>

Inclusion numérique : le Maroc veut éviter que l’IA ne creuse de nouvelles fractures sociales

09 septembre 2026 - 08:07

À mesure que les services publics, l’économie et les usages quotidiens basculent vers le numérique et l’intelligence artificielle, une question devient centrale : qui risque de rester au bord du chemin ? À Rabat, le gouvernement a ouvert le débat avec la société civile afin de construire une politique d’inclusion ciblant notamment les jeunes, les femmes, les personnes en situation de handicap et les populations confrontées aux inégalités d’accès ou de compétences numériques.

Le Maroc veut faire de l’inclusion numérique l’un des garde-fous de sa transformation technologique. Une rencontre de consultation avec la société civile s’est tenue lundi 7 septembre à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, à Rabat, sous la présidence d’Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration. Plus d’une centaine de participants issus du monde associatif, de l’administration, des institutions et de l’université y ont pris part.

La rencontre intervient dans le cadre de l’actualisation du troisième Plan d’action national du gouvernement ouvert 2024-2028. L’objectif est d’associer la société civile à l’élaboration de mesures concrètes susceptibles de réduire les différentes formes de fracture numérique.

Pour Amal El Fallah Seghrouchni, l’inclusion numérique doit permettre à l’ensemble des citoyens de bénéficier des opportunités créées par la transformation numérique et l’intelligence artificielle. Cette orientation prolonge plusieurs initiatives déjà engagées par le Maroc pour placer l’égalité des chances et le développement des compétences au cœur de sa stratégie numérique.

La fracture numérique ne se résume plus à l’accès à Internet

Le défi a en effet changé de nature. Être connecté ne suffit plus. À l’heure où les démarches administratives, la formation, l’emploi et une partie croissante des services migrent vers les plateformes numériques, l’inclusion suppose aussi de savoir utiliser ces outils, d’en comprendre les codes et de pouvoir accéder aux nouveaux services dans des conditions comparables.

La question devient encore plus importante avec la diffusion de l’intelligence artificielle. Une population disposant d’une connexion mais dépourvue des compétences nécessaires pour exploiter les nouveaux outils numériques peut rester exclue d’une partie des opportunités économiques, professionnelles et éducatives.

C’est pourquoi les consultations engagées à Rabat portent notamment sur les publics les plus exposés aux inégalités numériques. Le gouvernement met l’accent sur les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap, avec l’ambition d’adapter les dispositifs d’accompagnement aux réalités des différents territoires.

Cette dimension territoriale constitue déjà l’un des axes affichés de la politique publique. Le ministère présente l’accès aux services, le développement de l’administration électronique et l’acquisition des compétences numériques comme des leviers d’inclusion et de développement local.

De « Maroc Digital 2030 » à l’inclusion réelle

Le chantier s’inscrit plus largement dans la stratégie de transformation numérique du Royaume. Plusieurs programmes ont été lancés pour développer les compétences technologiques et rapprocher formation, innovation et marché du travail.

En juin dernier, le programme « Nissaa’Gen Tech », destiné notamment à favoriser l’accès de jeunes filles issues de zones rurales aux filières scientifiques, au numérique et à l’intelligence artificielle, avait ainsi été présenté comme l’un des instruments de cette politique d’inclusion.

Une autre initiative lancée en mars vise à accompagner les jeunes femmes dans l’acquisition de compétences techniques et professionnelles afin de faciliter leur insertion dans les métiers liés aux technologies de l’information, aux données et à l’IA.

Le défi consiste désormais à passer d’une addition de programmes à une véritable politique nationale d’inclusion numérique mesurable sur le terrain.

Car la réussite de la transformation numérique marocaine ne pourra pas être évaluée uniquement au nombre de plateformes créées, de services administratifs dématérialisés ou de projets d’intelligence artificielle lancés. Elle dépendra aussi de la capacité du Royaume à faire en sorte qu’un citoyen vivant loin des grands centres urbains, une personne âgée, une femme en milieu rural ou une personne en situation de handicap puisse réellement accéder à ces nouveaux services et les utiliser de manière autonome.

Le numérique peut réduire les distances et démocratiser l’accès aux services. Mais sans compétences, accessibilité et accompagnement, il peut aussi déplacer les anciennes inégalités vers le monde digital. C’est précisément sur cette frontière que se jouera une partie de la réussite de la transformation numérique du Maroc.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *