Fouzi Lekjaa hausse le ton à l’approche des législatives du 23 septembre. Le ministre délégué chargé du Budget et figure de proue du PAM affirme que 280 milliards de dirhams ont été mobilisés durant la législature pour soutenir le pouvoir d’achat, mais « sans résultat ». Une déclaration politiquement explosive venant d’un membre du gouvernement sortant, qui s’en sert désormais pour défendre la faisabilité des engagements sociaux de son parti et répondre, sans le nommer, au RNI.
À Azilal, Fouzi Lekjaa n’a pas seulement défendu le programme électoral du Parti authenticité et modernité (PAM). Il a dressé un constat particulièrement sévère de l’efficacité des dépenses engagées ces dernières années pour préserver le pouvoir d’achat des Marocains.
Son chiffre : 280 milliards de dirhams.
Selon le ministre délégué chargé du Budget, cette somme aurait été dépensée au cours de la législature au nom du soutien au pouvoir d’achat, mais « sans résultat ». Lekjaa oppose ce montant aux critiques visant le programme quinquennal du PAM, chiffré, selon la présentation détaillée publiée par le parti, à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit environ 70 milliards par an.
« Quand il fallait sortir ces 280 milliards pour rien, il était facile de les trouver. C’est maintenant que mobiliser 350 milliards devient impossible ? », a lancé Lekjaa devant les militants du PAM réunis à Azilal.
Une critique qui vient de l’intérieur du gouvernement
La portée politique de la déclaration tient surtout à l’identité de son auteur.
Fouzi Lekjaa n’est pas un responsable de l’opposition dressant le procès du bilan gouvernemental. Il est ministre délégué chargé du Budget dans le gouvernement sortant et, à ce titre, l’un des responsables qui connaissent le mieux les finances publiques et les arbitrages budgétaires effectués durant la législature.
Lorsqu’il affirme que 280 milliards de dirhams ont été dépensés « sans résultat », ses propos dépassent donc la simple formule de campagne.
Ils soulèvent une question que le débat électoral devrait précisément éclaircir : où ces 280 milliards ont-ils été dépensés, quels dispositifs sont inclus dans ce calcul et quels résultats concrets ont-ils produits sur le pouvoir d’achat ?
La formule de Lekjaa est politique et ne constitue pas, à elle seule, une évaluation économique démontrant que l’intégralité de ces dépenses aurait été inefficace. Mais venant du ministre chargé du Budget, elle mérite mieux qu’une bataille de slogans entre partis.
Le PAM défend ses promesses sociales
Lekjaa utilise précisément ce précédent budgétaire pour répondre aux critiques sur la crédibilité financière du programme du PAM.
Le parti fait du pouvoir d’achat l’un des piliers de son offre pour la période 2027-2031 et avance plusieurs mesures sociales importantes, parmi lesquelles une pension minimale de 3.000 dirhams, des allègements de l’impôt sur le revenu et différentes mesures destinées aux salariés et aux ménages. Son programme global est présenté comme nécessitant 350 milliards de dirhams sur cinq ans.
Pour Lekjaa, l’argument est simple : si l’État a pu mobiliser 280 milliards de dirhams durant la législature actuelle, il serait incohérent de déclarer financièrement irréaliste un programme de 350 milliards étalé sur cinq ans.
Mais la comparaison mérite d’être maniée avec prudence. Pouvoir mobiliser une somme ne dit encore rien de son efficacité. Et c’est précisément le reproche que Lekjaa adresse lui-même aux dépenses passées.
Le RNI visé sans être nommé
La sortie du ministre s’inscrit également dans la rivalité croissante entre les deux principales composantes de la majorité sortante.
Sans le citer explicitement, Lekjaa visait le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont des responsables ont mis en doute la faisabilité de certaines promesses électorales du PAM. Le responsable du PAM a choisi l’ironie pour répondre au parti qu’il décrit comme s’étant « autoproclamé notre adversaire », allant jusqu’à citer le verset coranique : « Et lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils disent : paix. »
Le ton témoigne d’une campagne où la solidarité gouvernementale cède rapidement la place à la confrontation électorale.
Le paradoxe est manifeste : des responsables qui ont gouverné ensemble pendant la législature se retrouvent désormais à dresser des bilans très différents des mêmes politiques publiques.
280 milliards : la question qui mérite des comptes
Au-delà de la passe d’armes entre le PAM et le RNI, la déclaration de Lekjaa soulève une question beaucoup plus importante pour les citoyens.
Si 280 milliards de dirhams ont effectivement été mobilisés pour protéger le pouvoir d’achat durant la législature et si, comme l’affirme le ministre du Budget, leur impact a été insuffisant, le débat ne devrait pas se limiter à savoir qui promettra davantage pour les cinq prochaines années.
Il devrait porter sur l’efficacité de la dépense publique.
Combien a été consacré aux subventions ? Combien aux mesures fiscales, au soutien des prix, aux aides directes ou à d’autres mécanismes ? Quels ménages en ont réellement bénéficié ? Et surtout, pourquoi un effort financier d’une telle ampleur n’aurait-il pas produit, selon Lekjaa lui-même, les résultats attendus ?
C’est probablement le débat économique le plus intéressant derrière la petite phrase d’Azilal.
À moins de deux semaines des législatives, les Marocains n’ont pas seulement besoin de connaître le montant des nouvelles promesses. Ils sont également en droit de savoir ce qu’ont produit les milliards déjà dépensés.