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Al Hoceïma : la pêche au corail rouge soulève des interrogations sur l’environnement et l’épuisement des ressources dans l’aire marine protégée

05 septembre 2026 - 12:38

Une récente décision du secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime suscite une controverse environnementale après l’autorisation de la pêche au corail rouge dans la zone maritime de Toubou, au large d’Al Hoceïma, durant la saison 2026. Cette zone étant située à l’intérieur de la partie marine du Parc national d’Al Hoceïma, la décision pose la question de la conciliation entre l’exploitation d’une ressource marine de grande valeur et la vocation première d’un espace naturel protégé.

Une autorisation controversée

La décision n° 06 FL/2026, publiée le 4 août 2026, autorise la pêche au corail rouge dans la zone de Toubou du 15 août au 30 novembre. Elle fixe à cinq tonnes le quota global pouvant être extrait, avec un plafond de 50 kilogrammes par sortie et par navire, à raison d’une seule sortie par jour. Les colonies doivent être prélevées à l’aide d’un marteau et leur diamètre ne peut être inférieur à 8 millimètres.

La sensibilité de cette décision tient également à la localisation de la zone concernée. La carte accompagnant les données indique que l’espace marin du Parc national d’Al Hoceïma s’étend sur 19.600 hectares, soit 196 kilomètres carrés, tandis que la zone de pêche au corail délimitée à l’intérieur du parc couvre 7.186 hectares, soit 71,86 kilomètres carrés. Elle représente ainsi environ 37 % de la partie marine du parc.

C’est là que réside le cœur du problème : le quota fixé et les restrictions techniques suffisent-ils à empêcher que cette exploitation autorisée ne se transforme en épuisement d’une ressource biologique dont la croissance et la régénération sont particulièrement lentes ?

Les cinq tonnes de corail ne constituent pas un simple chiffre. Elles peuvent correspondre au prélèvement d’un nombre considérable de colonies sur les fonds marins pendant une période d’environ trois mois et demi. Un document élaboré par des enseignants-chercheurs spécialisés dans la biodiversité et la biologie marine souligne que la réglementation de l’exploitation ne garantit pas, à elle seule, la protection de la ressource.

L’étendue de la zone ouverte à la pêche soulève une autre interrogation. Il ne s’agit pas d’une petite enclave maritime, mais de plus du tiers de l’espace marin du parc. Le débat dépasse donc le volume du quota annuel et porte sur la compatibilité entre une activité extractive et le classement même de cette zone comme espace naturel dont la gestion devrait avoir pour priorité la préservation de ses différentes composantes.

L’attention portée au plafond de cinq tonnes ne doit pas non plus faire oublier la dimension temporelle de l’exploitation. Contrairement à certaines autres ressources marines, le corail rouge ne se régénère pas rapidement. L’évaluation du quota doit donc tenir compte de la capacité réelle des colonies à compenser les prélèvements, et non seulement du respect par les navires de la quantité autorisée durant la saison 2026.

Des interrogations scientifiques

Les préoccupations ne concernent pas uniquement les quantités prélevées, mais également la méthode d’extraction. La décision autorise le prélèvement des colonies de corail rouge à l’aide d’un marteau. Or, les chercheurs rappellent que le corail est fixé aux rochers. Son arrachage constitue donc une intervention physique directe sur la colonie et son environnement rocheux, ce qui soulève des questions sur les éventuels dommages collatéraux causés aux colonies voisines et aux autres organismes vivant sur les fonds marins.

Le dossier pose également une question plus pressante concernant les études scientifiques ayant précédé l’autorisation. Le document réclame la publication des données ayant servi à évaluer l’état des populations de corail à Toubou, leur densité, leur répartition géographique et leur capacité de régénération. Il demande aussi des informations sur l’évolution de cette ressource au cours des dernières années, les effets des précédentes campagnes d’exploitation ainsi que leurs éventuelles répercussions sur les autres espèces et habitats marins.

Le diamètre minimal de huit millimètres retenu pour les colonies pouvant être prélevées suscite également des interrogations quant au fondement biologique de ce seuil : quel est l’âge d’une colonie lorsqu’elle atteint cette taille ? Est-elle alors capable de se reproduire ? Quelle est la vitesse de croissance du corail dans la zone de Toubou ?

Selon les chercheurs, ces données sont indispensables pour éviter que le seuil fixé ne demeure un simple critère administratif déconnecté de la situation écologique réelle de la ressource.

Ces questions sont d’autant plus importantes que la décision prévoit elle-même un suivi scientifique du stock de corail rouge dans la zone de Toubou par l’Institut national de recherche halieutique. Ce suivi doit permettre d’étudier la biologie des colonies et d’évaluer les effets de l’exploitation sur la ressource.

Cette disposition soulève cependant une nouvelle interrogation : quelles données scientifiques étaient disponibles avant le début de la saison et le quota a-t-il été établi sur la base d’une évaluation récente et précise des stocks ?

D’où l’importance de la demande formulée par les chercheurs afin que les données scientifiques ayant précédé la prise de décision soient mises à la disposition du public et des spécialistes. La transparence ne consiste pas seulement à justifier le chiffre de cinq tonnes, mais à présenter les indicateurs démontrant que l’écosystème est capable de supporter de tels prélèvements.

Le document appelle notamment à faire du principe de précaution le fondement de toute décision concernant une ressource à croissance lente, dont les dommages pourraient nécessiter de très longues périodes pour être réparés.

Une aire protégée menacée

Le principal paradoxe réside dans le fait que cette exploitation se déroule à l’intérieur du Parc national d’Al Hoceïma, un espace dont l’une des fonctions essentielles devrait être la protection de la biodiversité et la préservation des ressources naturelles.

Les auteurs du document demandent donc que l’autorisation soit réexaminée à la lumière des données scientifiques les plus récentes. Ils appellent également à ouvrir une concertation associant les scientifiques, l’administration du parc, les professionnels, les associations environnementales et la population locale.

Selon le document, il ne s’agit pas de rejeter toute activité économique en mer, mais de définir clairement la frontière entre exploitation et épuisement des ressources. Le corail rouge n’est pas une simple matière première destinée à la fabrication de bijoux. Il constitue une composante du patrimoine naturel de la Méditerranée, dont la valeur écologique et scientifique dépasse largement la valeur commerciale.

Le document propose des mesures de protection plus strictes, notamment la possibilité de créer des zones dans lesquelles toute extraction de corail serait totalement interdite. Celles-ci deviendraient des refuges permettant aux colonies de préserver leur capacité de régénération. Les chercheurs recommandent également de réaliser un inventaire scientifique indépendant avant la fixation des quotas de pêche.

Ces propositions déplacent le débat de la gestion d’une seule saison de pêche vers une réflexion sur l’avenir même de la ressource.

En définitive, l’enjeu ne consiste pas uniquement à garantir le respect du quota par les navires ou à contrôler les opérations de débarquement et les déclarations de quantités. Il s’agit de préserver un capital naturel difficilement remplaçable.

Le document souligne que ce qui est arraché aujourd’hui ne pourra peut-être pas être reconstitué demain, compte tenu de la lenteur de la croissance du corail. Cette réalité impose une vision dépassant les seuls calculs économiques d’une saison.

Une question résume ainsi l’ensemble du dossier : la partie marine du Parc national d’Al Hoceïma peut-elle supporter le prélèvement de cinq tonnes de corail rouge sans que son équilibre à long terme soit compromis ?

La nécessité d’une réponse scientifique devient encore plus pressante lorsqu’il s’agit d’une ressource à croissance lente, dont les dommages pourraient demander plusieurs décennies avant d’être réparés — à supposer qu’ils puissent l’être un jour.

 Dr Aziz BENHOUSSA est professseur universitaire en Biodiversité et environnement

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