Près de 338.000 bénéficiaires de la régularisation extraordinaire cotisent désormais à la Sécurité sociale espagnole. Plus de la moitié ont moins de 35 ans, une proportion deux fois supérieure à celle observée parmi les travailleurs espagnols. Au-delà du débat politique sur l’immigration, ces chiffres mettent en lumière une autre réalité : dans une Espagne vieillissante, la main-d’œuvre étrangère occupe une place croissante dans l’emploi et le financement du système social.
L’immigration n’est pas seulement une affaire de frontières en Espagne. Les dernières données de la Sécurité sociale montrent qu’elle est aussi devenue une composante majeure du marché du travail. Au 31 août, 337.917 étrangers issus du processus extraordinaire de régularisation étaient affiliés, sur un total de plus de 3,5 millions de travailleurs étrangers.
Le profil démographique de ces nouveaux cotisants est particulièrement révélateur. 55 % ont moins de 35 ans, contre 36,7 % pour l’ensemble des travailleurs étrangers et seulement 25,6 % pour les affiliés espagnols. Cela représente quelque 185.400 nouveaux cotisants régularisés âgés de moins de 35 ans. À l’autre extrémité, seulement 4,7 % ont plus de 54 ans, contre près de 24 % chez les travailleurs espagnols.
Une immigration qui change aussi les comptes sociaux
Cette jeunesse constitue un atout pour un pays confronté au vieillissement de sa population et à l’augmentation progressive du nombre de retraités. L’Espagne compte actuellement environ 2,5 cotisants par pensionné, contre une moyenne de 2,3 entre 2011 et 2020. L’arrivée de travailleurs plus jeunes élargit donc la base des cotisations, même si elle ne suffit évidemment pas à résoudre à elle seule le financement futur des retraites.
Une prudence s’impose également : 337.917 nouveaux affiliés ne signifient pas autant d’emplois nouvellement créés. Une partie des personnes régularisées travaillait déjà dans l’économie informelle. Le processus permet alors moins de créer un poste que de faire entrer un emploi existant dans la légalité, avec cotisations sociales et fiscalité.
L’effet apparaît néanmoins dans les statistiques. En août, l’Espagne comptait en moyenne 3,55 millions de travailleurs étrangers affiliés, soit 482.490 de plus qu’un an auparavant.
337.900 cotisants, 40.400 demandeurs d’emploi
La régularisation produit également un phénomène apparemment contradictoire : elle augmente simultanément l’affiliation et le chômage enregistré.
Au 31 août, quelque 40.400 personnes régularisées étaient inscrites comme demandeurs d’emploi, contre près de 338.000 déjà affiliées. Pour chaque personne issue du processus inscrite au chômage, on compte ainsi environ 8,4 cotisants. L’explication est simple : obtenir une autorisation de travail permet également de s’inscrire pour la première fois auprès des services publics de l’emploi.
Les Marocains représentent plus d’un régularisé actif sur dix
Le processus dessine aussi une nouvelle carte de l’immigration professionnelle. Les Colombiens représentent 28,8 % des régularisés déjà au travail et les Vénézuéliens 19,7 %. À eux deux, ils constituent presque la moitié du total.
Les Marocains représentent 11,3 % des régularisés qui cotisent, une proportion très proche de leur poids — 11,8 % — dans l’ensemble de l’emploi étranger. Le Maroc occupait par ailleurs la deuxième place parmi les nationalités ayant demandé la régularisation, avec 13,3 % des dossiers déposés.
Ces données déplacent quelque peu le regard sur l’immigration en Espagne. Le débat public reste dominé par les arrivées, les frontières et les controverses identitaires. Mais derrière ce bruit politique apparaît une autre réalité : une Espagne qui vieillit dépend de plus en plus des travailleurs venus d’ailleurs.
Le véritable défi ne consiste donc plus seulement à gérer les flux migratoires. Il consiste aussi à réussir durablement l’intégration professionnelle, sociale et économique de ceux qui participent déjà au fonctionnement du pays.