Espagne, Vox a repris dès les premières heures le terme d’« invasion ». Le parti de Santiago Abascal a réclamé le déploiement des forces armées, l’intervention de la marine, la construction d’un mur frontalier et des expulsions massives. Il accuse désormais le Maroc d’avoir mené une opération de « guerre hybride » et demande la rupture du Traité d’amitié entre Rabat et Madrid.

La lecture du gouvernement espagnol diverge toutefois de celle de Vox. Sánchez et Albares affirment ne pas disposer d’éléments prouvant que le Maroc ait organisé l’entrée massive. Ils insistent au contraire sur la coopération ultérieure de Rabat, qui aurait permis le retour de la majorité des personnes ayant traversé et la prévention d’une nouvelle mobilisation prévue à la mi-août.

Cela n’a pas dissipé toutes les interrogations en Espagne. Plusieurs partis, y compris très éloignés de Vox, continuent de s’interroger sur l’attitude des forces marocaines durant les premières heures de la crise. Mais le passage du doute politique à l’accusation formelle reste, pour l’heure, non démontré.

L’affaire révèle ainsi une bataille plus large autour du récit de Sebta occupée. Pour le gouvernement Sánchez, la crise résulte d’un mélange de désinformation, de réseaux criminels, d’amplification extérieure et de vulnérabilité sociale. Pour Vox, elle devient la preuve d’une attaque marocaine contre l’Espagne. Entre ces deux lectures, les faits établis imposent encore prudence : la désinformation est réelle, son impact paraît important, mais l’organisation étatique de la mobilisation n’a pas été prouvée.

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