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IA « Made in Morocco » : la stratégie nationale entre dans sa phase concrète, mais le plus dur reste à faire

13 septembre 2026 - 07:28

Le Maroc commence à donner une traduction opérationnelle à sa feuille de route nationale sur l’intelligence artificielle. Instituts Jazari, infrastructures de données, projets de data centers souverains, soutien aux startups et formation de talents : plusieurs chantiers sont désormais engagés. Mais derrière les annonces, une réalité demeure : l’essentiel de l’écosystème reste encore à construire et le passage à l’échelle sera le véritable test de la stratégie marocaine.

Le ministère de la Transition numérique veut désormais faire passer « AI Made in Morocco » du registre de l’ambition à celui de la mise en œuvre. La feuille de route repose sur trois axes : souveraineté et confiance, innovation et compétitivité, adoption et rayonnement. Elle est déclinée en dix programmes structurants destinés à installer progressivement un véritable écosystème national de l’IA.

L’un des indicateurs les plus concrets concerne la formation. Le Maroc comptabilise aujourd’hui 47.153 bénéficiaires dans différents dispositifs liés à l’intelligence artificielle, soit un peu moins de la moitié de l’objectif de 100.000 talents à l’horizon 2030. Le défi est donc clair : il reste encore plus de 52.000 personnes à former ou à intégrer dans ces parcours au cours des prochaines années.

Le réseau des instituts Jazari doit, à terme, couvrir les douze régions du Royaume et rapprocher l’innovation, la formation et l’entrepreneuriat technologique des territoires. Plusieurs implantations sont déjà lancées, mais une partie du dispositif reste à concrétiser. Là encore, l’ouverture de structures ne suffira pas : leur crédibilité dépendra de leur capacité à produire des projets, accueillir des startups et créer de véritables passerelles entre universités, administrations et entreprises.

Le volet infrastructurel est encore plus stratégique. Le projet phare est celui d’un Green Data Center de 500 MW à Dakhla, alimenté par des énergies renouvelables. Le foncier a été sécurisé et plusieurs partenaires institutionnels sont associés au projet, mais les études de faisabilité doivent encore être lancées. Un second data center de 50 MW est prévu à Rabat pour accueillir un cloud souverain. Autrement dit, le Maroc dispose déjà d’une feuille de route et de projets identifiés, mais pas encore de toutes les capacités de calcul annoncées.

À cela s’ajoutent une Data Factory nationale, destinée à rendre les données publiques exploitables par l’IA, et une forge logicielle pensée comme une sorte de « GitHub national » permettant aux administrations de partager et réutiliser leurs développements. Le succès de ces outils se mesurera moins à leur lancement qu’à leur adoption réelle.

La stratégie prévoit également 1,3 milliard de dirhams pour soutenir l’écosystème startup, ainsi que des partenariats avec Mistral AI, Oracle, Nokia ou Orange. L’enjeu, pour le Maroc, sera toutefois d’éviter de rester uniquement un marché d’accueil ou une plateforme d’externalisation. La vraie réussite sera de transformer ces partenariats en compétences locales, en recherche, en propriété intellectuelle et en entreprises technologiques marocaines capables de grandir.

Le cap est donc posé. Mais la prochaine étape sera décisive : passer des annonces aux usages, des projets aux infrastructures opérationnelles et de la formation de masse à la création d’un véritable tissu technologique national.

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