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Migration : l’ex-patron du renseignement espagnol réclame pour le Maroc un dispositif européen « à la turque »

09 septembre 2026 - 17:13

Félix Sanz Roldán, ancien directeur du Centre national de renseignement espagnol (CNI), appelle Madrid à convaincre l’Union européenne d’accroître substantiellement son soutien financier au Maroc pour la gestion des flux migratoires africains. Une proposition qui reconnaît, au passage, une réalité souvent occultée dans le débat espagnol : avant d’atteindre l’Europe, la pression migratoire pèse d’abord sur le territoire marocain.

L’ancien patron des services de renseignement espagnols Félix Sanz Roldán a plaidé mercredi à Madrid pour la création d’un mécanisme européen de financement destiné au Maroc comparable à celui mis en place avec la Turquie. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée par Madrid Foro Empresarial, interrogé sur les arrivées massives enregistrées à Sebta les 30 et 31 juillet.

Son constat mérite attention : « le problème migratoire du Maroc est supérieur à celui de l’Espagne », a-t-il estimé. Selon lui, la frontière méridionale du Royaume, particulièrement difficile à contrôler en raison de son étendue désertique, est traversée continuellement par des migrants qui peuvent ensuite passer deux ou trois mois au Maroc avant de tenter de rejoindre l’Europe.

Cette reconnaissance remet en perspective une lecture trop souvent répandue de l’autre côté du détroit, où le Maroc est présenté presque exclusivement comme le pays à partir duquel les migrants arrivent en Espagne. Le Royaume est aussi, et d’abord, un pays de transit et de séjour confronté lui-même à une pression migratoire considérable venue du Sud.

Le modèle turc comme référence

Sanz Roldán a rappelé le précédent créé par l’Union européenne avec la Turquie après la crise migratoire liée à la guerre en Syrie. Bruxelles avait alors mis en place un instrument financier permettant non seulement de contenir les flux, mais également de financer l’accueil et la prise en charge des migrants sur le territoire turc.

L’ancien directeur du CNI a avancé un contraste particulièrement parlant : selon les chiffres qu’il a cités, le dispositif turc aurait représenté environ 1,6 milliard d’euros par an à partir de 2016 et 3,5 milliards cette année, contre seulement 152 millions d’euros pour le Maroc. Il estime donc que l’Espagne devrait défendre auprès de Bruxelles la création d’« un instrument avec le Maroc comme celui qui existe avec la Turquie ».

L’idée soulève néanmoins une question de fond. Renforcer le financement européen ne devrait pas signifier transformer le Maroc en simple garde-frontière de l’Europe. La migration est une responsabilité partagée qui implique le contrôle des frontières, certes, mais également l’accueil, l’intégration, la lutte contre les réseaux de traite, le développement des pays d’origine et l’ouverture de voies légales de mobilité.

Le raisonnement de Sanz Roldán contient d’ailleurs une contradiction intéressante. L’ancien responsable du CNI attribue au Maroc une responsabilité dans les arrivées de juillet à Sebta, sans apporter publiquement d’éléments établissant que les autorités marocaines les auraient organisées. Mais, dans le même temps, il reconnaît que le Royaume subit une pression migratoire supérieure à celle de l’Espagne et qu’il dispose de moyens financiers européens très inférieurs à ceux accordés à la Turquie.

Ni gendarme de l’Europe, ni bouc émissaire

C’est précisément là que Madrid et Bruxelles gagneraient à clarifier leur approche. On peut difficilement demander au Maroc de supporter une part croissante de la politique migratoire européenne, puis le désigner comme responsable chaque fois qu’une frontière connaît une crise.

Le partenariat doit fonctionner dans les deux sens. Si l’Union européenne considère réellement le Maroc comme un partenaire stratégique pour la stabilité de sa frontière méridionale, cette reconnaissance doit se traduire par des moyens proportionnés aux responsabilités demandées, mais aussi par une coopération qui respecte les intérêts et les priorités du Royaume.

Sanz Roldán aboutit d’ailleurs à une conclusion beaucoup moins spectaculaire que certaines accusations entendues depuis la crise de Sebta, mais probablement plus réaliste : « le dialogue et la coopération » constituent la seule voie permettant d’éviter la répétition de tels événements.

C’est peut-être la principale leçon de son intervention. La Méditerranée occidentale ne peut être gérée par la recherche permanente d’un coupable. L’Espagne constitue la frontière méridionale de l’Union européenne ; le Maroc, lui, se trouve en première ligne des routes migratoires africaines avant même qu’elles n’atteignent cette frontière. Faire comme si l’un pouvait résoudre durablement le problème sans l’autre relève davantage du discours politique que d’une stratégie migratoire.

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