Le solaire et l’éolien devraient connaître une accélération spectaculaire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord au cours de la prochaine décennie. BloombergNEF prévoit une multiplication par plus de huit des capacités régionales d’ici 2035. Le Maroc dispose d’atouts pour profiter de cette vague d’investissements, mais sa réussite dépendra autant de ses nouvelles centrales que de sa capacité à renforcer le réseau électrique, le stockage et l’intégration industrielle.
La transition énergétique change d’échelle dans la région MENA. Selon le dernier MENA Clean Energy Market Outlook 2026 de BloombergNEF, les capacités cumulées du solaire et de l’éolien devraient passer de 49 GW actuellement à 404 GW en 2035. Rien qu’en 2026, les nouvelles installations devraient progresser de 37 % après le record de 16 GW enregistré en 2025.
Le solaire sera le principal moteur de cette expansion, avec 18 GW de nouvelles capacités attendues cette année. Les investissements régionaux dans les renouvelables ont déjà atteint un record de 22 milliards de dollars en 2025, pour la troisième année consécutive. Fait significatif, les investisseurs de la région ont représenté 85 % des financements.
Une fenêtre d’opportunité pour le Maroc
Dans cette nouvelle géographie énergétique, le Maroc dispose d’une longueur d’avance grâce à son expérience dans le solaire et l’éolien, mais aussi à une stratégie visant à réduire sa forte exposition aux importations d’énergie.
Le Royaume accélère d’ailleurs son propre calendrier. La programmation de Masen prévoit le lancement, à partir de 2026, de 1,7 GW de nouveaux projets renouvelables, avec une capacité cible proche de 5 GW à l’horizon 2030.
Mais produire davantage d’électricité verte ne suffira pas. Le véritable enjeu sera de pouvoir l’acheminer et l’intégrer au système électrique. L’Autorité nationale de régulation de l’électricité prévoit une capacité d’accueil du système marocain atteignant 10.429 MW en 2030, dont 5.514 MW pour le solaire et 4.915 MW pour l’éolien.
C’est là que se jouera une partie de la bataille énergétique : réseaux, interconnexions, stockage et flexibilité devront progresser au même rythme que les capacités de production.
De l’électricité verte à la souveraineté énergétique
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse la décarbonation. BloombergNEF souligne que le développement des technologies propres peut réduire l’exposition des pays importateurs aux chocs des prix des combustibles fossiles.
Dans le cas marocain, chaque progression du solaire et de l’éolien peut donc contribuer à diminuer la vulnérabilité énergétique du pays. Mais la prochaine étape consistera aussi à créer davantage de valeur localement : équipements, ingénierie, maintenance, stockage, formation et industrie.
Le Maroc possède le soleil, le vent et désormais une expérience reconnue dans les grands projets. Le défi d’ici 2035 sera de transformer ces avantages naturels en véritable souveraineté énergétique et industrielle.