Après avoir achevé sa formation dans les trois académies militaires espagnoles, la princesse des Asturies s’apprête à entamer un cursus civil à l’Université Carlos III de Madrid. Un nouveau livre, fondé sur plus de 30 témoignages, retrace une éducation conçue pour la Couronne et éclaire la manière dont Felipe VI et Letizia ont préparé leur fille à exercer un jour la fonction de cheffe de l’État.
Leonor de Borbón Ortiz fêtera ses 21 ans le 31 octobre avec une grande partie de la formation spécialement conçue pour l’héritière du trône déjà accomplie. Après son passage dans les académies des trois armées, la princesse des Asturies ouvrira une nouvelle étape à l’Université Carlos III de Madrid, où sa préparation prendra une orientation davantage civile et institutionnelle.
Cette transition coïncide avec la publication de Leonor de Borbón Ortiz. Una reina para el futuro, un ouvrage de la journaliste Angie Calero. Fondé sur plus de 30 témoignages, le livre ne se présente pas comme la biographie définitive d’une jeune femme qui n’a pas encore 21 ans, mais comme un portrait journalistique de sa préparation au pouvoir.
Pour Calero, la prestation de serment sur la Constitution a marqué un tournant. À partir de cette cérémonie, la position de Leonor a cessé d’apparaître comme une simple perspective dynastique pour acquérir toute sa portée constitutionnelle.
Une éducation conçue pour la Couronne
Leonor a commencé sa scolarité au collège Santa María de los Rosales avant de poursuivre ses études à l’UWC Atlantic College, au Pays de Galles. Ces établissements ont été choisis pour concilier une formation exigeante avec une certaine protection face à l’exposition médiatique. Sa préparation militaire a ensuite répondu à son futur rôle de commandante suprême des forces armées espagnoles.
Les témoignages recueillis décrivent un apprentissage dépassant largement le cadre scolaire. L’un de ses anciens professeurs souligne son intérêt précoce pour l’art et l’histoire. Le professeur Carlos López-Otín s’est également rendu au palais de la Zarzuela afin de compléter la culture scientifique de Leonor et de sa sœur Sofía.
Le livre attribue des rôles distincts à ses parents. Felipe VI aurait été sa principale référence pour les dimensions politique, constitutionnelle et diplomatique de la fonction royale. Letizia aurait exercé une influence particulière sur sa manière de communiquer et sur son contact avec les réalités sociales extérieures au palais.
Borbón, mais aussi Ortiz
En choisissant le nom complet de la princesse pour son titre, Calero insiste sur cette double filiation. Leonor appartient à la dynastie des Bourbons, mais son éducation porte également l’empreinte familiale et professionnelle de sa mère. Selon la journaliste, Letizia aurait voulu éviter d’élever une princesse isolée des difficultés ordinaires de la société.
Cette recherche de normalité possède toutefois des limites évidentes. Depuis l’enfance, Leonor sait que sa position constitutionnelle détermine une partie essentielle de son avenir. Même sa vie scolaire devait associer une apparence de quotidien ordinaire à une préparation exceptionnelle.
Elle a, en outre, grandi pendant une période difficile pour la monarchie espagnole. Elle était encore enfant lorsque Juan Carlos Ier a abdiqué en 2014, après une forte détérioration de l’image de la Couronne. Sous le règne de son père, elle a observé les enquêtes concernant son grand-père, la crise indépendantiste catalane, les laborieuses formations de gouvernement et la réponse institutionnelle aux inondations meurtrières de Valence.
Le portrait encore incomplet d’une héritière
Calero décrit Leonor comme timide sans être distante, attentive, curieuse et dotée d’un certain sens de l’humour. Ces appréciations restent néanmoins subjectives. Malgré les nombreuses sources consultées — enseignants, ministres, écrivains et journalistes —, l’autrice reconnaît n’avoir recueilli aucun témoignage réellement critique sur la princesse ou sur sa formation. Le portrait apporte donc des informations utiles, mais provient d’un cercle largement favorable à la Maison royale.
L’infante Sofía occupe une place particulière dans ce dispositif. Si elle demeure institutionnellement la « numéro deux », elle serait la personne la plus proche de Leonor. Cette relation pourrait devenir un soutien essentiel lorsque les obligations publiques de l’héritière s’intensifieront.
Leonor entre désormais dans une phase où sa formation devra progressivement céder la place à l’exercice réel de responsabilités. L’interrogation ne porte plus seulement sur la manière dont elle a été préparée à régner, mais sur l’usage qu’elle fera de cet apprentissage dans une Espagne et une monarchie profondément différentes de celles qu’ont connues ses prédécesseurs.