Les élèves marocains de 15 ans obtiennent 355 points en mathématiques, 358 en sciences et seulement 321 en compréhension de l’écrit. Face à des résultats qui confirment les profondes difficultés de l’école marocaine, le ministère de l’Éducation nationale souligne que la génération évaluée par PISA 2025 n’a pas bénéficié du modèle des « Écoles pionnières ». Une explication chronologiquement recevable, mais qui ne saurait occulter l’essentiel : le niveau des apprentissages fondamentaux reste très préoccupant et l’efficacité de la réforme devra désormais être démontrée par les résultats.
Les élèves marocains obtiennent 355 points en mathématiques, 321 en lecture et 358 en sciences. Par rapport à 2022, le recul atteint 10 points en mathématiques et 18 points en compréhension de l’écrit. En sciences, la baisse de sept points n’est pas considérée comme statistiquement significative par l’OCDE.
Plus inquiétant encore : seuls 16% des élèves marocains atteignent au moins le niveau 2 en mathématiques, contre 65% en moyenne dans l’OCDE. En lecture, ils ne sont que 13%, contre 69% dans l’OCDE. Quant aux élèves atteignant les niveaux d’excellence, ils sont pratiquement inexistants dans les trois matières.
Le ministère : cette génération n’a pas connu les Écoles pionnières
Face au débat provoqué par ces résultats, le ministère de l’Éducation nationale avance un argument central : PISA 2025 ne mesure pas encore les effets de la réforme actuellement déployée.
Les élèves ayant participé à l’évaluation ont effectué l’essentiel de leur parcours sous l’ancien modèle pédagogique et l’échantillon marocain concerné n’avait pas bénéficié du dispositif des « Écoles pionnières ». Il faudra donc attendre que les premières générations ayant suivi ce nouveau modèle atteignent l’âge de 15 ans pour en mesurer réellement l’impact dans PISA.
L’argument possède une cohérence chronologique. Le programme des Écoles pionnières n’a été lancé qu’en 2023, dans le cadre de la feuille de route 2022-2026, en commençant par le primaire avant son extension progressive. La Banque mondiale souligne elle-même que le dispositif vise précisément à répondre à une crise persistante des apprentissages en mettant l’accent sur les acquis fondamentaux, les enseignants et le pilotage des établissements.
Mais cette explication comporte aussi une limite : elle reporte à demain la vérification d’une réforme engagée aujourd’hui. Les Écoles pionnières ne peuvent être tenues responsables des résultats de PISA 2025 ; elles ne peuvent pas davantage être invoquées comme preuve que les mauvais résultats actuels seront nécessairement corrigés.
Une crise qui dépasse les seuls scores
Les données de PISA révèlent en effet des difficultés qui ne se résument pas aux mathématiques ou à la lecture.
Quelque 62% des élèves marocains interrogés déclarent avoir manqué au moins un cours sans justification dans les deux semaines précédant l’évaluation, contre 40% en 2022. Plus d’un tiers, 36%, indiquent avoir manqué au moins une journée entière et 59% être arrivés en retard. Dans les cours de sciences, 41% signalent du bruit et du désordre pendant la plupart ou la totalité des séances.
L’OCDE relève également des déficits importants en ressources : près de 69% des élèves fréquentent des établissements dont les responsables déclarent que le manque de matériel pédagogique entrave, à des degrés divers, la capacité d’enseignement. La pénurie de personnel éducatif figure également parmi les plus importantes des systèmes participant à PISA.
Il existe toutefois un élément qu’une lecture uniquement catastrophiste manquerait. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes Marocains de 15 ans susceptibles de participer à PISA a augmenté de plus de 30%, alors que cette population d’âge est restée globalement stable. Pour l’OCDE, cette évolution traduit une progression considérable de la scolarisation secondaire et explique une partie de la détérioration apparente des moyennes, puisque davantage d’élèves issus de milieux auparavant marginalisés sont désormais intégrés au système scolaire.
Les Écoles pionnières seront jugées sur leurs résultats
C’est probablement là que se situe le véritable enjeu. Le Maroc a réussi à élargir l’accès à l’école ; il doit désormais transformer cette massification en apprentissages effectifs.
Le ministère a donc raison sur un point précis : PISA 2025 ne constitue pas encore un verdict sur les Écoles pionnières. Mais les résultats constituent bel et bien un verdict sévère sur l’état dont hérite la réforme.
La prochaine étape ne pourra dès lors se limiter à expliquer à quelle génération appartiennent les mauvais résultats. Elle devra établir, données indépendantes à l’appui, si les élèves des Écoles pionnières lisent mieux, calculent mieux, raisonnent mieux et réduisent effectivement leurs retards.
Car une réforme éducative ne se juge finalement ni à son calendrier ni à son architecture administrative, mais à ce que les enfants apprennent réellement dans la classe.