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PISA 2025 : Singapour en tête, le Maroc décroche — les leçons d’un modèle qui fonctionne

09 septembre 2026 - 09:19

Avec 358 points en sciences, 355 en mathématiques et seulement 321 en compréhension de l’écrit, le Maroc reste dans le bas du tableau de PISA 2025. À l’autre extrémité, Singapour figure une nouvelle fois parmi les systèmes éducatifs les plus performants au monde. Plutôt que de chercher une nouvelle explication au classement, la question devrait désormais être plus simple : que font les meilleurs que l’école marocaine ne fait pas encore suffisamment ?

Les résultats de PISA 2025 sont sévères pour le Maroc. Au-delà des moyennes, ils révèlent surtout une difficulté persistante à garantir à une large majorité des élèves la maîtrise des apprentissages fondamentaux à l’âge de 15 ans. Comprendre un texte, mobiliser des notions mathématiques simples ou raisonner scientifiquement restent hors de portée d’une proportion importante des jeunes évalués. L’OCDE rappelle que PISA n’a précisément jamais été conçu comme un simple palmarès, mais comme un instrument permettant aux systèmes éducatifs d’observer ceux qui réussissent et d’en tirer des enseignements.

La comparaison avec Singapour est, à ce titre, éclairante. L’OCDE place le pays asiatique, aux côtés du Japon, de la Corée, de l’Estonie, du Royaume-Uni, de Taipei chinois et de plusieurs juridictions chinoises, parmi les systèmes qui figurent dans les dix premiers en sciences, mathématiques et compréhension de l’écrit. Copier Singapour serait évidemment absurde : le Maroc n’a ni sa géographie, ni sa démographie, ni son environnement économique et social. Mais refuser d’étudier ce qui y fonctionne au motif que les contextes diffèrent le serait tout autant.

Apprendre moins, mais apprendre vraiment

La première leçon est peut-être la plus simple. Une école efficace ne se juge pas à la quantité de programmes parcourus, mais à ce que les élèves ont effectivement compris et retenu. L’OCDE recommande explicitement de privilégier un ensemble resserré de connaissances fondamentales enseignées en profondeur plutôt que de survoler une longue liste de contenus. Elle insiste également sur la cohérence entre programmes, enseignement et évaluation.

Pour le Maroc, cette recommandation devrait conduire à une priorité presque obsessionnelle dès le primaire : savoir lire et comprendre, écrire correctement, maîtriser les bases du calcul et apprendre à raisonner. Lorsque ces fondations ne sont pas acquises, les lacunes se déplacent simplement d’une classe à l’autre jusqu’au collège. Achever un manuel ou terminer un programme ne signifie pas avoir appris.

La deuxième leçon concerne l’enseignant. Les réformes marocaines se succèdent souvent par les programmes, les structures, les plateformes et les dispositifs administratifs. Or aucune architecture ne compense durablement un enseignement insuffisamment maîtrisé. L’OCDE souligne le rôle central des compétences disciplinaires et pédagogiques des professeurs : savoir expliquer clairement, gérer une classe, maintenir l’attention et accompagner les difficultés. La formation initiale, l’accompagnement professionnel et l’évaluation des pratiques ne peuvent donc rester périphériques.

Singapour, moderne mais pas fasciné par les écrans

Autre enseignement particulièrement intéressant : la modernisation scolaire n’est pas synonyme de multiplication des écrans. Le cas singapourien est révélateur. Malgré des salles de classe très équipées technologiquement, les élèves continuent à travailler largement sur papier et la compréhension écrite reste un pilier de l’éducation dès les premières années.

Cette observation mérite d’être méditée au Maroc au moment où le numérique et l’intelligence artificielle entrent rapidement dans le discours éducatif. Une tablette ne remplace pas la lecture, une plateforme ne remplace pas un professeur et un chatbot ne dispense pas l’élève de fournir l’effort intellectuel nécessaire pour comprendre. Le rapport PISA lui-même met en garde contre un usage de l’IA qui court-circuite cet effort cognitif : la technologie devient utile lorsqu’elle soutient l’apprentissage, beaucoup moins lorsqu’elle pense à la place de l’élève.

L’autre différence essentielle réside dans la culture de l’évaluation. La véritable question n’est pas de savoir combien d’élèves sont inscrits, combien d’établissements ont été construits ou combien de programmes ont été lancés, mais ce qu’un enfant sait réellement faire après quatre, six ou neuf années de scolarité. Le Maroc a énormément progressé dans l’accès à l’école. La nouvelle bataille est celle de la qualité des apprentissages.

Les Écoles pionnières devront apporter la preuve

Le ministère de l’Éducation nationale souligne que les élèves évalués dans PISA 2025 n’ont pas bénéficié du modèle des « Écoles pionnières » et que les résultats reflètent essentiellement l’ancienne organisation pédagogique. L’argument est chronologiquement recevable : on ne peut juger une réforme sur des élèves qui ne l’ont pas connue.

Mais cette explication ne doit pas devenir un refuge. Elle signifie simplement que PISA 2025 ne permet pas encore d’évaluer les Écoles pionnières. Elle ne modifie en rien la gravité du diagnostic porté sur le système dont elles héritent. Et elle crée surtout une obligation pour les années à venir : démontrer, données à l’appui, que les enfants bénéficiant du nouveau modèle lisent mieux, calculent mieux, raisonnent mieux et accumulent moins de retards.

Une réforme publique ne peut être jugée uniquement sur son architecture, ses intentions ou le nombre d’établissements concernés. Elle doit accepter d’être confrontée à ses résultats. C’est précisément ce que font les systèmes éducatifs performants : mesurer, identifier ce qui fonctionne, corriger ce qui échoue et concentrer les moyens là où les difficultés sont les plus fortes.

Sortir de la culture de l’excuse

Singapour n’est pas un paradis éducatif et PISA lui-même montre que les meilleurs systèmes rencontrent aussi des difficultés. Mais le pays rappelle une évidence : la réussite scolaire ne naît ni d’une recette magique ni du seul niveau des dépenses publiques. L’OCDE cite d’ailleurs le Luxembourg, qui dépense davantage par élève que tous les autres pays mentionnés mais obtient en sciences des résultats inférieurs à ceux de plusieurs États dépensant beaucoup moins. Ce sont donc aussi la pertinence des politiques et l’utilisation des ressources qui comptent.

PISA 2025 ne devrait provoquer au Maroc ni autoflagellation ni exercice de communication institutionnelle. Il devrait susciter un débat plus exigeant sur ce qui se passe réellement dans les classes. Après avoir mené la bataille de l’école pour tous, le Royaume doit désormais gagner celle de l’apprentissage pour tous.

Le Maroc n’a pas besoin de devenir Singapour. Il a besoin de comprendre pourquoi Singapour réussit à faire apprendre une très grande majorité de ses élèves et d’avoir le courage d’adapter à sa propre réalité ce qui fonctionne ailleurs.

Car le prochain PISA ne devrait pas servir à trouver une nouvelle explication au classement. Il devrait permettre de constater que le Maroc a enfin commencé à en sortir.

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